En France, le droit de réponse permet à toute personne, physique ou morale, de demander à un média de publier une réponse lorsqu’elle s’estime mise en cause, attaquée ou présentée de manière inexacte. Ce dispositif s’applique à la presse écrite, aux sites d’information, aux blogs professionnels, à la radio, à la télévision et, dans certains cas, aux réseaux sociaux. Il offre la possibilité de corriger une information erronée, de répondre à une critique, d’apporter un éclairage différent ou de rééquilibrer un débat lorsque seule une version des faits a été présentée.
Pour autant, dans notre situation, et sur le thème de notre problématique de la psychologie masculine autant dire que le droit de réponse est vain .
C’est pourquoi le format de la lettre ouverte peut s’avèrer plus pertinent : il s’agit alors d’un texte adressé à une personne ou à une institution précise, mais publié publiquement afin que chacun puisse en prendre connaissance. La lettre ouverte permet de rendre visible une critique, de mettre en lumière un problème, de créer un débat, de corriger une représentation ou de répondre à une injustice perçue, notamment lorsque les voies classiques de dialogue ne fonctionnent plus.
Dans le contexte qui nous occupe — celui de la prise en compte des hommes et de leur souffrance — une lettre ouverte serait, en réalité, tout aussi inutile qu’un droit de réponse.
Alors comme en thérapie d’apaisement, nous adaptons le format le plus adapté à l invisibilité de la souffrance masculine qui est la lettre ouverte non envoyée :
Et pour objet de notre lettre ouverte non envoyée, et afin de ne pas alourdir le débat, j’ai choisi un élément agréable et subtil qui est un poème entendu par hasard sur France Culture lors d’un déplacement. Il s’agit du texte "Hommage aux petits garçons" de la poétesse Imany qui a expliqué et lu ce texte.
L'Instant poésie Imany a été enregistré en public, dans le cadre de l’Hyper week-end festival,
le 23 janvier 2026.
La chanteuse, autrice, compositrice et interprète Imany nous invite à éduquer les garçons autrement :
Le poème "Hommage aux petits garçons", d'Imany nous raconte l’avoir écrit le soir, inspirée par la lecture d’une étude en chiffres indiquant que les hommes représentent 50% de la population et 75% des suicides.
Elle se dit aujourd’hui convaincue que l’on "tire sur le féminisme" comme sur une menace pour les hommes, alors même que “ce qui libère les femmes libère les hommes : qu’est-ce qui se passe si on autorise les petits garçons à être des êtres, des petits garçons, à être des êtres entiers, complexes ? - Et elle explique que les petits garçons pour vivre mieux et libre doivent en quelque sorte " tuer une part d’eux-mêmes".
Pour Imany, c’est la société entière, et non pas les parents seulement, qui élèvent les enfants. Il faut donc, nous dit-elle, déconstruire son enfant et en même temps se construire soi-même comme partie intégrante de ce système.
Expliquer aux petits garçons qu’ils “ont le droit de pleurer, ils ont le droit d’être joyeux, ils ont le droit de ne pas avoir envie de jouer au foot. (...) C'est un processus collectif.
Dans son parcours - en quittant la France à 17 ans pour aller vivre à New York -, dans sa musique, Imany raconte ainsi avoir travaillé elle-même à s’extraire de son milieu d’origine et des injonctions liées au corps. Tout au long de sa carrière, elle a de fait interrogé la norme, qu’elle soit esthétique, vocale, ou sociale, et creusé son propre sillon.
Le poème: "Ce qu’on a fait aux garçons" d’Imany,
On a fait croire aux petits garçons
qu’être un homme
c’était plus important
qu’être un humain.
On leur a fait gober
que la masculinité
devait passer
avant leur propre humanité.
Ils sont 50 % de la population mondiale
mais 75 % des suicides, au final.
Et ce chiffre
ne diminue pas.
Il continue de vivre
bien au-delà.
C’est la guerre
depuis l’enfance
au fond de leur cœur.
Alors à l’âge adulte
ils ne savent
pas faire la paix.
Leur droit d’être entiers
leur est nié.
Ils ont dû tuer une part d’eux-mêmes
avant de pouvoir la rencontrer.
Alors comment aimer
ce que l’on a appris à détester
Et si on ne peut aimer
tout son être
comment peut on
aimer les autres ?
On se pose la question.
Mais on connaît la réponse.
Personne ne peut donner
ce qu’il n’a pas
sans risquer
l’extinction de soi.
Comment les hommes peuvent-ils comprendre
ceux et celles qui luttent
pour leur entièreté
sans se sentir
désemparés ?
Sans faire appel
à la violence
qui vit dans leur corps
depuis des années ?
Et si ce n’est pas contre eux
qu’ils retournent cette violence,
c’est sur ceux et celles
qui n’ont rien demandé.
Si on apprenait aux petits garçons
que tous leurs sentiments
ont le droit de vivre,
qu’ils sont valides,
qu’ils n’ont aucune honte
à survivre,
que leur humanité
est multiple,
plus nuancée,
plus douce
qu’ils ne l’imaginent,
peut-être
qu’au fil du temps
ils apprendraient à s’aimer
À se tolérer.
À avoir de la compassion
pour eux-même.
La solution pour l’humanité.
Et aussi pour l’avenir de la planète.
Ce n’est pas à l’extérieur
qu’elle se cherche.
C’est peut-être
dans le cœur brisé
des petits garçons
qu’on a tués
à coups de virilité
Analyse Critique
Nous ne critiquons bien évidemment pas la forme qui est superbe, mais c'est le fond qui pose un certain nombre de problèmes que nous allons tenter de souligner.
🟦1. Ce que nous dit le poème sur la masculinité
La chanteuse, autrice, compositrice et interprète Imany nous invite, à travers son poème « Hommage aux petits garçons », à éduquer les garçons autrement. Inspirée par une étude indiquant que les hommes représentent 50 % de la population mondiale mais 75 % des suicides, elle exprime une conviction profonde : « ce qui libère les femmes libère les hommes ». Elle appelle à autoriser les petits garçons « à être des êtres entiers, complexes », à leur permettre de pleurer, d’être joyeux, de ne pas aimer le foot, et à leur restituer une humanité pleine et subjective.
Pourtant, dans cette belle invitation à l’entièreté, se glisse une tension paradoxale. Tout en proclamant que les garçons doivent devenir des sujets complets, Imany explique leur souffrance presque exclusivement par une construction sociale : la virilité imposée par la société, qu’il faudrait déconstruire. Ainsi, en affirmant leur droit à être des êtres entiers et subjectifs, elle les enferme paradoxalement dans une dimension essentiellement sociale et culturelle.
La masculinité est ainsi présentée comme une norme extérieure mutilante, une sorte de carcan qui “tue une part d’eux‑mêmes”. Cette vision réduit les hommes à un produit de la socialisation, sans tenir compte de la complexité de leurs histoires personnelles. Or, ce que l’on nomme “masculinité” est bien souvent l’expression d’expériences d’enfance parfois difficiles — séparations, conflits familiaux, disputes, sentiments d’abandon ou d’insécurité — des expériences qui traversent indifféremment les garçons et les filles.
🟦2. La succession des clichés habituels sur le masculin
- L’homme = produit exclusif de la masculinité toxique / patriarcale - Phrases clés :
- « On a fait croire aux petits garçons qu’être un homme c’était plus important qu’être un humain »
- « On leur a fait gober que la masculinité devait passer avant leur propre humanité »
- « à coups de virilité » Cliché classique sur le masculin : la masculinité serait une construction sociale oppressive qui « tue » l’humanité des garçons. Le poème attribue presque toute la souffrance masculine (suicides, violence, incapacité à aimer) à cette injonction unique, comme si elle était la cause première et quasi unique.
- Les garçons doivent être « autorisés » à être vulnérables pour guérir « Ils ont le droit de pleurer, ils ont le droit d’être joyeux, ils ont le droit de ne pas avoir envie de jouer au foot » Cliché et préjugé masculin : la solution serait une déconstruction genrée massive (pleurer, exprimer la douceur, refuser le foot) pour retrouver l’« entièreté ». Cela sous-entend que la masculinité traditionnelle est intrinsèquement mutilante et que la voie de la guérison passe par une féminisation émotionnelle des garçons.
- La violence masculine comme conséquence directe de la répression émotionnelle imposée « Sans faire appel à la violence qui vit dans leur corps depuis des années » Cliché répandu dans les discours sur la « masculinité toxique » : la violence serait la seule issue pour un homme qui n’a pas pu exprimer ses émotions. Le lien causal est présenté comme quasi mécanique.
- Les hommes ne peuvent aimer les autres tant qu’ils ne s’aiment pas eux-mêmes « Comment aimer ce que l’on a appris à détester ? », « Personne ne peut donner ce qu’il n’a pas » Cliché thérapeutique-populaire : l’amour de soi précède l’amour des autres. Vrai en partie, mais en partie seulement mais présenté ici comme une vérité absolue et genrée, sans nuance sur le fait que beaucoup d’hommes et de femmes aiment profondément malgré leurs difficultés à s'aimer soi-même.
- La statistique des suicides comme preuve ultime du malheur masculin « Ils sont 50 % de la population mondiale mais 75 % des suicides » Ce chiffre est réel et grave, mais utilisé ici de façon univoque pour imputer la cause à la « virilité » sans mentionner les autres facteurs comme le moindre recours aux soins et leur accessibilité parfois rendue impossible notamment en raison de préjugés sur le masculin.
🟦3. Des simplifications excessives et radicales sur le masculin
🔷1. La norme sociale de la masculinité tue l'humanité des garçons ?
Cette simplification sur le masculin est malheureusement courante. Ainsi le poème véhicule une vision monocausale (la masculinité toxique tue l’humanité des garçons) ce qui ne correspond pas à la complexité de la construction identitaire.
Tout en se voulant avant-gardiste, il s'agit d'une vision ancienne et monocausale — héritée des années 1960 et des grands mouvements de libération (sexuelle, féministe, critique des normes sociales et patriarcales) — qui considère les normes sociales comme seules constitutives de l’identité et de la personnalité. Ces concepts apparaissent aujourd’hui largement insuffisants et ne permettent, ni de comprendre la psychologie masculine tout autant que féminine, et encore moins de saisir la complexité des trajectoires.
Ainsi affirmer que les normes sociales imposées aux garçons — virilité, dureté, invulnérabilité, maîtrise émotionnelle — agiraient comme une force mutilante, les empêchant d’accéder à leur humanité pleine et entière, le texte suggère que la masculinité prescrite fonctionnerait comme un étau : pour devenir “un homme”, le garçon devrait alors renoncer à une part de lui-même, étouffer ses émotions, taire sa vulnérabilité, se couper de son monde intérieur.
