Dans cette note nous tentons d'expliquer pourquoi la psychologie parle mieux aux femmes qu’aux hommes. Nous y parlons de Freud, et des cas cliniques qui ont fondé ses principales théories et qui concernaient essentiellement des femmes.
Nous explorons ainsi ce biais de genre, qui n’est pas propre à Freud mais qui concerne la plupart des cliniciens du XIXᵉ siècle — Charcot, Janet, Breuer, Adler, Jung — ont en effet travaillé presque exclusivement sur des patientes féminines.
Plus encore, la majorité de l'analyse des symptômes ainsi réalisées au XIXᵉ siècle par les cliniciens hommes — reposent sur l’observation de cas féminins dont l'interprétation s’inscrit exclusivement sur une lecture sexualisée des troubles constatés.
Ainsi, même les rares cas masculins étaient interprétés à travers le même prisme sexuel, comme si la sexualité constituait la clé explicative universelle, indépendamment d'ailleurs du sexe du patient.
Aujourd'hui avec le recul, et fort de notre expérience clinique, comment ne pas envisager une interprétation freudienne de cette situation. Et si finalement, la psychologie n'était dans sa forme originelle qu'une anthropologie du féminin, un discours masculin sur les femmes.
Ce point est crucial et de nombreux auteurs ont ainsi pu démontrer comment la psychologie s’est effectivement construite sur une lecture sexualisée de troubles, reposant presque exclusivement sur des observations de femmes. La psychologie étant en quelque sorte une science féminine, créée par des hommes.
Aujourd'hui la psychologie contemporaine hérite de ce modèle ancien fondé sur un corpus féminin et sur une lecture sexualisée des troubles, un modèle qui bien évidemment ne parle ni de la masculinité adulte et de la psyché masculine, ni des modes d’expression masculine de la souffrance, ni des vulnérabilités spécifiques des hommes.
La psychologie une science des femmes pour les femmes écrite pas des hommes - C’est ce biais fondateur — historique, théorique et clinique — qui explique en partie pourquoi la psychologie contemporaine peine encore aujourd’hui à penser l’homme comme sujet et que nous explorons dans cette note.
🟦 1. Ces patientes qui fondent les théories freudiennes
Freud a bâti l’essentiel de sa théorie sur une poignée de cas cliniques, il s'agit majoritairement de cas féminins ainsi que deux cas masculins. Retour sur l'histoire de la psychologie.
🔷1. Anna O. (Bertha Pappenheim)
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Patiente de Josef Breuer, mais Freud en a fait le cas fondateur de la psychanalyse.
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Symptômes : paralysies, troubles de la vision, hallucinations.
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Concept clé : talking cure, hystérie, conversion.
🔷 2. Dora (Ida Bauer)
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Cas emblématique de l’hystérie féminine.
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Freud interprète ses symptômes comme liés à des conflits sexuels refoulés.
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Une interprétation exclusivement centrée sur la sexualité.
🔷 3. La jeune homosexuelle
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Patiente adolescente.
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Freud interprète son homosexualité comme un symptôme.
🔷 4. Elisabeth von R.
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Cas d’hystérie douloureuse.
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Freud y développe l’idée de conflit psychique inconscient.
🔷 5. Emmy von N.
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Patiente hystérique.
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Freud y expérimente l’hypnose et l’association libre.
🔷 6. Katharina
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Cas bref, rencontré en montagne.
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Symptômes d’angoisse liés à un traumatisme sexuel.
🔷 7. Miss Lucy R.
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Patiente souffrant d’hallucinations olfactives.
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Freud y développe l’idée de désir refoulé.
🔷8. L’Homme aux loups (Sergeï Pankejeff)
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Un des rares patients masculins.
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Rêve célèbre des loups dans l’arbre.
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Freud en tire des conclusions sur la sexualité infantile.
🔷 9. L’Homme aux rats (Ernst Lanzer)
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Autre patient masculin important.
