Les thérapies comportementales et cognitives en psychologie masculine

Publié le 18 décembre 2025 à 12:30

Une approche active centrée sur l’apprentissage 

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) constituent une prise en charge de la souffrance psychique fondée sur une méthodologie directement issue de la méthode expérimentale. Elles appliquent les principes de l’apprentissage et de la psychologie cognitive au cas particulier d’un individu, avec pour objectif de réduire ses difficultés et d’améliorer son fonctionnement mental.

Aujourd’hui largement connues du grand public comme des professionnels de santé, les TCC sont recommandées dans de nombreux troubles psychologiques. Leur force ne réside pas uniquement dans les techniques qu’elles mobilisent, mais dans la modélisation du fonctionnement humain qui les sous‑tend : une compréhension du comportement et de la pensée issue des théories de l’apprentissage, de la cognition et de la régulation émotionnelle.

1. Le postulat central : les comportements inadaptés sont appris

Selon les TCC, un comportement inadapté — comme une phobie, un évitement, une compulsion ou une rumination — n’est pas un trait inné ni une fatalité. Il résulte :

  • d’apprentissages antérieurs, souvent liés à des expériences marquantes,

  • puis maintenus par les contingences de l’environnement,

  • sous forme de schémas, de patterns, ou d’habitudes mentales automatiques.

Ces schémas ne sont pas des “défauts de personnalité”, mais des réponses apprises, devenues rigides.

2. Le cœur de la thérapie : créer un nouvel apprentissage

L’objectif d’une TCC est de permettre à la personne d’acquérir un nouveau comportement, plus adapté à ce qu’elle souhaite vivre. Pour cela, la thérapie mobilise :

  • des stratégies de désensibilisation aux habitudes anciennes,

  • des exercices comportementaux répétés,

  • un renforcement progressif des nouvelles réponses.

La thérapie n’est donc pas un "espace d’écoute" offert au patient qui y dépose ses difficultés et son mal être mais un processus d’entraînement vers un mieux être.

3. Une démarche structurée et active

À partir de la demande initiale, un diagnostic fonctionnel est établi : quels sont les comportements problématiques, dans quelles situations, avec quels effets.

Ensuite :

  • des exercices précis sont proposés,

  • la personne les réalise entre les séances,

  • les séances servent à analyser les résultats, ajuster, corriger, progresser.

Le temps thérapeutique n’est pas centré sur le récit, mais sur le travail effectué. Il ne s'agit pas de "séances" mais de débriefings , centrés sur les exercices réalisés et les résultats accomplis.  

4. De “patient” à “apprenant” : un changement de posture

Les TCC abandonnent volontairement la notion de “patient”, jugée pathologisante. L’individu n’est pas défini par son trouble : il est un apprenant, engagé dans un processus de changement.

Le symptôme et les troubles associés, ne sont plus vus comme ne dépendant pas de soi ou une partie de l'identité, mais comme :

  • une habitude mentale,

  • un mode de traitement particulier de l’information,

  • une interprétation automatique de la réalité.

Et ce qui a été appris peut être "désappris", puis remplacé, en des termes, plus exacts, les schémas peuvent être modifiés afin d'être adaptés aux situations. 

5. Le rôle du thérapeute : pas derrière à faire le suivi, mais devant et entraîne !

Contrairement aux approches centrées sur l’écoute et l’étayage, les TCC reposent sur une dynamique différente :

  • le thérapeute ne “suit” pas le patient,

  • c’est l’individu qui suit un protocole,

  • comme un sportif suit un entraîneur.

Le rôle du thérapeute est de :

  • maintenir la focalisation sur la demande initiale,

  • éviter les digressions narratives qui entretiennent la confusion,

  • ramener constamment au comportement cible,

  • guider l’apprentissage.

6. Les différences avec les pratiques "d'écoute (active)"

L’écoute active occupe une place importante dans de nombreuses approches thérapeutiques. Elle permet à la personne de se sentir entendue, reconnue, validée dans son vécu. Mais lorsque cette écoute devient le cœur exclusif de la prise en charge, sans être articulée à un travail concret, elle peut montrer ses limites.

