Trois cerveaux ? Vraiment ?

Publié le 12 février 2026 à 07:15

À l’heure des interrogations constantes sur ce qui est “intelligent” ou non, sur ce qui peut être qualifié de “cerveau” ou non, il devient essentiel d’examiner notre propre fonctionnement avec des critères clairs.

Comprendre comment l’humain décide — ce qui relève des neurosciences, des comportements, de la survie et des émotions — n’est pas la même chose que comprendre comment l’humain devient, c’est‑à‑dire comment il construit son identité, son récit de soi et son sentiment d’existence.

En nous appuyant sur les découvertes les plus récentes, nous avons passé au crible nos différentes fonctions cérébrales afin de distinguer, selon des critères précis, ce qui peut être considéré comme un cerveau et ce qui relève plutôt d’un centre de décision.

🟦Le cerveau comme masse cérébrale ?

Pour comprendre comment nous percevons, réagissons, ressentons et nous construisons, il est nécessaire d’examiner les différents "systèmes cérébraux" qui structurent et coordonnent notre fonctionnement.

Si l’on tente de définir un “cerveau” uniquement à partir de critères anatomiques comme par exemple la masse cérébrale, de volume de matière grise ou blanche — on se heurte rapidement à des limites.

Le système entérique en est l’exemple parfait : sa zone neuronale est diffuse, mais ses 200 millions de neurones sont bien réels, ses connexions avec la moelle épinière et le nerf vague sont profondes, et la frontière entre “ceci est un cerveau” et “ceci n’en est pas un” reste floue.

Autrement dit, la masse cérébrale seule ne suffit pas pour définir un cerveau..

Cependant, "dans" ou "hors boîte crânienne" chacun de ces "systèmes neuronaux" possède sa propre logique, son propre mode de traitement de l’information et son propre degré d’autonomie.

Ils ne remplissent pas tous les mêmes fonctions : certains gèrent la survie, d’autres les émotions, d’autres encore la pensée consciente ou l’intuition viscérale.

Dans cet article, nous allons tenter de décrire ces différents “cerveaux” humains, non pas au sens strictement anatomique, mais selon leur rôle fonctionnel et leur contribution à notre expérience intérieure.

Pour cela il s'agira tout d'abord distinguer :

  • ce qu’ils gèrent - leur champ décisionnel (survie, émotions, sensations viscérales, pensée consciente),

  • comment ils décident (réflexe, émotion, intuition, réflexion),

  • comment ils s’articulent entre eux,

  • et surtout s’ils participent — ou non — à la construction de notre identité et de notre conscience de soi.

🟦1. Cortex — le "cerveau rationnel"

Le cortex est la zone est souvent supposé comme étant la plus récente dans l’évolution humaine. Il gère :

  • l’analyse

  • la planification

  • le langage

  • la prise de décision consciente

  • l’inhibition des impulsions

C’est le siège de la pensée complexe, de la stratégie, de la logique. Il fonctionne lentement, demande de l’énergie, et n’est pas conçu pour la gestion de l'urgence.

Le cortex est souvent présenté, dans la perspective évolutionniste, comme la partie la plus récente du cerveau humain. C’est aussi celle que nous pensons le mieux connaître, tant elle a été étudiée depuis des décennies.

Cependant, les avancées récentes en neuro‑imagerie ont profondément renouvelé notre compréhension. Elles révèlent un fonctionnement bien plus complexe, dynamique et distribué que ce que nous imaginions, au point que de larges pans de son activité nous échappent encore.

Nous avons cependant quelques certitudes sur lesquelles nous nous appuyons pour produire notre analyse.

🔷1. Le cortex : autonomie et décision

Le cortex est le centre de décision le plus évolué de l’être humain. Il possède une autonomie fonctionnelle élevée, car il peut analyser une situation, inhiber une impulsion, planifier une action ou imaginer une alternative sans dépendre des autres centres.

C’est le seul système capable de produire une décision "pleinement consciente", c’est‑à‑dire une décision qui s’appuie sur le langage, la réflexion, la mémoire explicite et la capacité à se représenter soi‑même dans le temps.

Le cortex ne réagit pas : il délibère. Il ne survit pas : il choisit. Il ne se contente pas de répondre : il orienteorganise et donne du sens.