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Cas fondateur de la névrose obsessionnelle, trouvant une cause dans la sexualité, ( fantasme de la torture du rat réalisée sur son père)
🟦 2. Ce que cette liste révèle
🔷 1. La psychanalyse freudienne est née de cas féminins
La majorité des cas fondateurs sont des femmes, souvent diagnostiquées hystériques.
🔷 2. Les hommes sont très minoritaires
Sur les cas majeurs, seuls deux sont masculins.
🔷3. La psychologie moderne hérite de ce biais
Les modèles émotionnels, relationnels, expressifs sont basés sur des patientes.
🟦 3. Les grands auteurs du XIXᵉ : Toujours autant de patientes !
Voici quelques exemples :
🔹Jean-Martin Charcot (maître de Freud)
-
Ses démonstrations à la Salpêtrière reposent presque exclusivement sur des femmes hystériques.
-
Les cas masculins sont rarissimes.
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L’hystérie est considérée comme une maladie féminine.
🔹 Pierre Janet
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Travaille sur des patientes hystériques.
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Ses cas cliniques majeurs sont féminins.
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Les troubles dissociatifs sont décrits à partir de femmes.
🔹 Josef Breuer
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Son cas fondateur (Anna O.) est féminin.
-
Les autres cas qu’il décrit sont aussi majoritairement féminins.
🔹 Adler, Jung, Ferenczi
Même si leurs théories divergent, leurs cas cliniques fondateurs sont :
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des femmes hystériques,
-
des femmes névrosées,
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des femmes en crise émotionnelle.
La psychologie clinique se construit sur un corpus féminin.
🟦 4. Chez la plupart des auteurs du XIXᵉ les cas cliniques sont quasi exclusivement féminins !
Freud n’est pas une exception. La majorité des cliniciens de son époque travaillent sur des femmes, pour trois raisons structurelles :
🔷1. Les femmes sont davantage appréciées pour l'analyse
Elles sont considérées comme plus “émotionnelles”, plus “fragiles”, plus “nerveuses”.
🔷2. Les diagnostics dominants sont féminins
- hystérie
- neurasthénie
- troubles de conversion
- crises nerveuses
Ces diagnostics sont genrés et appliqués presque exclusivement aux femmes.
🔷3. Les institutions psychiatriques accueillent surtout des femmes
Les “maisons de repos”, “sanatoriums”, “asiles” reçoivent une majorité de patientes, de ce fait, les femmes sont plus disponibles pour l'analyse.
Résultat : la clinique se construit sur des femmes, et les hommes sont très peu étudiés.
🟦 5. L'explication des troubles est majoritairement sexuelle
Il y a une sexualisation massive des phénomènes sans doute en lien avec le fait que la psychologie du XIXᵉ siècle repose sur trois piliers :
🔷1. La Morale victorienne et le puritanisme social
La sexualité est taboue : donc perçue comme source de troubles.
🔷2. La médecine nerveuse
Les symptômes sont vus comme “nerveux”, “sensuels”, “hystériques”.
🔷3. La psychanalyse naissante
Freud a fait de la sexualité le moteur universel de la vie psychique.
La sexualité devient ainsi la clé explicative dominante, pour les femmes comme pour les hommes.
🟦6. Et même si les patients sont des hommes, les interprétations restent sexualisées et non différentiées
Même les rares cas masculins (Homme aux rats, Homme aux loups, Schreber…) sont interprétés :
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en termes de sexualité infantile,
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de fantasmes oedipiens,
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de pulsions libidinales,
-
de scènes primitives,
-
de désirs refoulés.
Le sexe du patient ne change pas la grille de lecture : tout est sexualisé et indifférencié.
🟦7. Notre interprétation Freudienne du cadre clinique Freudien
Freud lui‑même aurait immédiatement repéré que des hommes mûrs, tous savants, membres de sociétés académiques et inscrits dans un haut niveau social à la morale extrêmement contrainte, et ainsi éprouvant un intérêt passionné pour les troubles féminins, qu'ils interprètent de surcroit quasi-exclusivement au travers de la sexualité, ne peut être considéré comme allant de soi et ainsi laissé sans interprétation.