Dans certains cas, la répétition des séances centrées uniquement sur le récit des difficultés crée un rituel de confidence qui donne l’impression d’avancer… alors que rien ne change réellement dans le quotidien de la personne. La dynamique devient alors circulaire : la personne raconte, le thérapeute écoute, la souffrance est exprimée mais pas transformée.

Avec le temps, cette configuration peut même renforcer des attitudes de dépendance psychologique : la séance devient un espace d’étayage émotionnel où l’on vient chercher du soulagement immédiat, mais sans modifier les schémas qui génèrent la souffrance. L’individu se sent compris, mais pas outillé. Soulagé, mais pas stabilisé. Soutenu, mais pas autonome.

Le suivi s'éternise, les séances s'enchaînent, l'agenda se rempli, les années passent !

7. Pourquoi 'la thérapie par l'écoute" peut devenir contre‑productive

Les routines inadaptées sont des connexions neuronales stabilisées, des patterns gravés par la répétition. Les entretenir par un discours répétitif peut renforcer :

  • les biais,

  • les interprétations erronées,

  • les schémas douloureux.

Dans cette perspective, une écoute prolongée sans action peut enraciner la personne dans ses habitudes mentales, au lieu de l’en sortir.

L'écoute active, sans action ou avec une action trop faible, peut paradoxalement entretenir les mêmes habitudes mentales qui posent problème. Les schémas restent intacts, les interprétations automatiques continuent d’opérer, et la personne revient semaine après semaine avec les mêmes difficultés, parfois même renforcées par la répétition du discours et une "écoute trop passive".

C’est précisément pour éviter cet écueil que les TCC mettent l’accent sur :

  • l’identification des schémas

  • l’expérimentation de nouvelles stratégies

  • la répétition d’exercices ciblés

  • la mise en action entre les séances

  • la stabilisation progressive des nouveaux comportements

Dans ce modèle, la séance n’est pas un espace où l’on “dépose” sa souffrance, mais un atelier de changement, où l’on analyse ce qui a été fait, ce qui a fonctionné, ce qui doit être ajusté.

Le terme de séance, fait place à celui que nous utilisons de debriefings. 

Ce sont des moments où nous analysons les résultats des exercices, essayons d'opérer des corrections adaptatives aux situations vécues, afin d'en tirer de nouvelles conclusions et de proposer de nouveaux  exercices plus fins.

L’écoute reste présente, mais elle n’est jamais une fin en soi : elle sert à orienter l’action, pas à la remplacer.

8. Le principe fondamental : identifier, agir, stabiliser

La démarche TCC repose sur trois piliers :

  • Identifier les schémas et comportements problématiques

  • Réaliser des exercices ciblés et réguliers

  • Stabiliser les nouvelles réponses pour mieux affronter les situations

C’est cette dynamique active, structurée et orientée vers le changement qui fait la spécificité et l’efficacité des TCC.

9. Pourquoi les TCC sont la base de notre approche en psychologie masculine

Nous avons choisi les thérapies comportementales et cognitives comme socle de notre approche parce qu’elles représentent aujourd’hui le modèle thérapeutique le plus pragmatique, le plus structuré et le plus validé scientifiquement.

Les TCC — et plus encore leurs évolutions récentes, dites de troisième vague (ACT, thérapie des schémas, pleine conscience appliquée, FAP, DBT moderne) - (voir notre article TCC c'est quoi?) — correspondent profondément à la manière dont de nombreux hommes fonctionnent : besoin de clarté, de logique, de protocoles, d’objectifs concrets et de résultats mesurables. Ces approches ne demandent pas de “parler de soi pendant des mois”, mais d’agir, d’expérimenter, de modifier des schémas, de tester de nouvelles stratégies, de reprendre prise sur son fonctionnement mental.

Les TCC de troisième génération ajoutent une dimension encore plus adaptée aux hommes : elles intègrent la régulation émotionnelle, la gestion de l’impulsivité, la tolérance à l’inconfort, la flexibilité cognitive, et la capacité à agir selon ses valeurs, même sous pression. Autrement dit, elles permettent de travailler non seulement sur les comportements, mais aussi sur la manière dont un homme se positionne dans sa vie, ses responsabilités, ses relations et ses engagements.