C’est aussi le seul centre capable de modifier ou corriger les décisions des autres systèmes en les intégrant dans une vision plus large et plus cohérente. En ce sens, il joue un rôle majeur dans la construction de l’identité, car il produit le récit de soi, la continuité personnelle et la conscience réflexive.

🔷2. Cortex (Néocortex) du point de vue de la conscience ?

Niveau de conscience : maximal

  • Produit la pensée consciente

  • Permet le langage, la réflexion, la planification

  • Génère le récit de soi (identité narrative)

  • Peut observer, analyser, inhiber, décider

C’est le siège de la conscience explicite.

🔷3. Une rationalité cependant limitée

Le cortex est le centre de la décision consciente, mais il n’est pas omniscient.

Il fonctionne sous contraintes :

  • temps limité,

  • informations incomplètes,

  • surcharge cognitive,

  • biais de raisonnement,

  • émotions en arrière‑plan.

C’est ce que Herbert Simon appelait la rationalité limitée en effet, nous ne décidons jamais de manière parfaitement rationnelle, mais de manière suffisamment bonne, en fonction de nos ressources mentales du moment. 

Le cortex ne décide pas dans l’absolu, mais dans un contexte. La rationalité limitée c'est la frontière naturelle du cortex dans sa capacité à décider.

L'intention humaine n'est jamais "pur esprit" et n'est pas un bloc monolithique une partie est :

  • biologique : survie, reproduction, régulation interne.

  • émotionnelle : attachement, peur, désir.

  • narrative : sens, valeurs, projets.

  • "inconsciente" : conflits, biais, automatismes.

Ainsi, l'intention humaine est un système d’intentions superposées, parfois contradictoires, souvent opaques à lui-même, en cela, l’intention n’est jamais totalement “propre" ni vraiment "personnelle”.

Le cortex dans un contexte informationnel donné, traversé d'intentions multiples, interprète, reconstruit et justifie afin de produire une décision.

🔷4. L'inconscient : partie immergée du système décisionnel global

La psychanalyse en faisant du langage le principal outil de compréhension de l'inconscient nous porte le plus souvent à penser que l inconscient appartient à la partie supérieure - Cortex-Néocortex -.

Cependant l'inconscient n 'est pas un centre en soi  mais un mode de fonctionnement transversal  qui influence tous les centres de décision, y compris le cortex. Il peut ainsi regrouper :

  • les automatismes appris,

  • les associations émotionnelles,

  • les mémoires implicites,

  • les routines comportementales,

  • les interprétations rapides et silencieuses.

L’inconscient agit en amont de la décision consciente : il prépare, oriente, filtre et parfois impose une réponse avant même que le cortex n’entre en scène. 

Il est la matrice silencieuse dans laquelle les centres de décisions produisent les réponses et font des choix.

Même si les théories du traitement de l’information évoquent rarement l’“inconscient”, celui‑ci tend à réapparaître à travers les biais cognitifs et les défauts d’interprétation qui influencent nos décisions, souvent en dehors de notre "contrôle conscient".

🟦2. Amygdale (Système limbique) 

Le système limbique est un ensemble de structures cérébrales profondes qui forment le centre émotionnel du cerveau. Il ne s’agit pas d’une zone unique, mais d’un réseau qui coordonne les émotions, la mémoire affective, la motivation et les réactions de survie.

Ce système déclenche la réponse de survie, mais ne gère pas les paramètres vitaux eux‑mêmes.

Ses fonctions principales :

  • détection du danger (via l’amygdale)

  • mémoire émotionnelle (hippocampe)

  • motivation et récompense (noyaux septaux, striatum ventral)

  • régulation du stress (hypothalamus)

  • adaptation comportementale rapide

🔷1. Les structures clés du "système limbique"

  • Amygdale : détecte les menaces, déclenche les réactions émotionnelles rapides.

  • Hippocampe : encode la mémoire, contextualise les émotions.

  • Hypothalamus : active les réponses hormonales (stress, adrénaline, cortisol).

  • Gyrus cingulaire : module l’attention émotionnelle et la douleur sociale.

  • Striatum ventral : motivation, récompense, impulsion à agir.

Ces structures fonctionnent ensemble comme un centre de décision émotionnelL’amygdale est la structure la plus connue du système limbique, le "centre émotionnel du cerveau". Elle détecte les menaces en quelques millisecondes, déclenche les réactions de survie et active le tronc cérébral, qui ajuste immédiatement les paramètres vitaux (respiration, rythme cardiaque, tension musculaire).