Selon une lecture freudienne, le cadre théorique élaboré par Freud — qui sexualise systématiquement les symptômes — peut être compris comme l’expression détournée du propre refoulement de l'analyste.
Autrement dit, la vision exclusivement sexuelle que l'analyste impose aux troubles, peut ne pas refléter seulement l’inconscient de ses patientes, mais aussi celui de l’analyste lui‑même.
🔷1. Notre interprétation freudienne de cette sexualisation des symptômes
Nous avons appris de la psychanalyse que lorsqu’un sujet s’intéresse de manière insistante à la sexualité d’autrui — surtout lorsqu’il s’agit d’un homme âgé observant des femmes plus jeunes — cela peut relever de plusieurs mécanismes :
🔷 1. Le déplacement (Verschiebung)
Le sujet déplace sur l’autre ce qu’il ne peut reconnaître en lui-même.
« Je ne peux pas penser ma propre sexualité - je l’analyse chez l’autre. »
🔷 2. La projection (Projektion)
Le sujet attribue à l’autre des désirs, des fantasmes ou des conflits qu’il ne peut assumer.
« Ce n’est pas moi qui suis traversé par ces pulsions, c’est elle. »
🔷3. La rationalisation savante
L’homme âgé transforme un intérêt pulsionnel en intérêt scientifique.
« Ce n’est pas du désir, c’est de la clinique. »
Freud aurait dit : le savoir devient un écran pour masquer le désir.
🔷2. Pourquoi des hommes âgés ? Freud aurait une réponse simple !
Nous avons appris de la psychanalyse que, l’âge ne supprime pas la pulsion : il la déplace.
Quand la sexualité directe devient plus difficile à vivre ou à assumer, elle peut :
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se sublimer (dans l’art, la science, la religion),
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se déplacer (vers l’observation d’autrui),
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se rationaliser (dans un discours savant).
L’intérêt clinique pour les troubles féminins peut alors devenir une forme socialement acceptable d’explorer sa propre sexualité refoulée.
🔷3. Freud aurait également parlé d’identification inversée
Un homme plus âgé peut également s’identifier :
-
à la femme souffrante,
-
à la jeune patiente,
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à la figure de la vulnérabilité féminine.
Pourquoi ? Parce que cela lui permet d’exprimer indirectement ses propres fragilités, qu’il ne peut pas reconnaître comme masculines.
« Je ne peux pas dire que je souffre - je décris la souffrance féminine. »
🔷4. La sexualisation des troubles féminins comme fantasme masculin ?
La psychanalyse nous a appris que les hommes projettent constamment sur les femmes :
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leurs fantasmes,
-
leurs peurs,
-
leurs désirs,
-
leurs conflits non résolus.
Ainsi, par exemple, l’hystérie féminine, telle que décrite par les cliniciens du XIXᵉ siècle, pourrait être vue comme une construction typiquement masculine.
« L’hystérie féminine serait aussi pour partie le miroir de l’inconscient masculin. »
Aujourd’hui, ce que l’on appelait au XIXᵉ siècle “hystérie féminine” est compris comme un ensemble de réponses liées aux traumatismes, à la dissociation et aux mécanismes de régulation émotionnelle.
Ces manifestations, autrefois interprétées comme spécifiquement féminines, sont désormais reconnues comme des réactions neuro‑psychologiques qui peuvent prendre des formes très différentes selon les individus, leurs histoires et leurs constitutions physiologiques et neuro‑biologiques, et qui ne concernent évidemment pas uniquement les femmes.
🟦 8. La psychologie s’est construite sur le vécu et l'expérience des femmes.
Considérer la psychologie comme une science observationnelle des femmes n’est pas une thèse marginale. Des historiens de la psychologie, des sociologues du savoir et des spécialistes de Freud et des précurseurs ont montré que :
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les cas cliniques fondateurs sont féminins,
-
les diagnostics dominants sont féminins (hystérie, neurasthénie, conversion),
-
les institutions psychiatriques accueillent surtout des femmes,
-
les hommes sont très peu étudiés comme sujets.