Mais l’enjeu, dans cette formulation, est que la norme sociale est présentée comme une cause directe, presque mécanique, presque biologique voir essentialiste : comme si la masculinité culturelle produisait inévitablement une déshumanisation.
🔷2. Un dangereux glissement vers l 'essentialisme
Nous pouvons ainsi repérer qu'il y a une certaine tendance de l'autrice à opérer un glissement vers une forme d’essentialisation paradoxale qui tend à vouloir transformer une norme en destin, un contexte en causalité, un apprentissage en nature. En effet, l'autrice laisse ainsi entendre que tous les garçons, exposés à la même norme, seraient affectés de la même manière — ce que la psychologie, la clinique et même l’éthologie animale qui a longtemps considéré que le comportement animal était instinctif inné, comme naturel, a abandonné l'essentialisme pour une éthologie animale constructiviste.
L’éthologie constructiviste animale montre que les comportements que l’on croyait auparavant instinctifs — agressivité, dominance, soumission, coopération, soin — ne sont jamais de simples expressions d’un programme génétique. Ils sont co‑construits par l’environnement, les conditions d’élevage, les interactions , la disponibilité des ressources, la structure micro-sociale du groupe, et même les micro‑événements relationnels. Un même animal peut devenir agressif, craintif, apathique ou coopératif selon les contextes dans lesquels il se développe
Les travaux sur les primates, les loups, les rats, les oiseaux montrent tous la même chose : la violence n’est pas un invariant biologique, mais une réponse adaptative à un environnement donné.
En conséquence, même chez les espèces non humaines, la violence est un produit de l’histoire, du contexte, du stress, de la compétition ou de la privation.
La violence n’est jamais un destin biologique, mais une réponse contextuelle. Si le comportement des autres espèces est co‑construit par l’environnement, les interactions dans les groupes et les apprentissages, comment pourrait-on réduire la violence masculine à une essence ? L’homme n’est pas violent par nature ?
Ainsi, les récits qui tendent à naturaliser la violence masculine — même sous une forme poétique — sont en réalité anti‑scientifiques, anti‑cliniques, et anti‑humanistes.
🔵 Rappel du débat [Essentialisme] vs [Existentialisme] - 1950
L’essentialisme affirmait que l’être humain — et donc l’homme — possédait une nature fixe, un noyau immuable, une essence préalable qui détermine ses comportements. Dans cette perspective, la violence masculine était considéré comme un attribut inscrit dans la biologie, dans le corps, dans l’identité même du masculin.
C’est finalement cette ancienne logique qui sous‑tend le récit d'Imany où l’homme finit par apparaitre comme un être intrinsèquement dangereux, porteur d’une violence latente, presque génétique. L’essentialisme fige, simplifie, enferme : il transforme un comportement en destin.
Cependant, l’idée qu’il existe une nature fixe, immuable, inscrite dans le corps ou dans l’âme — a commencé à se fissurer au milieu du XXᵉ siècle, notamment dans les années 50 notamment par le mouvement existentialisme, qui au contraire, affirmait que l’existence précède l’essence : l’être humain n’est pas défini d’avance, il se construit, se transforme, se choisit, pour finir par s'effondrer définitivement dans la période 60-80.
Ainsi, rien n’est inscrit dans la nature de l’homme et tout se joue dans son histoire, ses choix, ses schémas, ses relations, ses environnements. Dans ce cadre théorique la violence n’est pas une essence masculine, mais une réponse, une adaptation, un mécanisme de protection façonné par des contextes traumatiques. Elle est donc transformable, modulable, modifiable. L’existentialisme a ainsi ouvert la porte à la responsabilité, à la maturation, à l’Adulte Sain.
Sur le plan de la chronicité si l'essentialisme a commencé à se fissurer sous l'impulsion de Sartre et Beauvoir le coup de grâce théorique est arrivé dans les années 60-80 avec Lévi-Strauss, Foucault, Derrida, Deleuze et Butler plus tard qui a ainsi définitivement enterré l’idée d’une essence humaine.
C'est pourquoi, retrouver la présence de l'essentialisme dans le Wokisme forme militante des Gender Studies (Etudes de Genre) qui se sont construites sur la French Theory issue de l'Existentialisme et du fameux "on ne naît pas femme on le devient" de Beauvoir, est totalement paradoxal.
🔵2020 L'essentialisme le retour !
Les approches constructivistes nous rappelle généralement qu'un comportement n’est jamais une essence, mais un comportement co‑construit par l’histoire, l’environnement. Rien, dans la biologie, par exemple n’impose au mâle humain d’être violent, ce sont les contextes qui façonnent les réponses, et les réponses peuvent toujours être transformées.
Ce débat académique paraissait résolu, mais alors que les Gender Studies sont nées du déconstructivisme, de la sociologie constructiviste et de l'existensialisme, certains discours du wokisme, forme militante des études de genre réintroduisent une forme d’essentialisme inversé où :
-
“les hommes sont violents”,
-
“la masculinité est toxique”,
-
“le masculin est dangereux”,
-
“la virilité tue”.
Ainsi l'on passe de “On ne naît pas femme : on le devient.” à : “On naît homme violent.”
C'est un renversement complet. En effet, les théories essentialistes se sont effondrées au milieu du XXᵉ siècle, sous les coups conjoints de l’existentialisme, du structuralisme et des sciences du comportement. Pourtant, un essentialisme inversé tend aujourd'hui à réapparaitre dans certains discours comme dans le texte d'Imany où l’homme y est réduit à une essence violente, comme si l’histoire, les schémas et la singularité psychique n’existaient plus.
🔵Pourquoi ce retour vers l'essentialisme ?
La poésie contemporaine est la respiration secrète du monde, elle condense dans quelques mots ce qui flotte dans l’air, ainsi l'artiste Imany, ne fait que révéler, donner une voix à ce qui est capté et circule dans le collectif , c'est en quelque sorte une cristallisation de ce que notre époque est en train de penser, et cela est très inquiétant.
C'est pourquoi, nous avons tenté de comprendre pourquoi, il est aujourd'hui re-diffusé dans la société de vieilles théories que l'on croyait oubliées et surtout, sans que cela puisse soulever polémiques et débats.
Ainsi, par exemple, un discours essentialiste appliqué à l’éthologie animale — affirmant que le chimpanzé mâle ou l’orang‑outan mâle des montagnes serait “par nature” violent — susciterait immédiatement polémiques et controverses. Pourtant, dans certaines branches des études de genre, l’idée selon laquelle le mâle humain serait intrinsèquement violent ne semble choquer personne.
Les principales raisons du retour de la régression Essentialiste
1. Parce que la déconstruction radicale a besoin d’un “ennemi stable”
Pour déconstruire une norme, il faut d’abord la figer. Et pour fustiger la masculinité, il faut la définir. Ainsi, paradoxalement, certains discours militants :
-
fixent “le masculin” comme une catégorie homogène,
-
lui attribuent des traits stables (violence, domination, dangerosité),
-
en font une essence négative, un bloc identitaire.
C’est un essentialisme inversé : non plus “l’homme est naturellement fort”, mais “l’homme est naturellement violent”. Dans les deux cas, il s'agit d'une naturalisation.
2. Parce que l’idéologie a besoin de simplifier ce que la philosophie complexifie
L’existentialisme est exigeant : il demande de penser la liberté, la responsabilité, la singularité, l’ambiguïté.Le militantisme, lui, a besoin de :
-
catégories simples,
-
récits mobilisateurs,
-
oppositions claires,
-
identités stables.
Ce qui était une philosophie de la nuance devient un outil politique de simplification. “On naît homme violent.” et il s'agit donc de changer la nature de l'homme, le déconstruire pour le recontruire
3. Parce que la souffrance cherche des coupables, pas des structures
Dans les Gender Studies académiques, la violence est pensée comme : structurelle, historique, relationnelle, contextuelle. Mais dans certains discours militants, elle devient : personnelle, incarnée, essentialisée.
Ainsi, l'on passe de : “Le patriarcat produit des comportements violents.” à : “Les hommes sont violents.”
Ce glissement est psychologiquement compréhensible, mais philosophiquement extrêmement dangereux.
4. Parce que la critique du pouvoir peut devenir une nouvelle forme de pouvoir
Foucault l’avait anticipé : toute critique du pouvoir peut devenir un nouveau pouvoir. Ainsi, certains discours déconstructivistes : déconstruisent les normes anciennes, mais reconstruisent des catégories encore plus rigides, en assignant les individus à des identités morales.
L’homme en tant que mâle humain, devient une figure morale, non un sujet psychologique. Alors que nous ne devrions plus avoir ce genre de débat [ Essentialisme / Existentialisme] depuis plus de 50 ans.
🔷2. Mais alors qu'est-ce qui tue et blesse l'humanité du garçon ?
Ce qui “tue” ou blesse un garçon n’est pas la norme en elle-même, mais la manière dont cette norme sociale rencontre le sujet c'est a dire l'histoire émotionnelle, le vécu du sujet, ses attachements, ses schémas, ses blessures précoces, ses traumatismes.
La norme ne construit pas l’individu, elle module, colore une teinte, culturelle et sociale à son vécu à sa trajectoire personnelle et émotionnelle.
Ainsi, prétendre que la masculinité - c'est à dire la norme sociale du masculin - tue l’humanité des garçons” tend à naturaliser ce qui est en réalité psychique, relationnel, contextuel et transformable. Imany confond la norme avec la cause, et la cause avec l’essence.
En clinique, on dirait plutôt ce n’est pas la masculinité qui tue l’humanité des garçons, mais l’absence de sécurité émotionnelle, l’absence de modèles d’attachement, l’absence de permission d’être entier. Et cela n’a rien d’un destin : cela peut toujours être réparé.
🔷3. Le retour du débat [sociologie constructiviste] vs [psychologie] - 1970
La sociologie constructiviste à souvent affirmé que l’individu est façonné par les normes, les discours, les institutions, les rôles sociaux. Dans cette perspective, la masculinité — comme la féminité — serait un produit culturel, un script appris, un ensemble de comportements imposés par la société.
C’est une vision utile, et qui correspondait à une époque de remise en cause, mais excessivement partielle. Parce que ce qui construit un individu, ce n’est pas la norme sociale en elle-même, mais la manière dont :
-
l'individu l’interprète,
-
cette norme résonne avec ses blessures,
-
elle est intégrée
-
elle rencontre l' histoire de ses attachements.
Ainsi la norme sociale n’est jamais une cause. Elle est un contexte. En effet, l’individu n’est pas seulement construit par les normes sociales, mais par son histoire émotionnelle, ses attachements, ses traumatismes, ses environnements précoces. Autrement dit, si la sociologie voit le social, la psychologie voit le vécu et la clinique voit la singularité. Et ces trois niveaux qui ne se recouvrent jamais parfaitement ne peuvent être confondus.
La sociologie dit : Les hommes sont construits par les normes masculines. Et la psychologie dit : Chaque homme est construit par son histoire émotionnelle, et les normes sociales ne font que donner un support à cette histoire.