Pour simplifier, nous utilisons le terme “amygdale” dans cet article, car c’est elle qui initie la réaction émotionnelle rapide.

🔷2. L'amygdale - Fonctions principales :

L’amygdale est une structure ancienne, mais dont la connaissance est assez récente. Nous savons toutefois que son fonctionnement est rapide et spécialisé dans :

  • la détection du danger

  • la gestion des émotions intenses

  • les réactions automatiques (attaque, fuite, sidération)

L'amygdale court-circuite le cortex quand elle estime qu’il y a urgence. C’est elle qui déclenche les réactions disproportionnées, les débordements émotionnels, les colères soudaines, les paniques internes. Elle fonctionne en millisecondes. Elle ne "réfléchit pas" : elle protège et "déclenche" la survie ce qui y est prédominant chez le mâle humain.  

L’amygdale  :

  • détecte les menaces en quelques millisecondes

  • déclenche les réactions de survie (attaque, fuite, sidération)

  • active le système nerveux autonome (sympathique)

  • libère des hormones de stress (adrénaline, cortisol)

  • influence la mémoire émotionnelle en boucle rétroactive

🔷3. L’amygdale : comme centre de détection des menaces

L’amygdale est un centre émotionnel spécialisé dans la détection du danger. Elle analyse en millisecondes les signaux sensoriels et décide si une menace est présente.

Quand elle estime qu’il y a danger, elle :

  • active le système nerveux autonome

  • déclenche la libération d’adrénaline et de cortisol

  • envoie un signal d’urgence au tronc cérébral

  • court-circuite le cortex pour accélérer la réaction

🔷4. Le système limbique (Amygdale) pourquoi est-il autonome ?

Le système limbique (Amygdale) est considéré comme autonome ou semi-autonome car il peut :

  • déclencher une réaction avant que le cortex n’analyse

  • court-circuiter la pensée rationnelle en cas d’urgence

  • influencer le corps via l’hypothalamus et le système nerveux autonome

  • moduler l’intestin via le nerf vague

Le système Limbique possède donc une autonomie fonctionnelle : il peut en effet décider d’une réaction émotionnelle sans attendre l’avis du cortex.

🔷5. Amygdale (système limbique) du point de vue de la conscience?

Niveau de conscience : Partiel /indirect / émotionnel

  • Elle génère des émotions qui, elles, peuvent devenir conscientes.

  • Elle déclenche des réactions rapides basées sur la mémoire émotionnelle.

  • Elle influence la conscience, mais n’est pas "consciente" elle-même.

  • Elle décide et ses effets influencent, permettent l'action ou la perturbent 

L'amygdale n’est pas “rationnelle”, mais émotionnelle, interprétative, rapide, dotée de mémoire, elle est partiellement consciente, et déclenche des sensations conscientes (peur, tension, colère) dont les effets sont ressentis.

🔷6. Interaction Amygdale - Tronc cérébral (Reptilien)

Le tronc cérébral est le pilote automatique vital, chargé de maintenir nos paramètres de base : respiration, rythme cardiaque, pression artérielle, vigilance minimale.

Lorsque l’amygdale détecte une menace, elle déclenche l’alerte. En quelques millisecondes, elle court‑circuite le cortex et transmet l’ordre au tronc cérébral, qui prend le contrôle pour assurer la survie : accélération du cœur, respiration plus rapide, tension musculaire, mobilisation de l’énergie.

Dans ces moments‑là, le cortex n’est plus aux commandes. La priorité n’est plus la réflexion, mais la à la protection, l'attaque ou à la fuite selon les situations. 

🔷7 Amygdale - Tronc cérébral : une chaîne de survie en deux temps

Leur lien fonctionne ainsi :

  1. L’amygdale détecte un danger.

  2. Elle envoie un signal d’urgence.

  3. Le tronc cérébral modifie instantanément les paramètres vitaux.

  4. Le corps passe en mode survie (attaque, fuite, sidération).

Ce mécanisme est si rapide qu’il se produit avant même que le cortex n’ait compris ce qui se passe.

🔷8 Amygdale et tronc cérébral - un duo hiérarchisé

 L’amygdale détecte la menace. Le tronc cérébral applique les changements vitaux.