C’est pour cela que nous avons fait ce choix : parce que les TCC offrent un cadre clair, une progression observable, un rôle actif pour l’individu, et une posture du thérapeute qui n’est pas celle d’un confident, mais celle d’un entraîneur du changement. Une approche qui parle aux hommes, qui respecte leur manière d’avancer, et qui leur permet de transformer durablement leurs habitudes mentales et comportementales.

10. Cette approche - TCC 3ième Génération - ne correspond pas à tous les besoins

Cette approche structurée et orientée vers l’action ne convient pas à tous les hommes, elle peut être alors abandonnée pour un temps et être reprise plus tard. 

En effet, certains hommes à un moment de leur parcours, besoin d’un espace d’écoute plus large, où le récit des événements passés, lointains ou récents, prend le dessus.

Dans ces situations, la dynamique change : les séances deviennent un lieu de décharge émotionnelle, mais l’action stagne. Les objectifs initiaux s’effacent, les exercices ne sont plus réalisés, et la thérapie glisse vers une forme de dépendance psychologique, où la séance devient un rituel de réassurance plutôt qu’un moteur de changement.

Lorsque cette configuration apparaît, il n’y a rien d’étonnant à ce que j’oriente la personne vers un autre thérapeute, mieux adapté à ce type de demande.

L’enjeu n’est pas de forcer un homme à entrer dans un modèle qui ne lui convient pas, mais de lui offrir l’approche la plus utile pour lui, au bon moment.

Si la personne a bien avancé, mais que son souhait est de progresser sur un autre domaine que celui de la demande initiale, confiance en soi, irascibilité et colère intérieure, ruminations anxiété, nous pouvons alors proposer un nouveau protocole, et l’un de nos nombreux forfaits et programmes spécifiques avec de nouveaux objectifs et un cadre différent :

  • thérapie de couple,

  • bilan professionnel,

  • travail sur les compétences relationnelles,

  • accompagnement sur les valeurs et la direction de vie,

L’essentiel est de maintenir une cohérence dans le parcours thérapeutique.

Si l’action est réalisée, que l’objectif initial est atteint et que la personne souhaite progresser dans un autre domaine, il devient nécessaire de changer le cadre et de redéfinir un programme clair, structuré et adapté, afin de conserver une dynamique centrée sur un objectif précis.

À l’inverse, si l’action n’avance plus, que les exercices ne sont pas réalisés et que la personne recherche avant tout un soutien ou une présence, il est alors pertinent de réorienter vers un autre type de prise en charge et vers un autre psychologue, mieux adapté à cette demande. 

 

CONCLUSION

Les approches thérapeutiques fondées sur l’action, la structure et l’apprentissage correspondent particulièrement bien au fonctionnement psychologique de nombreux hommes.

Les recherches montrent que les interventions protocolisées, mesurables et orientées vers des objectifs concrets sont souvent mieux acceptées, mieux comprises et plus efficaces pour eux.

Ces pratiques thérapeutiques, s’accordent avec une manière masculine de se mobiliser : avancer, comprendre le mécanisme, appliquer une stratégie, constater un résultat.

Dans ce cadre, la thérapie TCC ne devient pas un espace où l’on passe des mois à parler de soi, mais un processus actif, où chaque séance fait progresser. Le thérapeute n’est plus une figure d’étayage, un confident ou un ami qui écoute ; il devient un entraîneur, un guide qui structure l’effort, demande un travail, corrige la trajectoire et maintient le cap sur l’objectif initial.

Cette posture est particulièrement adaptée aux hommes qui, souvent, se sentent perdus dans les approches centrées sur le récit ou l’introspection prolongée. Cette approche met en place, un cadre clair, un protocole, un plan d’action.

Les TCC — validées scientifiquement, structurées et orientées vers le changement — répondent précisément à cette attente : elles permettent de transformer des habitudes mentales, de modifier des schémas, de stabiliser des comportements plus adaptés.

Nous avons fait le choix de cette voie : une psychologie masculine, pragmatique, orientée vers l’efficacité, où l’on ne se contente pas de comprendre la souffrance, mais où l’on agit pour la réduire.

Une approche où l’homme retrouve sa capacité d’avancer, de se réorganiser, de reprendre prise sur sa vie — non pas en parlant davantage, mais en travaillant différemment.

 

Dr Grijalvo