Ainsi, réduire la violence masculine aux normes sociales, c'est réduire la masculinité à un rôle et l’homme à une catégorie sociologique, cela à pour conséquence d'oublier l’essentiel c'est que la violence est un mécanisme psychique, non un produit de la norme.
Ainsi, depuis longtemps la psychologie à démontré que ce ne sont pas les normes qui construisent un individu, mais son histoire personnelle et émotionnelle. Les normes ne créent pas la violence : elles ne font que lui donner une forme, c'est à dire d'en définir le niveau d'acceptabilité. Ainsi La clinique rappelle que chaque homme est un sujet singulier, non un produit de la société.
🔷3. La contradiction définitive apportée par les neuro-sciences 1980
Depuis plus de 40 ans maintenant ces approches qui se voulaient déconstructivistes ont été profondément remises en question, notamment par les neurosciences, la psychologie du développement et des modèles intégratifs. Ces disciplines montrent que l’identité ne se réduit pas à l’effet des normes : elle se construit aussi à partir de vulnérabilités précoces, d’expériences relationnelles, d’attachements, de blessures, de stratégies d’adaptation et de processus émotionnels profondément enracinés.
Nous sommes, ce que notre histoire a fait de nous, mais nous sommes encore davantage ce que nous avons fait de cette histoire : la manière dont nous avons traversé nos expériences, les sens que nous leur avons donnés, et l’interprétation que nous en portons encore aujourd’hui. L’identité n’est jamais un simple héritage ; elle est un travail continu, une mise en forme intime et dynamique de notre vécu.
🔵 Ce que dit aujourd'hui la psychologie - 2020
Dans les théories les plus récentes validées scientifiquement, il est admis que la majorité des patterns profonds et structurants de la personnalité naissent des expériences familiales précoces vécues chez l'enfant ou l'adolescent et cela concerne indifféremment les deux sexes comme par exemple - les séparations et les conflits familiaux, les divorces, les négligences affectives, les critiques systématiques, l'instabilité perçue, les abus, les traumas – autant de situations perturbantes qui ne sont pas créés par la virilité elle-même ou les normes sociales mais par les environnements et l'histoire intimes des sujets.
La socialisation genrée ne fait donc que colorer l'expression de ces patterns profonds, les garçons vont avoir des schémas plus importants sur l’inhibition émotionnelle ou les standards de performance, et les filles vont avoir des patterns davantage orientés vers le sacrifice de soi ou le sentiment de honte mais ces différences restent généralement faibles.
De même, les différences physiologiques entre hommes et femmes modifient, selon nos connaissances actuelles, les proto‑langages corporels - neurobiologiques, neuromusculaires,.. - et influencent la forme que prennent certains comportements. Mais, il est une évidence reconnue que la violence, en elle‑même, comme d'autres ressentis, n’est ni masculine ni féminine, par contre ses modalités d’expression peuvent ainsi varier selon le sexe. Il est d’ailleurs frappant de constater que les études de genre abordent très peu cette dimension neurobiologique, et que les travaux disponibles proviennent le plus souvent de modèles animaux.
🔷4. Réactiver la guerre des sexes est contre-productif
Comme le souligne la psychologie contemporaine, la véritable libération ne passe pas par une reconstruction idéologique du masculin, mais par le travail et la mise en mouvement des schémas traumatiques — séparation, abus, carences affectives, sentiment d’abandon, perte, deuil — qui ont pu marquer l’histoire du sujet. L’enjeu est d’éviter que ces blessures ne se figent en comportements défensifs hérités du passé. Et pour cela, il n’est nul besoin d’opposer masculinité, féminité (traditionnelle ou non) et humanité.
Nul besoin en effet, de réactiver la guerre des sexes : femmes et hommes sont pris dans les mêmes tourments psycho‑traumatiques.
Ce qui peut différer, ce n’est pas la souffrance elle‑même, mais la facilité d’accès aux moyens de s’en extraire — et finalement de comment hommes et femmes vont pouvoir monter dans le “bateau de sauvetage”. Et sur ce point, il existe sans doute un fléchage genré, comme on le dit souvent, “les femmes et les enfants d’abord”, les femmes étant plus avantagées de ce point de vue tant, il existe de dispositifs à leur adresse, d’où l’intérêt de développer une psychologie plus attentive aux trajectoires masculines. En, effet les hommes consultent peu, et restent souvent pris dans l’injonction de tenir coûte que coûte, et c’est sans doute là, leur plus grand obstacle. En cela, les préjugés sur le masculin, qui sont largement diffusés sur les ondes du matin à tard le soir, n’aident en rien à lever ces barrières à l'entrée en soin.
🔷5. Une poésie rétrograde qui se veut avant-gardiste !
Décrire ainsi la souffrance masculine à cause de l'amputation du garçon d'une partie de lui-même à coup de virilité, si elle est une image saisissante, est une réduction bien trop simplificatrice.
Si, il y a souffrance chez le garçon, elle ne relève pas d’un déterminisme patriarcal abstrait, mais d’une réalité bien plus nuancée : celle de schémas structurants dont les racines sont sociales mais aussi et surtout familiales, relationnelles et développementales.
Comme nous l’avons montré, ces débats relèvent d’anciennes querelles académiques, résolues depuis des décennies, et qui réapparaissent aujourd’hui dans certaines branches des Etudes de Genre ainsi que dans leurs prolongements militants. Imany en devient l’une des porte‑voix, mais ce qu’elle défend relève moins d’une analyse scientifique que d’une position idéologique : une vision essentialiste qui renoue, paradoxalement, avec des schémas de pensée d’avant les années 1950.
Ainsi, cette vision poétique qui se présente comme éclairée éveillée et avant‑gardiste finit par offrir de l’homme une représentation étonnamment obscurantiste, et surtout profondément datée — une manière de penser le masculin qui renvoie davantage aux philosophies du siècle dernier qu’à une compréhension contemporaine des dynamiques psychiques et sociales.
Une pensée d’autant plus rétrograde que même l’éthologie animale — qui a longtemps eu du mal à ne plus associer agressivité et violence aux seuls mâles des différentes espèces — n’ose plus aujourd’hui recourir à de tels concepts et parle désormais d'éthologie constructiviste.
🟦4. Taux de suicide des hommes juxtaposition et Gender Paradox
Ce texte a été, nous dit-on inspiré par la lecture d’une étude chiffrée indiquant que les "hommes représentent 50% de la population mais 75% des suicides au final".
La juxtaposition de ces deux chiffres ainsi présentée au début du poème, en dit long sur le niveau d'engagement et le militantisme de l'autrice à l'égard des hommes. En effet, cela peut ainsi laisser croire, à tort, à l'auditeur peu attentif que 75 % des hommes, représentant 50% de la population mondiale se suicident.
En réalité, ces pourcentages ne décrivent pas la même chose, ils montrent seulement que, les hommes représentent 50 % de la population mondiale et parmi l’ensemble des suicides en occident les hommes sont surreprésentés et représentent 75%, c'est a dire que 3 suicides achevés dans leur forme létale sur 4 concernent des hommes.
La confusion naît ainsi du rapprochement de deux proportions qui n’appartiennent pas au même ensemble. Cette illusion statistique est révélatrice d'une certaine mauvaise foi et montre à quel point les récits sur le masculin peuvent facilement glisser vers des interprétations catastrophistes ou caricaturales.
Ainsi, loin de signifier que “les hommes se tuent massivement”, le chiffre de 75 % d’hommes décédés par suicide n’est pas mobilisé dans le poème pour susciter l’empathie envers la souffrance masculine. Il sert plutôt, par un effet d’illusion statistique, à renforcer l’idée que l’état de nature masculine serait fondamentalement désespérant, comme si cette sur‑mortalité volontaire confirmait une fatalité psychique propre aux hommes.
Il est toutefois nécessaire de revenir sur ce chiffre de 75 %, qui indique bien une sur‑représentation masculine dans les décès par suicide. Ce constat est exact, mais il doit être mis en perspective : les femmes, elles, réalisent environ trois fois plus de tentatives. Cette dissociation entre tentatives féminines plus nombreuses et décès masculins plus fréquents est un phénomène classique, solidement documenté dans les statistiques internationales et françaises, et connu en suicidologie sous le nom de “gender paradox”.
Voici les données les plus récentes et fiables ( issues de sources officielles comme l'AFSP, CDC, WHO, Santé Publique France, INSEE et méta-analyses) :
🔷1. Suicides complétés (décès par suicide)
- Hommes : représentent environ 75-80 % des décès par suicide dans la plupart des pays occidentaux.
- USA (2023, CDC) : ~79 % des suicides sont masculins (taux 22.3/100 000 hommes vs 5.6/100 000 femmes → ratio ~4:1).
- France (2023, Santé Publique France / CépiDc) : ~75-78 % des 8 848 décès recensés sont masculins (taux standardisé ~21-23/100 000 hommes vs ~5-6/100 000 femmes).
- Monde (WHO 2021, dernières estimations stables) : taux global ~12.3/100 000 hommes vs ~5.9/100 000 femmes → ratio ~2:1 à l'échelle mondiale, mais plus marqué (3-4:1) dans les pays à haut revenu.
🔷2. Tentatives de suicide (non létales )
- Femmes : réalisent 2 à 3 fois plus de tentatives que les hommes (ratio fréquent 2:1 à 3:1).
- USA (AFSP / CDC) : les femmes tentent ~1.5 à 3 fois plus souvent que les hommes.
- Études européennes et internationales (méta-analyses) : ratio femmes:hommes ~2.5-3:1 pour les tentatives non létales rapportées ou hospitalisées.
- France : les données hospitalières et enquêtes (Santé Publique France, Baromètre santé) confirment que les femmes représentent la majorité des passages aux actes non mortels (souvent 60-70 % des hospitalisations pour tentative).
🔷3. Pourquoi ce paradoxe de genre ? (explications principales validées)
- Concernant les méthodes choisies :
- Les hommes optent plus souvent pour des méthodes très létales (pendaison, saut de hauteur, armes à feu) ainsi le taux de létalité est beaucoup plus élevé (50-90 % vs 1-10 % pour les méthodes féminines fréquentes comme l'intoxication médicamenteuse ou les coupures).
- Intention et impulsivité :
- Les tentatives masculines sont souvent plus impulsives et plus sérieuses dès le départ (liées à des schémas comme l'Inhibition Émotionnelle ou Manque de Contrôle de Soi, plus fréquents chez les hommes).
- Les tentatives féminines sont plus souvent associées à une recherche d'aide ou de communication de détresse (cris d'alarme répétés), avec une plus grande probabilité de survie et d'intervention.