Leur lien fonctionne ainsi :

  • l’amygdale repère un danger

  • elle active le système nerveux autonome

  • elle envoie un signal d’urgence au tronc cérébral

  • le tronc cérébral accélère la respiration, augmente le rythme cardiaque, prépare le corps à l’action

Dans ce cas l’amygdale déclenche, le tronc cérébral met en œuvre et applique immédiatement les changements physiologiques nécessaires et exécute les actions considérées comme vitales, accélération du rythme cardiaque, hormones spécifiques, adrénaline, etc,.. 

Le "cerveau reptilien" (Tronc cérébral) exécute les ordres de l’amygdale en cas de danger et maintient la survie automatique. Ainsi, il s'adapte aux ordres mais il ne participe pas à la construction du comportement ou de l’identité.

🟦3. Le tronc cérébral (Cerveau Reptilien)

Les fonctions vitales (respiration, le rythme cardiaque ou la circulation sanguine,.. ) sont régulées par le tronc cérébral (bulbe rachidien, pont, mésencéphale). Le tronc cérébral parfois appelé "cerveau reptilien" est le centre des fonctions vitales dites automatiques :

  • respiration

  • rythme cardiaque

  • pression artérielle

  • tension musculaire

  • posture

  • réflexe de survie 
  • réflexe de fuite/attaque/freezing

  • Vigilance de base 

  • cycles biologiques (sommeil, faim, sexualité),..,.. 

🔷1. Le "tronc cérébral" (Cerveau reptilien) du point de vue de son autonomie

Le reptilien n’est pas seulement un système réflexe : c’est un véritable centre de décision automatique. Il traite des informations vitales, déclenche des réponses immédiates et peut même prendre le contrôle en cas de danger.

Le tronc cérébral (ce qu’on appelle également “Cerveau reptilien”) :

  • fonctionne sans le cortex,

  • prend des décisions réflexes,

  • régule des paramètres vitaux,

  • déclenche des comportements automatiques,

  • peut court‑circuiter les autres centres.

Il possède donc une autonomie fonctionnelle, même s’il n’a ni pensée, ni émotion, ni conscience.

C’est un centre de décision automatiqueSon autonomie est totale, mais sa logique est "archaïque" : il privilégie la survie, même au prix d’erreurs.

🔷2. Le "tronc cérébral" (Cerveau Reptilien) du point de vue de la conscience ?

Niveau de conscience : aucun.

  • Il ne produit aucune expérience subjective.

  • Il ne génère ni émotion, ni sensation, ni intuition.

  • Il fonctionne comme un système automatique de survie.

  • Il ne “sait” pas qu’il agit.

C’est un système non conscient qui execute. Son autonomie est fonctionnelle, pas identitaireIl agit sans conscience, sans intention, sans récitIl décide, mais il ne sait pas qu’il décide.

  • il ne produit pas d’émotions

  • il ne génère pas d’interprétations

  • il ne fait pas de tri entre “moi” et “non‑moi”

Il exécute les ordres de l’amygdale en cas de danger et maintient la survie automatique en fournissant des réponses adaptatives mais il ne participe pas directement à la construction de l’identité car il n'a pas la capacité à intégrer l’expérience dans une continuité, ou une représentation de soi. Cependant il peut néanmoins participer indirectement à la construction de l'identité, par les effets, qu'il induit sur nos comportements

🟦4. Système nerveux entérique — le “cerveau intestinal”

L’intestin contient une masse neuronale autonome, C"est le dernier cerveau identifié mais aussi le moins bien connu. Ce “cerveau intestinal” contient environ 200 millions de neurones, soit l’équivalent d’un cerveau de chat, il possède :

  • ses propres circuits

  • ses propres neurotransmetteurs

  • sa propre capacité de décision locale

  • une communication directe avec le cerveau via le nerf vague

🔷1. Système entérique du point de vue de l'autonomie?

Ce système peut fonctionner sans aucune instruction du cerveau central. C’est pourquoi on parle d’un système autonome : 

Il régule :

  • la digestion

  • l’immunité

  • la production de sérotonine

  • la gestion du stress physiologique

  • les signaux d’alerte corporels

Cette masse neuronale à une influence directe sur :

  • l'humeur

  • l'anxiété
  • la modulation de la prise de décision
  • les ajustements de l’énergie disponible
  • l'envoi de signaux d’alerte au cerveau central

Ce système fonctionne indépendamment du cortex et du système limbique. Il possède ses propres circuits, ses propres neurotransmetteurs, et communique en permanence avec le cerveau via le nerf vague.