La psychologie en reposant sur un corpus féminin produit une clinique féminine qui a ainsi donné naissance à une science de la femme souffrante.
🟦9. Psychologie ou "anthropologie du féminin" ?
Plusieurs auteurs ont montré que la psychologie s’est historiquement construite à partir de cas presque exclusivement féminins, systématiquement interprétés à travers des grilles de lecture sexualisées.
Cette idée de la psychologie comme une description du féminin est développée par de nombreux auteurs :
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des historiens de la médecine (notamment sur l’hystérie),
-
des sociologues du genre,
-
des critiques de la psychanalyse,
-
des spécialistes de Charcot et de la Salpêtrière,
-
des chercheurs en histoire des sciences.
Ils montrent que :
-
la femme est l'unique modèle clinique,
-
l’homme est l’exception,
-
la sexualité est la clé explicative,
-
les théories sont généralisées à partir de cas féminins.
Selon ces auteurs la psychologie ne décrit pas “l’humain”, mais un humain féminin, avançant ainsi l’idée d’une psychologie qui serait conçue comme une anthropologie du féminin.
Nous pourrions ainsi citer :
🔷1. Chez les historiens de la psychologie
🔹 Elaine Showalter — The Female Malady (1985)
Analyse magistrale montrant que la psychiatrie et la psychologie du XIXᵉ siècle se sont construites sur les femmes, en particulier les hystériques. C’est l’une des références les plus fortes qui peu étayer l'idée d’une psychologie comme une “anthropologie du féminin”.
🔹 Georges Didi-Huberman — Invention de l’hystérie (1982)
A partir d'études sur Charcot et la Salpêtrière, l'auteur montre comment les cas féminins ont servi de matrice visuelle et théorique à la psychologie moderne et a ainsi construit une clinique exclusivement féminine.
🔹 Mark Micale — Approaching Hysteria (1995)
Historien de la médecine, il montre que l’hystérie a été massivement féminisée, et que les hommes ont été effacés.
🔹 Roy Porter — Madness: A Brief History (2002)
L'auteur montre que les institutions psychiatriques du XIXᵉ siècle accueillaient majoritairement des femmes, et que les diagnostics étaient genrés.
🔷2. Chez les commentateurs de Freud
🔹 Henri Ellenberger — The Discovery of the Unconscious (1970)
Analyse historique monumentale. où l'auteur montre comment Freud a généralisé des modèles issus de cas féminins et d’une lecture sexualisée.
🔹 Élisabeth Roudinesco — La bataille de cent ans (1999)
L'autrice y montre comment la psychanalyse s’est construite sur des cas féminins et une sexualisation systématique.
🔹 Mikkel Borch-Jacobsen — Le dossier Freud (2010)
Critique historique montrant que les cas freudiens sont presque tous féminins, et que les interprétations sont sexualisées même chez les hommes.
🔷3. Chez les historiens de la psychiatrie
🔹 Ruth Harris — Murders and Madness (1989)
Montre comment la psychiatrie française du XIXᵉ siècle a construit la folie comme phénomène féminin.
🔹 Jan Goldstein — Console and Classify (1987)
Analyse de la psychiatrie française : les femmes sont le matériau clinique principal.
🔷4. Chez les historiens des sciences et de la construction du savoir psychologique
🔹 Thomas Laqueur — Making Sex (1990)
Montre comment la médecine et la psychologie ont construit des modèles genrés du corps et de l’esprit.
🔹 Londa Schiebinger — Nature’s Body (1993)
Analyse la manière dont les sciences humaines ont été construites à partir de corps féminins.
🔹 Judith Walkowitz — City of Dreadful Delight (1992)
Montre comment les sciences du psychisme ont été influencées par des représentations féminines de la vulnérabilité.
Tous ces auteurs montrent que la clinique fondatrice de la psychologie moderne est exclusivement féminine. Il s'agit d'un savoir genré, c'est a dire que la psychologie est un savoir scientifique qui en ayant été produit sur les femmes (patientes), est une science du féminin.
🟦11. La psychologie du XIXᵉ un modèle [féminin + sexualisé]
🔹 La psychologie clinique s’est construite sur des femmes.