-
Accès aux soins :
- Les hommes consultent moins souvent les services de santé mentale (stigmatisation de la vulnérabilité), mais aussi non adaptation de la psychologie aux problématiques spécifiquement masculines . En effet, comme cela été souvent prouvé , la psychologie est une anthropologie du féminin, cela rajoute autant de difficulté des hommes à l'accès aux soins, ce qui retarde la prise en charge et augmente le risque de passage à l'acte fatal.
- Autres facteurs :
- Alcool/drogues plus souvent impliqués chez les hommes (facteur létal).
- Moins de soutien social perçu chez les hommes (isolement social plus marqué dans certains schémas masculins).et une empathie plus faible vis a vis des hommes en difficultés.
En résumé : oui, les hommes représentent la majorité des décès par suicide (75 à 80 %). Les femmes, quant à elles, réalisent davantage de tentatives (deux à trois fois plus). Cette différence ne traduit pas une “rationalité froide” propre au masculin, ni un mal‑être généralisé de toute la population masculine. Elle reflète surtout des facteurs bien documentés : des méthodes plus létales, une impulsivité différente, un moindre accès aux soins, et une inadaptation persistante des dispositifs de prise en charge précoce pour les hommes.
L’idée selon laquelle ces chiffres seraient la preuve d’un “carcan masculin” ou d’une souffrance inhérente au fait de naître homme est donc totalement infondée. Et si l’on observe les hospitalisations en psychiatrie, la parité est constante : environ 50 % d’hommes et 50 % de femmes, que ce soit en hospitalisation courte, longue ou en suivi ambulatoire.
🟦5. Ce que l'on peut dire de ce poème sur le plan philosophique
🔷1. La Déconstruction comme but
Dans son parcours Imany - nous dit avoir quitter la France à 17 ans pour aller vivre à New York -, dans sa musique, Imany a travaillé elle-même à s’extraire de son milieu d’origine et des injonctions liées au corps. Tout au long de sa carrière, elle a de fait interrogé la norme, qu’elle soit esthétique, vocale, ou sociale, et creusé son propre sillon. Et elle , applique cela à son fils, et plus largement aux garçons.
🔵Commentaire direct de la présentation du parcours d'Imany
Dans ce passage, Imany raconte son propre parcours et une interrogation systématique des normes (esthétiques, vocales, sociales). Elle présente ce mouvement comme une libération personnelle et créatrice : « creuser son propre sillon ».
C’est une belle illustration d’une quête d’authenticité. Pourtant, en l’appliquant aux garçons et aux hommes, ce modèle de déconstruction radicale pose un problème : il transforme un chemin individuel (le sien) en prescription collective. En invitant à « éduquer les garçons autrement » pour qu’ils deviennent « des êtres entiers », elle semble suggérer que l’entièreté passe nécessairement par le refus des ancrages anciens (famille, culture, virilité traditionnelle). Or, cela risque d’enfermer les garçons dans une nouvelle norme : celle d’une fluidité nomade imposée par la société contemporaine, et des philosophies déconstructivistes et militantes plutôt que choisies librement.
🔷2. Une double injonction philosophique
Le texte poétique d’Imany est profondément inspirant : En effet, il ouvre un espace de questionnement sur ce que signifie devenir soi. Et il nous place immédiatement devant deux interrogations majeures : déconstruction ou construction ? Devenir qui l’on est ou devenir ce que l’on nous dit d’être ?
Cependant, cette présentation pour les garçons d’aujourd’hui, ouvre sur le danger d'une injonction paradoxale.
D’un côté, on demande aux garçons de se déconstruire de modèles anciens — la virilité traditionnelle, ses excès, ses rigidités — sans toujours leur offrir de repères clairs pour se reconstruire. La déconstruction devient alors un geste sans horizon.
De l’autre, les garçons risquent alors de se conformer non plus à l’ancien modèle, mais au nouveau : une société qui valorise la fluidité permanente, la vulnérabilité performative, le rejet de toute forme d’ancrage ou de continuité. Ils deviennent alors ce que l’époque attend d’eux, binaire, non binaire ou en transition permanente plutôt que ce qu’ils souhaitent réellement être, dans une subjectivité libre, située et assumée.
La question qui devient alors centrale : comment un homme peut-il apprendre à mieux se connaître, à discerner ce qui vient de lui de ce qui vient des attentes sociales, anciennes ou nouvelles ? Cette question demeure entière, et sans explication. La seule issue proposée au garçon est ainsi de refuser définitivement l'ancien pour le nouveau et d'adopter la dernière norme sociale issue de l'idéologie nouvelle considérée comme progressiste, en attendant la prochaine.
🔷3. Déconstruction ou construction ?
Philosophiquement, la déconstruction des normes (esthétiques, sociales, genrées) est un geste puissant, hérité de Derrida : elle révèle que rien n’est « naturel », tout est construit. Mais Derrida lui-même insistait : la déconstruction n’est pas une fin, c’est un outil. Sans reconstruction, elle mène au vide ou à l’imposition d’une nouvelle doxa.
Nietzsche, également proche de cette question disait : « Deviens qui tu es ». Cela est différent de « détruis tout ce que tu es, pour devenir fluide et nomade » où encore "deviens ce que tu veux" y compris une cafetière ou une plaque de métal.
🔵 Devenir qui l’on est, ou ce que l’on nous dit d’être ?
L’homme (ou le garçon) n’est pas une page blanche à réécrire selon les désirs de la société nouvelle ; il est un être historique, avec un ancrage familial, culturel et corporel.
Le nomadisme physique et spirituel (« être tout et n’importe où ») que propose implicitement Imany dans peut être libérateur pour certains, mais il peut devenir dangereux pour beaucoup d’hommes en effet, ilpeut activer le risque de déracinement, de perte de sens, et d’aliénation.
Heidegger parlait de Bodenständigkeit (enracinement) : sans sol, l’homme moderne devient « errant », incapable d’habiter authentiquement son existence. Ainsi plutôt que de rupture avec le passé, il serait préférable de parler de ré-agencements des racines, de développement des liens, notamment transgénérationnels.
Et plutôt que d'affirmer et de transvaluer en souhaitant inverser radicalement les valeurs - notamment masculine - il s'agirait plus exactement de les réagencer de les travailler dans la finesse, les améliorer pas à pas vers un mieux être.
🔷5. Comment mieux ce connaître en tant qu'homme ?
Mieux se connaître n’est pas déconstruire pour le plaisir de déconstruire. C’est construire : agencer différemment les pièces existantes, garder les racines solides tout en les ouvrant à la lumière. L’entièreté n’est pas nomadisme total ; elle est enracinement conscient alimenté d'une liberté choisie.
Si nous restons dans le domaine de la pensée philosophique c’est sans doute ici que Jankélévitch peut apporter une nuance essentielle : pour lui, l’existence humaine se joue dans l’infime, dans le “presque rien”, dans ces gestes minuscules où l’on se décide, où l’on s’engage, où l’on devient.
Là où la déconstruction peut parfois tout aplatir, Jankélévitch rappelle que l’éthique se niche dans la délicatesse, dans le scrupule, dans la responsabilité du sujet face à lui‑même. Il ne s’agit pas de déconstruire indéfiniment, mais de discerner — de choisir, de s’orienter, de devenir quelqu’un.
🔷6. Revenir à ce "presque rien" qui s'est joué autrefois
Jankélévitch nous invite à revenir au détail, à l’infime, à ce “presque‑rien” où se joue pourtant l’essentiel de notre identité. Chaque nuance, chaque micro‑décision, chaque manière d’interpréter notre histoire contribue à façonner ce que nous devenons. L’identité n’est pas un bloc, mais une vibration subtile, un travail continu de discernement.
Pour lui, chaque geste, chaque nuance, chaque action, porte la trace de notre histoire. C’est dans ces fragments — nos perceptions, nos bonnes et mauvaises habitudes, nos schémas relationnels — que se déploie la complexité de notre personnalité. Revenir à notre histoire, c’est revenir à ce qui a façonné notre manière de sentir, d’interpréter, de réagir et d'agir.
Si nous revenons à la littérature, nous retrouvons cette attention au fragile et au nuancé chez Milan Kundera. Ainsi, dans L’insoutenable légèreté de l’être, Kundera montre que nos vies se jouent dans des gestes minuscules, ce sont ces choix presque imperceptibles, ces bifurcations discrètes qui finalement orientent toute une existence. Comme Jankélévitch, il refuse les explications totalisantes : ce qui compte, ce n’est pas la grande théorie, mais la manière singulière dont chacun habite son histoire.
Ainsi, là où Derrida introduit la critique, Jankélévitch réintroduit l’éthique c'est a dire l’attention au geste juste, au discernement, à la responsabilité intime. Et là où Nietzsche appelle à la puissance du devenir, Jankélévitch rappelle la nécessité de la délicatesse, du scrupule, de la nuance.
Ainsi, au lieu d'aller vers un horizon où la déconstruction peut devenir totalisante, ces auteurs des petits pas nous invitent à ne pas oublier la reconstruction : déconstruire, oui — mais pour mieux discerner, mieux choisir, mieux devenir.
🔷7. Le wokisme immanent d'Imany
Le danger de la déconstruction radicale, telle qu’elle est portée par le wokisme inspiré des Gender Studies — et dont le texte d’Imany reprend plusieurs motifs qu'elle présente ainsi sous les traits d’une poésie de la bienveillance et de l’inclusion, propose en réalité un horizon très étroit pour les garçons et les hommes de demain. En effet, selon la perspective développée dans le texte, les individus masculins ne sont plus pensés comme des sujets psychologiques à part entière, mais comme les porteurs d’un système dont ils sont finalement victimes et qu'ils doivent absolument détruire pour s'en échapper et s'en libérer.
Dès lors, leur “mission” de petits garçons devenus grands sera d’abolir, de détruire et ainsi de se venger de ce qu’on leur a fait — de cette amputation qui les a détournés d’une vie pleine et entière, et qui les a laissés ainsi handicapés par une virilité toxique et maladive.
La virilité décrite par Imany apparaît comme un dogme social qui se serait imposé aux jeunes garçons jusqu'à les marquer dans leur chair. L’acte “révolutionnaire” proposé aux enfants qu'elle propose d'éveiller consiste donc à se débarrasser entièrement et d' effacer la norme ancienne — perçue comme rigide, binaire, dépassée — pour la remplacer par une nouvelle, celle du multiple, du non‑binaire, du ressenti comme seule boussole.
La masculinité traditionnelle est alors considérée comme un bloc à détruire, et non comme un héritage à interroger à transformer ou intégrer. Dans cette logique, l’ancienne norme doit céder la place au ressenti individuel, sans médiation, sans limite, sans ancrage.
🔷8. Le no-limite comme horizon
La révolution woke, propose que le ressenti devienne réalité, se proposant de dépasser même le cadre du physiologique, du féminin ou du masculin, l'humanité woke sous-entendue par Imany, c'est une humanité hors cadre, hors norme.