Il influence fortement :

  • la sensation de “pression dans le ventre”

  • les intuitions rapides

  • les réactions viscérales

  • la fatigue mentale

  • la capacité à encaisser le stress

🔷1. Le cerveau intestinal "Système entérique" du point de vue de la conscience ?

Niveau de conscience : indirect / viscéral.

  • Il ne "pense" pas, mais il produit des sensations internes : nœud au ventre, détente, intuition viscérale.

  • Ces signaux peuvent remonter à la conscience via le nerf vague.

  • Il influence l’humeur, la motivation, la régulation interne.

🟦5. Trois cerveaux - Vraiment ? 

Lorsque nous parlons de “cerveau”, nous ne parlons pas seulement de zone anatomique ou de masse cérébrale. Nous parlons d’un système capable de traiter de l’information, de produire une décision et d'avoir un niveau de conscience de celle-ci.

Pour évaluer si une "zone neuronale" peut être qualifiée de “cerveau”, trois critères peuvent être aujourd'hui considérés comme essentiels - Le niveau d''autonomie - Le niveau de décision dans le traitement de l'information - Le niveau de conscience .

🔷1. Le niveau d’autonomie

Un cerveau doit pouvoir fonctionner sans supervision directe d’un autre système.

  • Le reptilien est totalement autonome : il régule la survie sans aide.

  • L’amygdale est autonome dans la détection émotionnelle.

  • Le cortex est autonome dans la pensée consciente.

  • Le cerveau intestinal est autonome dans la régulation viscérale.

L’autonomie définit la capacité d’agir par soi-même.

Cependant, si nous parlons d'autonomie, il serait plus "vrai" de parler de "semi-autonomie" car l'interconnectivé entre les différentes zones neuronales a depuis longtemps été démontrée. 

🔷3. Le niveau de décision

C’est le critère fonctionnel — et le plus moderne scientifiquement en héritage des sciences de l'information .

Un “cerveau” est un centre de décision qui :

  • reçoit de l’information,

  • la transforme,

  • la hiérarchise,

  • produit une réponse.

Chaque "centre de décision"  a sa logique propre :

  • Reptilien → décision automatique (fuite, immobilisation, protection)

  • Amygdale → décision émotionnelle (approche/évitement)

  • Cortex → décision consciente (choix, planification, récit)

  • Intestinal → décision viscérale (intuition, disponibilité interne)

La décision est la signature fonctionnelle d’un centre de décision.

🔷2. Le niveau de conscience

Chaque “cerveau” opère à un niveau de conscience différent :

  • Cortex → conscience explicite

  • Amygdale → conscience émotionnelle indirecte

  • Cerveau intestinal → conscience viscérale

  • Reptilien → absence totale de conscience

Le niveau de conscience définit la nature de l’expérience produite.

🟦6. "Cerveaux" ou "centres de décision" !

Si nous passons au crible notre propre fonctionnement selon les critères que nous appliquons aujourd’hui à l’intelligence artificielle, une distinction essentielle apparaît.

Nous découvrons que l’être humain ne fonctionne pas comme une unité homogène, mais comme un ensemble de centres de décision, chacun doté de leur autonomie, et dans certains cas, d'une conscience de soi .

Selon les critères —  [autonomie, fonction décisionnelle - conscience de soi] — nous possédons trois cerveaux : le cortex, l’amygdale et le système entérique. Ce sont les trois systèmes capables d’intégrer l’expérience et de contribuer directement au Moi et que nous pouvons qualifier de "cerveau".

🔷1. Selon les critères - ADC  → nous avons 3 cerveaux

Selon les critères ADC (Autonomie, Décision, Conscience) caractérisant une autonomie fonctionnelle, une capacité de décision et une forme de conscience (reflexive, émotionnelle ou viscérale, traduisant une capacité à intégrer l’expérience dans le "Moi" c'est-à-dire dans un processus "d'incoroporation" et de construction identitaire, trois systèmes remplissent les conditions pour être qualifiés de “cerveaux” :

🔵Le cortex

Conscience réflexive, langage, récit de soi.

🔵2. L’amygdale

Conscience émotionnelle, mémoire affective, tonalité du vécu.