🔹 Les symptômes ont été interprétés "sexuellement" sous l'angle de la pulsion désirante
🔹 Les hommes n’ont presque pas été étudiés comme sujets.
🔹 Les modèles théoriques ne parlent pas de masculinité adulte.
🔹 Les modes d’expression masculine de la souffrance n’ont jamais été conceptualisés.
La psychologie moderne parle davantage aux femmes qu'aux hommes, parce qu’elle a été construite par des hommes pour des femmes.
🟦12. La psychologie comme science du féminin ?
Freud a construit sa théorie sur quelques patientes féminines, donnant à la psychologie un biais fondateur et cela a été démontré par de nombreux auteurs mais cela ne suffit pas à comprendre l’ampleur du phénomène.
En réalité, le biais féminin des cas cliniques traverse toute la psychologie du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Freud n’est pas une exception : il est l’héritier d’un système clinique où les femmes constituent l’immense majorité des patientes, où les diagnostics dominants étaient féminins, et où les institutions psychiatriques accueillent surtout des femmes.
Dans ce contexte, les symptômes — qu’ils soient féminins ou masculins — sont quasi systématiquement interprétés au travers de la "sexualité" et de la pulsion.
L’hystérie, la neurasthénie, les troubles de conversion, les crises nerveuses : tous ces diagnostics sont pensés comme des manifestations d’un conflit sexuel, d’un désir refoulé ou d’une tension morale liée à la sexualité. Même les rares cas masculins étudiés par Freud ou ses contemporains (comme l’Homme aux rats ou l’Homme aux loups) sont analysés selon cette même grille sexualisée.
Ce n’est donc pas seulement Freud qui sexualise les symptômes : c’est toute la psychologie clinique de son époque. Charcot à la Salpêtrière, Pierre Janet, Josef Breuer, Adler, Jung, Ferenczi… tous travaillent presque exclusivement sur des patientes féminines, et tous interprètent les troubles — féminins comme masculins — à travers la sexualité, la libido, les conflits oedipiens ou les traumatismes sexuels infantiles.
La psychologie moderne hérite ainsi d’un modèle fondé sur un corpus féminin et sur une lecture sexualisée des troubles, un modèle qui ne parle ni de la masculinité adulte, ni des modes d’expression masculine de la souffrance, ni des vulnérabilités spécifiques des hommes.
C’est ce biais fondateur — historique, théorique et clinique — qui explique en partie pourquoi la psychologie contemporaine peine encore aujourd’hui à penser l’homme comme sujet.
Ces constats on été notamment soulignés par différentes anthropologues féministes (Mead, Wolf, Powdermaker) qui ont montré que les sciences humaines projetaient souvent un imaginaire féminin ou masculin sur leurs objets d’étude. Démontrant ainsi par leurs travaux que les sciences humaines — dont la psychologie — sont traversées par des biais de genre.
🔷1. Les principaux auteurs français sur les biais de genre en psychologie
De nombreux auteurs français, et non des moindres, qui ont pu décrire la psychanalyse ou la psychologie comme un savoir construit à partir du féminin et souligner ces biais de genre. Nous pourrions ainsi citer :
🔹 Paul‑Laurent Assoun : Il est l’un des rares auteurs à analyser systématiquement la manière dont Freud a construit une mythologie féminine du psychisme. Son ouvrage Freud et la Femme (référencé dans les résultats Babelio) traite directement de la façon dont la psychanalyse s’est élaborée à partir de cas féminins et d’une représentation symbolique du féminin. il démontre que la psychanalyse repose sur une construction théorique féminine du psychisme.
🔹 Élisabeth Badinter : Dans XY. De l’identité masculine, Badinter montre que la psychologie et la psychanalyse ont été construites sur un modèle féminin du psychisme, et que l’homme y apparaît comme un « problème » ou un « manque ». Elle y décrit la psychologie comme un savoir centré sur le féminin, qui invisibilise l’homme comme sujet.