C'est en quelque sorte un garçon qui pour exister demain en tant qu'homme devra ainsi maintenir et entretenir son sentiment de toute‑puissance : comme l’enfant qui veut être tout à la fois — objet, animal, personnage de super héro, élément du décor, rideau de douche, bouilloire, métal, char d'assaut, il peut être tout, concrètement matériellement, instantanément; comme dans les films avant-gardistes de Tetsuo des années 90. Explorer physiquement tous les points de vue, être tout, en même temps.
Ainsi, l’adulte resté enfant - l'adulescent éternel - dans la réalité concrète - et dans l'attente de la perspective révolutionnaire ou évolutionnaire - va ainsi développer un rapport particulier aux limites : il va constamment chercher à les éviter, à les contourner, voire à les nier, comme s’il pouvait échapper à toute frustration potentielle.
Tricheries, mensonges deviendraient des accommodations normales, autant de comportements qui tout en relevant d'une immaturité psychique et d'un refus de la contrainte et de la construction vont finalement tenter de prolonger les mécanismes de l’enfance.
L'individu selon la perspective sous-tendue par Imany, ainsi maintenu dans un stade intermédiaire - de non-adulte - serait alors tenté de préserver une illusion de toute‑puissance, celle d’un désir qui ne rencontrerait jamais d’obstacle, par la fuite et un nomadisme radical. L’Homme sommé pour exister de penser, être ou devenir toujours tout et n’importe quoi, se retrouve ainsi pris dans un cycle sans fin de déconstruction‑reconstruction‑déconstruction, qui se déploie au rythme des modes, des innovations et finalement de l’air et de la poésie du temps.
🔷9. Derrière la déconstruction : la norme consumériste comme dogme invisible
Il est important de souligner, que lorsque la déconstruction des normes et des limites n’est pas accompagnée d’un véritable travail de maturation psychique, elle ne produit pas un sujet plus libre, mais un sujet désancré. Un individu flottant, fragile, facilement capturable par les idéologies successives et par la somme infinie de désirs que nos sociétés de consommation mettent en circulation.
Cependant, force est de constater que paradoxalement, dans l'idéologie révolutionnaire woke ces mêmes sociétés de consommation — qui imposent leurs propres normes, leurs propres injonctions, leurs propres modèles dans l'assouvissement infini des désirs — ne sont, elles, jamais ou très rarement remises en question.
🔵 Une contestation du capitalisme largement minoritaire
La contestation du capitalisme et de la société de consommation apparaît parfois en arrière‑plan de certaines luttes minoritaires, mais elle reste marginale. Le genre s’est progressivement substitué aux rapports de classe comme grille de lecture dominante, sans pour autant ouvrir la voie à une révolution anti‑capitaliste, anti‑technologique ou à un retour à des modes de vie non industriels.
Le genre a remplacé la classe comme grille de lecture dominante. L’oppression n’est plus pensée en termes de production, mais en termes d’identité et les mouvements réellement anti‑capitalistes, anti‑productivistes ou anti‑technologiques sont très largement minoritaires et restent périphériques, sans influence réelle.
Pendant ce temps, les luttes identitaires (genre, race, orientation sexuelle) occupent l’espace médiatique et universitaire de façon massive.
🔵 Les luttes de genre en remplacement des luttes de classes
Ce n’est pas une opinion : c’est un constat établi par de nombreux sociologues (Fraser, Boltanski, Castel, Illouz, etc.) depuis les années 1990–2000, une partie des mouvements sociaux occidentaux a progressivement déplacé son centre de gravité :
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des rapports de classe (travail, exploitation, capitalisme, industrialisation)
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vers les rapports de genre, de race, de sexualité, d’identité.
En 2020, les sociétés de consommation apparaissent désormais comme les alliées les plus dévouées de la déconstruction wokiste. Le progrès techno‑scientifique semble même promettre que tout est possible : la chirurgie réparatrice devient anticipatrice, l’augmentation de l’humain se normalise, et chaque limite peut être contournée, repoussée ou effacée.
Dans cette logique, la technologie offre l’illusion qu’elle pourra toujours éviter la frustration, toujours répondre au désir, toujours supprimer l’obstacle.
Ainsi, tandis que les normes symboliques sont déconstruites, les normes consuméristes — elles — ne sont jamais remises en cause. Elles deviennent même le dernier cadre, la dernière idéologie silencieuse : celle qui promet un individu sans limites, sans manque, sans résistance du réel.
🔷10. La philosophie de Jankélévitch comme contre-feu conceptuel au wokisme
Un champ critique, celui des normes sociales, pour rester vivant, doit demeurer habité par une éthique du sujet, par la singularité des trajectoires, et non par une mécanique idéologique déracinante et broyante de l'individu.
La question n’est donc pas seulement de déconstruire les normes, mais de permettre à chacun — et en particulier aux hommes — de se réapproprier leur propre devenir en explorant dans la légèreté supposée de leur enfance la profondeur de leur histoire et parfois aussi de la douleur actuelle
Selon nous la construction masculine ne peut être pensée par des abstractions idéologiques, mais par l’histoire intime, les micro‑gestes et l'exploration des nuances et de la complexité du vécu qui explique pour partie la singularité des choix. Il y aurait ainsi une urgence à sortir de la déconstruction pure pour revenir à l’expérience vécue, incarnée, située.
C'est ainsi que la philosophie de Jankélévitch, avec sa pensée de la nuance peut agir comme un vaccin contre toute idéologie qui prétend réduire l’humain à une catégorie. En nous rappelant que la singularité d’une vie ne se laisse jamais capturer par un système.
Comme le souligne Jankélévitch, chaque individu est singulier, irréductible, nuancé : c’est un sujet psychologique, et non la simple expression d’une norme sociale — qu’elle soit ancienne ou progressiste. Le rattacher exclusivement à une catégorie, c’est déjà le réduire.
L’éthique, chez Jankélévitch, est un travail intime, subtil, exigeant : une responsabilité personnelle, pas une posture publique à affichée et placardée comme bouclier dissimulateur de ses propres dérives.
Ainsi, la nuance est une vertu, la diplomatie, l'empathie n'est pas une compromission, de même que le réel est ambigu, traversé de contradictions, et ne se laisse jamais enfermer dans une lecture unique ou dans un simple rapport de domination ou dans une catégorie totalisante (traditionnel progressiste) ou de clichés ( viril donc toxique,.. ) .
Le langage, enfin, n’est pas seulement un outil de lutte politique : il est ce qui révèle la complexité du monde, la délicatesse des situations, la singularité des êtres. Le transformer en narratif dominant, produit en masse, revient à l’appauvrir — et à appauvrir la capacité de penser de ceux à qui ce discours s'adresse..
🟦6. Le "masculin violent" comme imaginaire poétique
Dans le poème d’Imany, la violence masculine apparaît comme inévitable, quasi biologique. Cet essentialisme, scientifiquement invalidé, serait jugé indigne dans n’importe quel autre domaine — y compris en éthologie animale, où l’on refuse désormais d’attribuer la violence à la seule catégorie des mâles.
Pourtant, appliqué au mâle humain, cela ne semble choquer personne.
Et cela contribue ainsi à entretenir l’imaginaire d’un “masculin violent”, stigmatisant les hommes et nourrissant des luttes de genre qui se substituent désormais aux anciens conflits de classes, lesquels rassemblaient autrefois femmes et hommes dans une même cause.
Dans ce chapitre, nous interrogerons; à partir du poème d'Imany, les mécanismes de construction de cet imaginaire poétique du “masculin violent”.
🔷1. La fabrication de la fiction du "masculin violent"
Dans le poème d'Imany, L’homme y apparaît moins comme un sujet que comme un être biologiquement programmé façonné par la norme, ainsi mutilé et programmé pour l’explosion — une bombe émotionnelle en attente d'un déclencheur - dont la déflagration menacerait tout autant son propre cœur que ceux qui l’entourent.
Cette vision, tragique et compassionnelle, réduit pourtant la complexité psychique à une équation univoque : garçon blessé, homme violent, danger pour soi et pour les autres.
Ainsi, ce poème ne décrit pas seulement dans une forme esthétique élaborée, il propose à son public un imaginaire de la violence masculine qui est une fiction idéologique. En effet, ce texte est le porte voix, d' une théorie implicite de la violence masculine. Et cette théorie repose sur trois mécanismes narratifs tout aussi puissants qu'extremement réducteurs.
🔵1. La violence masculine est présentée comme un héritage imposé
La violence masculine est ainsi pensée comme une fatalité intime : une guerre silencieuse inoculée dès l’enfance, un héritage imposé qui se sédimente dans le corps comme une substance étrangère.
Ainsi, les garçons
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sont « en guerre depuis l’enfance »
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ils doivent « tuer une part d’eux-mêmes »
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la virilité les « tue à coups de virilité »
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la violence « vit dans leur corps »
La violence n’est pas un comportement. Elle est un traumatisme imposé, une mutilation identitaire. L’homme n’est plus un sujet : il est en quelque qorte victime d’un système qui l’a déformé.
Cependant cette vision compassionnelle, et aussi, et c'est là le paradoxe, totalement déresponsabilisante en effet, selon cette approche, l’homme violent n’est pas responsable, il est fabriqué par la norme et en est en quelque sorte victime.
🔵2. La violence masculine perçue comme inévitable et internalisée
Dans le poème d'Imany, la violence masculine est perçue comme inévitable et quasi biologique et le texte glisse subtilement de la culture au corps , du culturel au corporel, selon un essentialiste implicite.
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« la violence vit dans leur corps »
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« depuis des années »
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« ils ne savent pas faire la paix »
Ainsi dans ce glissement poétique, la violence devient une substance interne, presque organique voire génétique. C’est une forme de naturalisation de la violence masculine : elle apparaît comme une essence de l’être masculin, un noyau irréductible.
Une telle lecture essentialiste d'une violence par nature, pourrait ainsi laisser entendre que, si la déconstruction normative proposée échoue, il ne resterait qu’à imaginer une intervention sur la nature elle‑même — cela peut donner à penser qu'il pourrait ainsi exister dans le corps quelque part un noyau de violence une “gène masculin de la violence” qui serait à identifier et à modifier.
🔵3. La violence masculine décrite comme un danger pour les autres
Dans cette logique, l’opération de “reconstruction identitaire” ou “génétique” se trouverait presque justifiée : puisque l’homme — représentant 50 % de la population mais 75 % des suicides — serait ainsi par essence, condamné — n'ayant comme seule solution, tant il souffre d’être né homme, que de retourner sa violence contre lui‑même et s'il ne le fait pas et ne se supprime pas, il fera de toute façon subir cette violence à “celles et ceux qui n’ont rien demandé”.