🔵3. Le système entérique

Conscience viscérale, intuition corporelle, humeur, disponibilité interne.

Ainsi, en l'état de nos connaissances, en dehors de ces trois systèmes participant au Moi — cortex, amygdale, système entérique — le corps humain abrite de nombreux centres de décision autonomes.

Tous prennent des décisions, parfois complexes, mais aucune de ces décisions ne s’incorpore dans un récit narratif de la conscience de soi et ainsi ne deviennent pas “à moi”.

Ce sont en conséquence des centres de décision, mais pas des cerveaux au sens psychologique.

🔷2. Selon les critères - AD → Les centres de Décision dans le corps humain

Si nous avons pu identifier trois "cerveaux", participant au "moi",  il existe dans le corps humain plusieurs centres de décision autonomes, capables de traiter de l’information et de produire des réponses adaptées, sans jamais participer au récit narratif du Moi.

Ces centres de décision non conscients, ne participent pas directement à la construction du Moi. Leurs décisions ne s’inscrivent pas dans un récit narratif, ne deviennent pas des souvenirs autobiographiques et ne contribuent pas à l’identité vécue.

Cependant, ils influencent indirectement cette identité par les comportements, les états internes et les réactions qu’ils induisent. Ces systèmes disposent en effet de formes de mémoire propres : mémoire immunitaire, mémoire motrice, mémoire réflexe, mémoire hormonale ou encore apprentissages automatiques. Cependant, cette mémoire, si elle leur permet de prendre des décisions complexes et adaptées, elle sont effectuées sans conscience, sans appropriation subjective et sans transformation en histoire personnelle.

Autrement dit, ils décident, ils apprennent, ils ajustent mais ils ne nous "racontent rien" de ce qu'ils vivent -  Ils modulent notre manière d’être au monde, mais ne participent pas eux‑mêmes au récit du Moi. C’est cette absence d’intégration narrative — cette impossibilité de transformer leurs décisions en éléments d’une histoire subjective — qui les distingue fondamentalement des systèmes que nous avons qualifié de cerveaux.

En l'état actuel de nos connaissances nous pouvons identifier un certain nombre de centres de décision non conscients, qui prennent des décisions autonomes mais sans jamais les intégrer dans un récit subjectif :

🔵1. Le tronc cérébral (au sens neurophysiologique strict)

  • Régulation cardiaque

  • Respiration

  • Réflexes vitaux

  • Ajustements posturaux

  • Réponses automatiques de survie

Il décide, ajuste, corrige — mais ne participe pas au Moi.

🔵2. Le cervelet

Souvent oublié, c’est un centre décisionnel majeur :

  • coordination motrice,

  • anticipation des mouvements,

  • correction en temps réel,

  • apprentissage moteur.

Il prend des décisions rapides et précises, mais sans conscience, sans récit, sans identité.

🔵3. Le système immunitaire

C’est l’un des plus puissants centres de décision du corps :

  • reconnaissance biologique "du soi / non‑soi",

  • activation ou inhibition de réponses immunitaires,

  • mémoire immunitaire,

  • modulation inflammatoire.

Il catégorise, choisit, réagit, apprend… Mais il n’a aucune participation directe au Moi narratif.

🔵4. Le système endocrinien (hormonal)

Les glandes endocrines prennent des décisions autonomes :

  • sécrétion hormonale,

  • régulation du stress (axe HPA),

  • cycles veille‑sommeil,

  • reproduction,

  • métabolisme.

Ce sont des décisions régulatrices, mais jamais des décisions identitaires.

🔵5.. Le système nerveux autonome (SNA)

Sympathique et parasympathique :

  • activation / inhibition,

  • modulation cardiaque,

  • digestion,

  • thermorégulation.

Il prend des décisions en continu, mais hors conscience.

🔵6. Le système vasculaire (barorécepteurs, chémorécepteurs)

Il ajuste :

  • pression sanguine,

  • oxygénation,

  • perfusion des organes.

Ce sont des décisions vitales, mais non narratives.

🟦Conclusion

Aujourd'hui, la recherche progresse à un rythme tel, que nos connaissances ne se contentent plus de s’accumuler mais bouleversent rapidement les concepts, déplacent les repères et ouvrent de nouvelles pistes de réflexion.

Ce mouvement est parfois si rapide qu’il devient nécessaire de réinterroger des notions que nous pensions acquises — comme celle de “cerveau”.