🔹 Georges Falconnet : Dans La Fabrication des mâles, il analyse comment les sciences humaines — dont la psychologie — ont produit une vision féminisée du psychisme et une représentation masculine construite de l’extérieur. Il décrit que la psychologie produit un discours sur les hommes, construit par un imaginaire féminin ou féminisé.
🔹Markos Zafiropoulos : Il travaille sur « l’anthropologie psychanalytique de la féminité » et montre comment Freud et Lacan ont construit une théorie centrée sur la féminité comme énigme fondamentale.
🔹Nicole Loraux : Historienne, elle a montré comment les représentations du féminin structurent les récits fondateurs de la pensée occidentale, son travail a été souvent utilisé pour montrer que la psychanalyse repose sur une matrice féminine mythologique.
🟦 13. La psychologie du XIXᵉ - Un cadre clinique défaillant - Le tabou de l'histoire !
La psychologie repose sur une observation du féminin, et si il est aujourd'hui admis que la psychologie moderne est en quelque sorte une anthropologie du féminin, il est un tabou encore plus grand, soulevé par de trop rares auteurs.
En effet, le cadre théorique de la psychologie clinique s’est construit dans une configuration très spécifique qui est celui d'hommes observant, interprétant et théorisant les symptômes de femmes, sans jamais interroger la position de l’observateur.
Ce dispositif — masculin, asymétrique, hiérarchique — a été systématisé puis naturalisé, comme s’il allait de soi. Il n’a jamais été nommé comme tel, ce qui lui a permis de devenir invisible.
En d’autres termes :
-
le regard masculin est devenu la norme,
-
le corps féminin est devenu l’objet privilégié d’analyse,
-
et cette structure a été élevée au rang de modèle universel.
Ce silence sur le cadre d’observation a permis de présenter comme “scientifique” ce qui était en réalité une perspective située, marquée par les fantasmes, les peurs, les projections et les limites des cliniciens masculins de l’époque.
Ainsi, la psychologie n’a pas seulement décrit les femmes : elle a décrit les femmes à travers le regard des hommes, et elle a ensuite généralisé ce regard biaisé à l’ensemble de l’humanité.
🟦 14. La psychologie comme un dispositif masculin d'observation des femmes
Le cadre théorique de la psychologie s’est construit comme un dispositif masculin non nommé : des hommes observant des femmes, systématisant leurs interprétations et les érigeant en lois universelles. Ce biais fondateur, longtemps invisible, a façonné une discipline qui décrit moins la psyché humaine que le reflet du regard masculin posé sur le féminin.
Cette thèse — de l'absence de neutralité observationnelle mais d’un cadre clinique masculin observant des femmes — n’est pas seulement soutenue par des autrices féministes comme Elaine Showalter ou Janet Beizer. Elle est également confirmée par des historiens et analystes non féministes tels que Georges Didi‑Huberman, Henri Ellenberger ou Mikkel Borch‑Jacobsen. Leur convergence montre que ce biais fondateur n’est pas une lecture militante féministe, mais un constat historique largement documenté.
🔹 Pour Georges Didi-Huberman – (1982)
-
les symptômes hystériques sont co‑produits par le regard masculin,
-
les médecins projettent leurs fantasmes sur les patientes,
-
la psychologie clinique est un théâtre dirigé par des hommes, où les femmes jouent un rôle imposé.
🔹 Pour Elaine Showalter - (1985)
Historienne féministe. Elle démontre que :
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la psychiatrie du XIXᵉ siècle est une construction masculine,
-
les femmes y sont les principales “patientes” parce qu’elles sont les principales cibles du regard médical masculin,
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les catégories diagnostiques reflètent les peurs et fantasmes des cliniciens.
L'autrice parle explicitement d’un androcentrisme clinique non reconnu.
🔹 Pour Henri Ellenberger – (1970)
Historien de la psychiatrie. Il montre que :
-
les premiers cliniciens projettent leurs propres conflits sur les patientes,
-
l’hystérie est une construction culturelle,
-
le cadre théorique est façonné par la subjectivité des observateurs masculins.
Il soutient l’idée d’un cadre non identifié, mais structurant.