Ainsi, le masculin devient un risque, un être potentiellement dangereux. Il n’est plus un sujet psychologique, mais un vecteur de menace. Cette vision, tragique et compassionnelle, réduit la complexité psychique à une équation univoque : garçon blessé, homme violent, danger pour soi et pour les autres.
Ce texte indépendamment de sa forme propose une anthropologie implicite du masculin : l’homme est blessé par la norme sociale de la masculinité, donc il est violent, donc il est dangereux, donc il doit être réparé, a minima par l'acceptation d'une nouvelle norme sociale et l'éveil de la déconstruction.
C’est une vision faussement compassionnelle, mais aussi infantilisante qui réduit l’homme à :
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un enfant brisé
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un être mutilé
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un danger potentiel
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un réceptacle de violence
🔷3. Ce que le poème ne dit pas
Dans un texte, même poétique, il est tout aussi important de décrypter ce qu'il dit mais également et surtout ce qu'il ne dit pas. Ainsi dans la réalité des vécus masculins, la violence n’est jamais un destin, une nature, une fatalité, une substance interne et encore moins un virus interne ou le gêne défaillant d'un héritage biologique
La violence est généralement considérée comme :
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un mécanisme d’adaptation défaillant
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une réaction à des blessures, un chaos, un abandon maternel ou paternel, des maltraitances
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une stratégie de survie, une rage contenue qui permet à l'enfant de tenir, devenue inadaptée à l'age adulte
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un effet de tension entre perception, sensation de rejet, de perte et réalité
Ceci n'est jamais abordé, le texte parle de l'homme mais il est absent comme sujet.
🔷3. L'homme privé de son statut de sujet
La violence masculine est toujours perçue dans ce teste, comme une fatalité tragique et la poétesse, transforme ainsi la violence en destin plutôt qu’en mécanisme transformable.
Ainsi rien n’est dit de la diversité des trajectoires masculines, des hommes qui apprennent, qui se transforment, qui aiment, qui se régulent. Le poème fabrique ainsi une anthropologie de l’homme brisé, un être condamné à porter en lui une violence héritée, comme si celle-ci n’était que le produit d’un masculinité défaillante dès l'origine, fissurée, comme réceptacle de l’essence même de son être non accompli et deviant.
Cette vision radicale ne laisse aucune place aux hommes non violents, résilients, aimants, matures et à tous les hommes qui ne correspondent pas à cette narration. Ainsi, l’homme réduit à une catégorie morale est rejeté comme un sujet psychologique.
Ainsi, l’homme réduit à une simple catégorie morale cesse d’être reconnu comme un sujet psychologique. Ce déni d’humanité fonctionne comme une forme de racialisation : il crée un groupe homogène, essentialisé, auquel on attribue une nature déviante ou dangereuse. Et, comme toujours dans ces logiques, cette déshumanisation ouvre la voie à une violence légitimée — une violence dirigée contre ceux que l’on présente comme des “sous‑hommes”, incapables de complexité, de nuance ou de transformation et dont la nature est fondamentalement mauvaise.
🔵1. Réduction morale et dépsychologisation - un mécanisme bien connu
L’homme n’est plus un sujet, mais une catégorie morale : “toxique”, “dangereux”, “violent par nature”. Cette réduction à la catégorie efface les singularités, les histoires, les vécus, les trajectoires, les traumas, les psychodynamiques.
Ainsi, en réduisant l'homme à une essence morale, on lui retire son intériorité, sa vulnérabilité, ses conflits internes, sa capacité à changer, à aimer et à être aimé . Ce phénomène de dépsychologisation qui consiste à retirer à l homme son humanité psychique est malheureusement bien connu et procède d'une logique de racialisation
🔵2. Une logique de racialisation et de légitimation de la violence
Racialiser, c’est transformer un groupe en nature. Essentialiser le masculin, c’est faire la même chose. Ainsi, par la création imaginaire d'un “type d’homme” figé, uniforme, dépourvu de subjectivité — présenté comme intrinsèquement violent, menaçant, dangereux par nature, presque biologiquement problématique, inférieur voire irrécupérable — on reproduit un mécanisme bien connu : celui qui, historiquement, a toujours permis de rendre la violence acceptable envers le groupe ainsi désigné, voire morale.
La déshumanisation n’est jamais un simple discours : elle prépare toujours un geste.
🔷1. La fabrication de la fiction de l'homme comme figure de violence
La violence n’est pas dans l’homme. Elle naît d’une perception du réel déformée par son histoire traumatique, qui continue ainsi d’interpréter le monde comme une menace. Et parce qu’elle est un mécanisme de protection — non une essence — elle est transformable. Même lorsqu’un père est colérique, ce n’est pas la génétique qui transmet la colère, mais l’environnement émotionnel, les modèles relationnels, les stratégies de survie apprises et répétées. La violence intrafamiliale circule d'une génération à une autre, ce n'est le gène de l homme en colère qui contamine les générations.
Ainsi, en naturalisant ce qui relève d'un manque d' apprentissage en essentialisant ce qui relève d-une mauvaise adaptation, ce texte transforme la violence en destin plutôt qu’en mécanisme transformable.
En disant rien de la diversité des trajectoires masculines, des hommes qui apprennent, qui se transforment, qui aiment, qui se régulent. Le poème fabrique ainsi une anthropologie de l’homme brisé, un être condamné à porter en lui une violence héritée, comme si celle-ci n’était pas le produit d’un regard fissuré mais l’essence même de son être.
🔷2. Le "masculin violent" - comme nouvelle définition du genre
Cette expression du « masculin violent » que nous souhaitons ici, mettre en avant fonctionne comme une sorte de raccourci idéologique : elle transforme un comportement — la violence — en une identité, voire en une définition du genre. C'est malheureusement un constat qui apparaît de plus en plus souvent en littérature ainsi qu'en psychologie.
C’est un glissement lourd de conséquences. Car dès qu’un trait devient une essence, il cesse d’être transformable. La violence n’est plus, une stratégie de survie, une réaction à une histoire traumatique : elle devient un attribut ontologique du masculin, un noyau dur, un destin.
Dans cette logique, l’homme n’est plus un sujet psychologique traversé par des tensions, des contradictions, des blessures ; il devient une catégorie morale, un type humain. Le masculin est alors réduit à sa part la plus sombre, comme si l’ensemble d’une population pouvait être résumé à un seul mécanisme défensif ainsi renforcé par la caricature - 50% de la population mais 75% de suicide au final !
Et personne ne dit rien, n'ose dire et l on accepte cette nouvelle forme d’essentialisation qui, paradoxalement, reproduit ce qu’elle prétend combattre sous prétexte de bienveillance et d'ouverture fige, simplifie, et enferme.
Ce récit du « masculin violent » fonctionne comme une nouvelle norme implicite : une manière de dire que l’homme est dangereux par nature, qu’il porte en lui une violence latente, qu’il doit être surveillé, corrigé, rééduqué.
On ne décrit plus un phénomène social; On fabrique une identité. Et cette identité, parce qu’elle est construite sur la peur et la suspicion, empêche toute compréhension clinique réelle. Elle empêche aussi de voir la diversité des trajectoires masculines, la pluralité des vécus, la capacité de transformation, la possibilité d’un adulte sain Rien ; seul subsiste le masculin violent.
🟦5. Ce que l'on peut dire de ce texte sur le plan psychologique ?
Faire de la violence un attribut du genre masculin, c’est confondre un symptôme avec une nature. C’est ainsi oublier que la violence n’est jamais dans l’homme, mais dans ses blessures, dans ses environnements dans des visions construites, des schémas comme le proposent les nouvelles grilles de lectures en psychologie comportementale et cognitive et donc des structures cérébrales et neuro-biologiques qui peuvent toujours être transformées.
🔷1. Les approches psychanalytiques comme outils de la déconstruction
Si l'on veut changer, la masculinité ainsi, extirper le mal qui est en l'homme , faire que les hommes puisent enfin comprendre, ceux et celles (les éveillés ) qui luttent pour leur entièreté et éviter aux hommes qu'ils se sentent désemparés, et éviter finalement cette extinction de soi et le fameux 50% de la population mais 75% des suicides au final, il est necessaire d'entreprendre des démarches, de disposer de méthodes.
Les approches psychanalytiques ont ainsi souvent fonctionné comme le versant psychologique de la déconstruction elles ont également longtemps insisté sur l'urgence de déconstruire, d'analyser, d'interpréter, mais elles n'ont que très rarement proposé de véritables reconstructions.
Ouvrant lors des cures analytiques des espaces infinis d’interrogation — sur l’enfance, le désir, le manque, l’inconscient — mais elles ont aussi laissé encore plus fréquemment le sujet sans dispositifs concrets pour rebâtir une identité vivable.
La psychanalyse s'est ainsi beaucoup intéressée à la branche mâle de l'espèce humaine, afin de la sauver sans doute de l'extinsion, et pour beaucoup d’hommes, cette dynamique a été particulièrement problématique, bien que plus tard, les causes avérées n'étaient pas le manque d’intelligence, de sensibilité féminine ou de profondeur mais parce que :
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la psychanalyse dissout l’identité sans jamais la reformer,
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multiplie les questions sans offrir de trajectoire,
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valorise l’analyse au détriment de l’action,
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transforme la souffrance en matériau interprétatif, pas en point de départ d’un changement.
Ainsi, la cure psychanalytique est, au mieux un espace où l’on “comprend” beaucoup, mais où l’on ne “devient” rien. Un rien , qui peut alors se transformer en tout et n importe quoi, est-ce là le but ?
Car d’un point de vue psychologique, la déconstruction pure — lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une véritable reconstruction — s’est révélée, et notamment pour les ’hommes des années 80-2000, profondément contre‑productive avec des cures interminables, sans horizon de sortie autre que de devenir soi‑même psychanalyste, ce qui a conduit nombre d’hommes à des errances thérapeutiques coûteuses et douloureuses.
Avec cette impression d’être “coincé dans l’analyse”, faisant constamment émerger un sentiment d’échec personnel (“si ça ne marche pas, c’est que je résiste” encourageant une culpabilisation implicite qui va ainsi justifier l'absence de transformation réelle.
La déconstruction devient alors une spirale : on enlève, on enlève, on enlève — mais rien ne vient remplacer ce qui a été retiré.
🔵1. Les impasses de la déconstruction psychique pour les hommes
Les impasses psychanalytiques de la déconstruction rejoignent souvent ce que Sperber décrit sous le nom de guru effect, ou ce que d’autres ont rapproché de l’“effet Sokal” : la facilité avec laquelle des discours pseudo‑savants, opaques ou volontairement obscurs, peuvent être acceptés comme profonds et légitimes favorisant ainsi le suivisme.
Certains critiques parlent même d’un “effet Lacan” pour désigner cette aura de profondeur attribuée à des formulations hermétiques. Où l’opacité est interprétée comme profondeur, l’ambiguïté comme subtilité, l’absence de résultats comme preuve qu’il faut encore continuer.