Ainsi, la découverte de neurones en "dehors du crâne" et l’identification de chaînes décisionnelles réparties dans le corps humain, révélant l’existence de véritables systèmes de traitement de l’information, sans masse cérébrale centralisée, nous obligent à repenser ce qu’est un cerveau et ce qui ne l’est pas.

Parallèlement, l’émergence de l’intelligence artificielle ravive cette question sous un autre angle : qu’est‑ce qui pense, qu’est‑ce qui décide, qu’est‑ce qui participe à une forme de conscience ou de construction identitaire.

Ces interrogations, autrefois réservées à la philosophie ou à la psychanalyse, deviennent aujourd’hui des enjeux scientifiques et technologiques majeurs.

Il nous a semblé nécessaire de proposer une "redéfinition fonctionnelle" de ces notions.

En examinant nos organes internes et les mécanismes décisionnels qui gouvernent notre "existence", une lecture systémique révèle l’existence de plusieurs centres de décision, chacun responsable d’une dimension essentielle de notre vie en bonne santé.
Pour les distinguer, nous pouvons appliquer trois critères : leur autonomie, leur capacité à décider seuls, et leur participation — ou non — à une conscience de soi.

Certains systèmes, comme le cortex, l’amygdale ou le système entérique, remplissent complétement ces trois critères : ils décident, ils apprennent, et surtout, ils intègrent leurs décisions dans un récit narratif qui contribue à la construction du Moi et au processus identitaire et peuvent ainsi, entrer dans la catégorie de "cerveau".

D’autres, en revanche, ne participent pas directement à l’identité comme par exemple -  Le tronc cérébral, le cervelet, le système immunitaire, le système endocrinien ou encore le système nerveux autonome qui ont une autonomie importante, prennent des décisions mais sans jamais les inscrire dans une histoire subjective.

Ces systèmes disposent de formes de mémoire — immunitaire, motrice, hormonale, réflexe — qui leur permettent d’ajuster leurs réponses, mais ces apprentissages restent "non conscients". Ils influencent notre identité indirectement, par les comportements et les états internes qu’ils génèrent, mais ils ne participent pas eux‑mêmes au "récit du Moi". Ces systèmes nous les avons qualifié de "centres de décisions".

Ainsi, la distinction entre "cerveau" et "centre de décision" ne repose pas seulement sur la capacité à traiter l’information ou à décider, mais sur la possibilité d’intégrer ces décisions dans une continuité personnelle. C’est cette capacité "narrative" — cette appropriation subjective — qui fait d’un système un véritable cerveau au sens psychologique.

Il nous semble que cette distinction entre "cerveaux" et "centres de décision" nous permet d'aborder différemment notre fonctionnement et de mieux comprendre comment l’humain agit, réagit, ressent et se construit. 

Au terme cette montée en complexité — qui nous a progressivement éloignés d’une vision strictement anatomique du cerveau comme "masse cérébrale" et des confusions conceptuelles entre “cerveaux” et "centres de décision" — une certitude apparaît pour le psychologue cognitiviste et cela est rassurant. En effet, l’expérience, maintes fois démontrée, nous montre que tout centre de décision, quel qu’il soit, peut être affecté et "victime" de biais d’interprétation qui vont lui faire produire des réponses inadaptées et/ou disproportionnées.

Comprendre ces biais — qu’ils soient automatiques, émotionnels, viscéraux, cognitifs, endocriniens ou immunitaires — devient en conséquence une étape essentielle pour le psychologue cognitiviste qui souhaite adopter une perspective intégrative. Car ces biais influencent nos comportements, nos réactions et nos choix, parfois à notre insu, et il est donc crucial de tenter de distinguer ce qui relève véritablement de nous ou de ce qui provient de schémas d’interprétation inadaptés.

Cet axe de recherche, à la fois théorique et pratique, sur les "biais décisionnels" ouvre la voie au développement d’outils, techniques et méthodes permettant d’améliorer, la qualité décisionnelle des différents "centres de décision" de nos patients.

Et plus globalement, il s’agit de développer des techniques d’intervention capables d’améliorer le bien‑être mental des différents “cerveaux” des personnes en difficulté, en soutenant notamment leurs capacités à interpréter, décider et s’ajuster de façon plus adaptée, afin de mieux contribuer à la santé globale des individus.

 

Dr Grijalvo