Ainsi la souffrance est comme matériau nécessaire et la reconstruction jugée comme suspecte, voire “défensive”, l'individu entre dans alors dans un processus déconstructiviste dont il a peut de chance de sortir toujours alimenté par un discours d'autorité.
On retrouve ainsi la dynamique décrite par Sperber : un discours hermétique, accepté comme vérité, parce qu’il est porté par une figure d’autorité.
Ainsi, l'autorité remplace l'efficacité , l'interprétation remplace la transformation et la parole infinie remplace la reconstruction.
🔵1. Les impasses de la déconstruction psychique pour les hommes (1980-2000)
Durant les années 80-2000, nous pouvons avancer que la majorité des thérapeutes et psychologues en France, n'avaient comme outils à proposer que la déconstruction analytique
Dans ma pratique de nombreux hommes témoignent parfois de leur expérience, passée et de leur expérience déconstructiviste qu'ils ont tenté au-travers des approches psychanalytiques qui finalement se sont révélées plus perturbantes qu'aidantes. En effet, elles ouvrent des interrogations philosophiques sans fin et sans jamais proposer de véritable reconstruction psychique.
Ce vécu masculin rejoint un constat plus large qui est l’absence de validation scientifique solide pour ces pratiques, souvent pointées dans les débats publics. Mais au‑delà de la question de l’efficacité, c’est surtout l’expérience subjective qui importe ici, celle d’hommes qui se retrouvent face à des discours hermétiques, des interprétations infinies, et un horizon thérapeutique qui semble constamment se dérober.
Voici ce qu’est, la déconstruction proposée : un travail patient et douloureux, où l’homme se retrouve face à l’énigme de sa propre masculinité. Avec ces moments interminables et silencieux où il s' interroge ce que signifie « être un homme », où l’on démonte les évidences, où l’on découvre que la virilité n’est jamais un donné mais un récit fragile structuré autour de conflits inconscients, que d'autres choix sont également possibles.
🔵1. La fin des approches psychanalytiques de la déconstruction masculine (1990-2000)
Du point de vue des hommes, ces longues séances sans fin se sont finalement achevées fin des années 1990, avec l’arrivée et la popularisation du Viagra. Son introduction a marqué un basculement majeur : ce qui relevait autrefois de la honte intime, de l'angoisse de castration, de la rivalité oedipienne de l'inhibition du désir ou de la culpabilité sexuelle devenait un objet pharmaceutique, un symptôme à corriger plutôt qu’un signe à interpréter.
En un sens, le Viagra a mis fin à cette déconstruction de la masculinité. Là où l’homme était contraint d’interroger son désir, son rapport au corps, à l’autre, à la performance, à sa mère , son père un comprimé bleu est venu proposer une réponse immédiate, technique et une sortie de crise immédiate.
Historiquement, les hommes entraient en psychanalyse principalement pour deux grandes raisons : leur sexualité — orientation, désir, honte — et leur interrogation sur leur puissance sexuelle : l’impuissance étant le motif le plus fréquent .
Aujourd’hui appelée dysfonction érectile, ce trouble se manifestait par une impossibilité d’érection, ainsi que par d'autres troubles associés comme une anxiété de performance avec le sentiment d’être « un homme défaillant » parfois alimenté par la peur de ne pas être à la hauteur du rôle viril attendu par leur partenaire.
D'autres motifs poussaient les hommes à entrer en déconstruction comme les crises identitaires masculines (non nommées comme telles) comme la solitude existentielle, le sentiment d’échec ou la dépression autant de demandes et d'inquiétudes masculines que la psychanalyse reformulait de toute façon et systématiquement en termes sexuels.
L'émergence de nouvelles approches - (systémique, psychologie cognitive) à partir des années 80 a précipité le recul de la psychanalyse dans l’interprétation du symptôme. La mort de Lacan, en 1981, a marqué un autre tournant. Avec lui s’est éteint tout un écosystème institutionnel — écoles, revues, séminaires — qui portait ses théories et structurait la vie intellectuelle française.
Ce double mouvement a lentement refermé l’âge d’or (1950-1980) où la psychanalyse servait de grille de lecture du monde : politique, art, langage, famille, inconscient social.
🔵1. Recyclage outre-atlantique et retour en France de la déconstruction ( 2020 )
Ainsi, durant plus de trois décennies, la psychanalyse a son âge d'or, n’était pas seulement une méthode thérapeutique : elle était une pratique sociale, un mode d’interprétation du réel, presque une atmosphère culturelle.
La France a ainsi connu les séminaires bondés de Lacan, les débats publics, les controverses, et cette vision déconstructiviste devenue un langage commun. Elle irriguait le cinéma (Godard, Resnais), la littérature (Barthes), la philosophie (Derrida, Foucault, Deleuze, Althusser), l’anthropologie (Lévi-Strauss), la psychiatrie institutionnelle, mais aussi la critique et l’éducation.
Ainsi, les hommes, avec leurs problèmes spécifiques pour beaucoup d'entre eux, ont déjà vécu, la cure psychanalytique et ainsi affronter courageusement ce processus déconstructif de la masculinité, où il s'agissait de démonter, pièce par pièce, les évidences viriles héritées, à affronter leurs failles, leurs contradictions, leurs désirs. Mais pour quels résultats ?
Pour arriver, après plus de soixante ans, au projet de loi du 1er janvier 2026, qui visait spécifiquement à retirer les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques des dispositifs de remboursements ou à participation financière de l’assurance maladie.
Pour constater finalement qu'un nombre de plus en plus important d'études scientifiques présentent la psychanalyse comme un milieu qui se vit menacé par la science contemporaine, et qui réagit par un renforcement identitaire. Certaines publications vont jusqu’à évoquer des « dérives sectaires » lorsque des segments du mouvement psychanalytique s’opposent frontalement aux recommandations de santé publique ou mobilisent leur influence institutionnelle pour éviter toute remise en question de leurs pratiques
Autant de critiques qui soulignent des tendances structurelles : la fermeture doctrinale, la résistance à l’évaluation scientifique, la valorisation d’un savoir présenté comme irréductible, ou encore la forte dépendance au maître-théoricien et à l'idéologie.
C’est pourquoi il y a quelque chose d’à la fois amusant, triste et déconcertant de voir revenir aujourd’hui, depuis les États‑Unis, cette injonction pressante à « déconstruire la masculinité » — comme si le phénomène était nouveau.
L’exemple ici, de cette artiste, récemment revenue des États‑Unis présentant la déconstruction à la fois comme une révélation, une urgence planétaire et une obligation morale, illustre bien ce décalage. Ce que l’on nous propose comme une innovation radicale a déjà été, en France, et une expérience intime, parfois douloureuse, traversée par trois générations d’hommes dans le cadre analytique. C'est cela que l"artiste propose, une totale régression de point de vue de la psychologie.
Les analyses proposées par les théories comportementales et conitives
Aujourd'hui, si l'on s'en tient aux théories les plus récentes comme par exemple la théorie des schémas développée par Jeffrey Young dans les années 2000-2010, lorsque l'on propose aux garçons de « déconstruire la virilité » sans leur offrir un nouvel ancrage solide, on risque d’activer ou d’amplifier des schémas inadaptés qui ont été mis en place dans l'enfance.
Ainsi cette déconstruction systématique peut conduire non pas à une libération, mais à une forme d'état non‑adulte qui se poursuit et va conduire un individu à demeurer psychiquement infantile, peu autonome, et prisonnier de schémas inadaptés anciens et issus de l’enfance.
Lorsque les repères symboliques sont effacés sans être remplacés, les anciens schémas — ceux liés à la frustration, à l’abandon, à l’insécurité infantile et souvent empreints de fortes charges émotionnelles — continuent de se répéter. Chaque décalage entre ces schémas et la réalité attendue génère alors une souffrance renouvelée, une douleur constante, comme si l’individu revivait sans cesse les mêmes blessures de l'enfance, répliquant alors les mêmes comportements que l'enfant à mis en place pour se protéger, mais qui à l'age adulte sont autant de rigidités .
🔷2. La Théorie des Schémas comme grille de lecture
Les avancées récentes issues des neurosciences, comme la théorie des schémas développée par Jeffrey Young — que nous utilisons fréquemment tant elle constitue une grille de lecture puissante — montrent qu’un certain nombre de schémas précoces se forment durant l’enfance.
L’enfant ne raisonne pas comme un adulte : son autonomie est limitée, son cerveau est en plein développement, et il met en place des stratégies de protection pour faire face à des situations qu’il ne peut ni comprendre, ni maîtriser, ces schémas de défense sont adaptés à la vie de l'enfance et de l'adolescence et sont protecteurs pour faire face à des situations anxiogènes mais inadaptés à la vie d'adulte.
Ainsi, lorsque l'adulte pour une raison ou une autre - stress, difficultés particulières - réactive ses schémas il sent suit une souffrance car la protection que ces mécanismes de défense offraient autrefois ne fonctionne plus, comme par exemple la stratégie de retrait - la fameuse bouderie adolescente - mise en place suite à une frustration, pour s'apaiser soi-même.
La théorie des schémas a ainsi identifié 18 schémas précoces inadaptés au début des années 2000. Les analyses statistiques menées depuis confirment leur stabilité : en 2025, ils sont toujours au nombre de 18.
Ces schémas — Abandon/Instabilité, Isolement social, Inhibition émotionnelle, Standards implacables, et bien d’autres,.. — se construisent dans le cadre familial, bien avant l’influence des normes sociales. Ils émergent de l’accumulation de micro‑événements, de répétitions relationnelles, de comportements parentaux ou environnementaux qui façonnent la manière dont l’enfant perçoit le monde et se perçoit lui‑même.
🔷2. Les garçons d'Imany - quels adultes demain ?
Si nous mobilisons la théorie des schémas, nous pouvons utiliser cette grille de lecture pour imaginer ce que le texte d’Imany propose aux garçons — et surtout en envisager les conséquences possibles dans leur vie d’adulte.
La théorie des schémas permet en effet de comprendre comment les conditions de l'enfance peuvent activer ou renforcer des schémas précoces qui façonnent la manière dont un enfant interprète le monde, se perçoit lui‑même et si ces schémas ne sont pas refaçonnés par l'expérience réelle, va par la suite les poursuivre à l'âge adulte.
Bien sûr, la société évoluera. Peut‑être vivrons‑nous, dans vingt ou trente ans, dans l’abondance technologique promise par Musk ou d’autres visionnaires. Mais même dans un monde matériellement plus facile, nous resterons confrontés aux mêmes réalités humaines : les sentiments d’abandon, les pertes, les frustrations, les blessures relationnelles. Le progrès ne supprime pas la condition humaine ; il ne fait que la déplacer.
Ainsi, nous pourrions faire les hypothèses suivantes :
- Le nomadisme spirituel et physique proposé (« être tout et n’importe où ») peut avoir pour conséquence de renforcer le schéma d’Isolement Social/Aliénation et d’Abandon : En effet, sans racines, l’homme se sent flottant, déconnecté, « pas à sa place ».
- La remise en question permanente des normes sans reconstruction active systématiquement l’Inhibition Émotionnelle : L'enfant en apprenant à ne plus savoir qui il est, une fois adulte la perpétuation de ses schémas va le porter vers une tendance à se taire encore plus, il peut ainsi rester dans l'invocation vaine, s'impliquer dans des causes improbables et à force de retrait adopter des versions plus sévères comme la phobie sociale, dans le cercle familial, où l'individu est plus en confiance, cette inhibition trop contenue peut exploser sous la forme de colère soudaine à propos de tout et de rien, perpétuant à la famille les mêmes schmas d'instabilité.
- Le refus d’ancrage (familial, culturel, corporel) peut transformer un schéma de Carence Affective en vide identitaire chronique : on a « tué une part de soi » (comme dit le poème) sans avoir reconstruit une autre part viable, sans ré-aprentissage et désensibilisation du schéma, l'homme adulte , en éprouvant toujours ce manque, peut rapidement développer des formes dépressives à la moindre difficulté ou sentiment d'échec.
Imany a raison de vouloir que les garçons deviennent « des êtres entiers ». Mais l’entièreté ne naît pas du nomadisme déconstructeur permanent. Elle naît d’un enracinement conscient, d’une construction personnelle qui intègre l’ancien et le nouveau, sans se laisser dicter par aucune norme – ni l’ancienne virilité rigide, ni la nouvelle fluidité imposée. C’est exactement ce que permet un certain nombre d'approche en psychologie masculine : passer de la déconstruction aveugle à la reconstruction consciente et subjective.
En thérapie des schémas, il ne s’agit jamais de déconstruire pour le plaisir de détruire, ni de remplacer une norme par une autre. Le travail consiste à “re‑scripter” les schémas précoces : à revisiter, par apprentissages successifs, ce qui relève de l’enfant en nous — ses peurs, ses interprétations, ses stratégies de survie — et à distinguer ce qui, aujourd’hui, nous fait souffrir de ce que ferait un Adulte Sain, autonome et ajusté.
Nous conservons l’expérience vécue — nos racines — mais nous la réinterrogeons pour la transformer. L’objectif est de construire un Adulte Sain cohérent, ancré et libre. L’entièreté masculine ne passe pas par le rejet total de la virilité traditionnelle, mais par son intégration intelligente : on peut être protecteur, fort, responsable, et en même temps capable de pleurer, de douter, d’aimer sans honte. Tout dépend des situations humaines et de la capacité à mobiliser la bonne part de soi au bon moment.
🔷3. L' analyse issue de ma pratique
Dans ma pratique, j’observe par exemple que les éducations très permissives vis à vis d'un enfant produisent souvent, paradoxalement, une grande rigidité psychique chez l'adulte. En effet, lorsque l’enfant n’est pas suffisamment confronté à la réalité — à la frustration, aux limites, à l’ajustement nécessaire entre désir et monde extérieur — il peut développer l’idée que c’est son schéma interne qui dicte la réalité, et non l’inverse.
Ce manque d’apprentissage de l’ajustement, repéré lors de nos entretiens de diagnostics, rend très souvent l’individu vulnérable : ses schémas restent figés, peu flexibles, et chaque fois que la réalité ne correspond pas à ce qu’il attend, une souffrance incomprise surgit en lui.
En effet, comme nous le constatons chaque schéma s’accompagne d’un comportement associé. Prenons un exemple : un enfant confronté à la frustration il peut développer un sentiment de rejet et adopter une stratégie de retrait. Dans l’enfance, ces réactions ont une fonction protectrice : elles permettent de survivre émotionnellement à une situation qu’il ne peut ni comprendre ni maîtriser.
Mais à l’âge adulte, ces mêmes stratégies deviennent des rigidités. Elles ne protègent plus : elles limitent et le schéma continue d’imposer sa lecture du monde. Ainsi, à force de pratiquer systématiquement le retrait, vis-à-vis de situations vécues comme frustrantes où l'individu se sent rejeter nous pouvons constater que cela conduit souvent à l'isolement social voire à une certaine forme de phobie sociale.
De même, nous constatons que la colère masculine, souvent spectaculaire ou explosive, provient dans la grande majorité des cas d’une accumulation de frictions internes : ce sont les contradictions répétées entre les schémas précoces et la réalité qui, à force de s’entrechoquer, finissent par fissurer le système émotionnel. Lorsque la pression devient trop forte, l’explosion survient à propos de tout et de rien.
Cette colère n’est donc pas un “défaut masculin” en soi, mais le résultat d’un affrontement interne : d’un côté, une réalité qui évolue et impose de nouveaux ajustements ; de l’autre, un schéma de l'enfance qui demeure figé et tente d’imposer son ancienne lecture du monde. Comme deux plaques tectoniques qui se heurtent sans parvenir à s’ajuster, l'une change et avance, l'autre reste figée cette confrontation accumulée emmagasine une tension qui finit par provoquer un séisme,
Lorsque la rupture survient, le déferlement émotionnel peut être immense : un véritable raz‑de‑marée intérieur qui déborde sur la vie sociale et, surtout, sur la vie familiale. Ce choc peut fragiliser les liens, les saturer de peur ou d’incompréhension, voire les désintégrer si rien n’est mis en place pour comprendre et apaiser ces forces profondes.
Dans notre approche des violences conjugales c'est ce que nous constatons, dans la majorité des cas, la meilleure compréhension des schémas de l'enfance permet de contenir la colère.
Les autres cas, de colère explosive, qui échappent à cette grille d'analyse, concerne la présence de traumatismes d'enfance qui nécessitent alors d'autres formes de désensibilisation.
🟦CONCLUSION
« Le poème “Hommage aux petits garçons” d’Imany, magnifique dans sa sensibilité, met en lumière une souffrance réelle : les hommes représentent 75 % des suicides malgré 50 % de la population. Cependant, il véhicule certains clichés en attribuant presque exclusivement cette souffrance à la “virilité” imposée par la société, comme si être un homme était intrinsèquement incompatible avec l’humanité pleine.
Selon la théorie des schémas de Jeffrey Young, les racines des difficultés masculines ne se réduisent pas à la masculinité patriarcale. Les 18 schémas précoces inadaptés sont universels : garçons et filles développent les mêmes patterns (Abandon, Inhibition Émotionnelle, Standards Implacables…) à partir des mêmes expériences familiales précoces – divorce, négligence affective, critique parentale.
Ce qui diffère, ce sont les scores moyens et les modes d’expression : les garçons expriment plus souvent l’isolement, la répression émotionnelle ou la pression de performance, tandis que les filles peuvent davantage manifester le sacrifice de soi ou la honte/défectuosité. Dire que “la virilité tue” simplifie : les schémas naissent d’abord dans la famille, bien avant les normes sociales larges. La socialisation genrée amplifie et canalise ces schémas, mais ne les crée pas. La vraie clé réside dans un travail thérapeutique qui répare les blessures précoces sans opposer masculinité et vulnérabilité, mais en permettant aux hommes d’intégrer leurs émotions tout en conservant leur identité forte et protectrice. »
- Les schémas sont universels : les garçons et les filles développent les mêmes 18 schémas (Abandon, Honte/Défectuosité, Inhibition Émotionnelle, Standards Implacables, etc.) à partir des mêmes expériences précoces (négligence affective, critique excessive, instabilité familiale, divorce parental, etc.). Un divorce ou une séparation traumatique produira les mêmes schémas de base chez un garçon et une fille (ex. : Abandon/Instabilité, Carence Affective, Honte/Défectuosité). Ce qui diffère, ce sont les scores moyens et les modes d’expression :
- Les garçons ont tendance à scorer plus haut sur Inhibition Émotionnelle, Standards Implacables, Isolement Social, Manque de Contrôle de Soi (études Shorey, validations transculturelles).
- Les filles scorent souvent plus haut sur Sacrifice de Soi, Assujettissement, Carence Affective, Honte/Défectuosité.
- La socialisation genrée amplifie et canalise l’expression des schémas, mais ne les crée pas. Un garçon avec un schéma d’Abandon peut exprimer cela par du retrait, de l’hyper-indépendance ou de la colère (réponses masculines socialement tolérées), tandis qu’une fille peut l’exprimer par de l’anxiété de séparation ou de l’attachement anxieux. Les racines (besoins non satisfaits en enfance) restent identiques.
- Le poème attribue presque tout à la « virilité » imposée, alors que les schémas sont majoritairement issus de la famille nucléaire (parents, fratrie, milieu proche) bien avant l’entrée dans les normes sociales larges. Dire « c’est la virilité qui tue » simplifie : c’est souvent la négligence affective, la critique parentale ou l’instabilité familiale qui crée les schémas, et la socialisation genrée ne fait que colorer leur expression.
- Conséquence : en insistant sur la déconstruction massive de la masculinité (« autoriser les garçons à ne pas jouer au foot, à pleurer »), le texte risque de passer à côté du vrai levier thérapeutique : travailler sur les schémas universels (via rescripting, limited reparenting, renforcement de l’Adulte Sain) sans opposer systématiquement « masculinité » et « humanité ». Beaucoup d’hommes peuvent conserver une identité masculine forte tout en apaisant leurs schémas (ex. : apprendre à exprimer la tristesse sans se sentir « moins homme »).
Selon la théorie des schémas de Jeffrey Young, ces patterns profonds (Abandon, Inhibition Émotionnelle, Standards Implacables, Isolement Social, etc.) naissent des mêmes expériences familiales précoces chez les deux sexes – divorce, négligence affective, critique, instabilité – et ne sont pas créés par la virilité elle-même. La socialisation genrée ne fait qu’amplifier et colorer leur expression (les garçons scorent souvent plus haut sur l’inhibition émotionnelle ou les standards implacables, les filles sur le sacrifice de soi ou la honte/défectuosité). Réduire la souffrance masculine à un déterminisme patriarcal simplifie donc une réalité bien plus nuancée : les schémas sont les mêmes, leurs racines sont familiales et développementales, et la vraie libération passe par leur réparation, sans opposer masculinité et humanité.
Conclusion Car le poème d'Imany, n'est que le reflet du temps, et dans les universités françaises, en psychololgie même qui est notre discipline, dont les promotions dans leur tres grande majorité sont féminine, le masculin, est le plus souvent juger toxique, et une tres grande part de collègues refusent de prendre en soin des hommes agresseurs de femmes ou de viuolences conjugales, les
Ainsi, comme j'ai pu tant de fois, l'entendre dire dans les amphis de psycho, qu'est ce que tu fais à vloir t'occuper des hommes, l'homme n'a pas de problèmes, c'est lui le problème !