🔹 Mikkel Borch-Jacobsen – Le dossier Freud (2010)
Cet auteur montre que :
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Freud sexualise les symptômes selon sa propre économie psychique,
-
ses théories reflètent autant son inconscient que celui de ses patientes,
-
le cadre freudien est un dispositif masculin qui se présente comme universel.
🔹 Janet Beizer – Ventriloquized Bodies (1994)
L'autrice analyse comment :
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les médecins “font parler” les corps féminins,
-
les femmes deviennent des supports de projection,
-
le discours médical masculin se substitue à la voix des patientes.
Cette chercheuse montre que le cadre théorique est masculin et non identifié comme tel.
🟦 15. La psychologie : une science des femmes d'où les hommes se sont volontairement exclus
La psychologie est, à l’origine, une science des femmes inventée par des hommes qui se sont paradoxalement exclus eux‑mêmes du champ clinique.
En se construisant presque exclusivement à partir de l’observation de patientes féminines, la discipline a ainsi façonné un savoir qui décrit avant tout l’expérience psychique des femmes, laissant l’homme en marge — comme s’il n’était pas concerné, comme s’il n’avait pas de vie intérieure propre.
Dans ce dispositif, l’homme occupe toujours la même position : celle de l’observateur, du théoricien, de l’analyste. Il regarde, il interprète, il nomme — mais il n’est jamais regardé. Sa propre subjectivité ne devient accessible qu’indirectement, au travers des projections, des fantasmes, des peurs et des interprétations qu’il produit sur les femmes. Autrement dit, l’homme se pense à travers le féminin, faute de pouvoir se penser lui‑même.
Ainsi, la discipline a progressivement installé un angle mort : la subjectivité masculine. L’homme n’est pas pensé pour lui‑même :
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soit il est réduit à un rôle d’analyste extérieur,
-
soit il n’existe qu’à travers ses projections sur les femmes,
-
soit il est traité comme une simple variation du modèle féminin, jamais comme une expérience psychique spécifique.
La psychologie moderne hérite donc d’un cadre théorique où la vie intérieure masculine n’a pas été conceptualisée. Elle n’a ni les mots pour la décrire, ni les modèles pour l’expliquer, ni les grilles cliniques pour la reconnaître.
Ce n’est pas que l’homme n’a pas de psychisme : c’est que la discipline n’a jamais appris, ni à le voir ni à le considérer, car l'homme dès l'origine de la discipline, s'en est extrait lui-même en n'occupant que la position d'obervateur.
🟦 16. L’absence de l’homme comme sujet psychologique
De nombreux historiens et chercheurs — Showalter (1985), Didi-Huberman (1982), Micale (1995), Ellenberger (1970), Roudinesco (1999), Borch-Jacobsen (2010) — ont montré que la psychologie clinique s’est construite presque exclusivement à partir de cas féminins et d’une lecture sexualisée des troubles.
Cette anthropologie du féminin, héritée du XIXᵉ siècle, explique en partie l’incapacité persistante de la psychologie moderne à penser la masculinité adulte et les vulnérabilités masculines. C'est ce que tendent à démontrer aujourd'hui un certain nombre d'auteurs.
Nous pourrions ainsi citer :
🔹 David Gilmore — Manhood in the Making (1990) - Anthropologue : montre que les sciences humaines ont très peu étudié la masculinité comme sujet.
🔹 Michael Kimmel — Manhood in America (1996) - Sociologue : montre que la psychologie a longtemps ignoré les hommes comme sujets psychiques.
🔹 R.W. Connell — Masculinities (1995) - Cet auteur, montre que les sciences sociales ont construit des modèles centrés sur les femmes, laissant les hommes comme “catégorie dominante”, jamais comme sujets vulnérables.
Ce champ de recherche est plus récent, malheureusement encore très restreint car de trop rares auteurs s'y aventurent. Les études genrées où l'homme est étudié comme sujet psychologique et non comme construction sociale, sont hélas très peu nombreuses.
🟦 17. De l'homme aux rats à l'homme au loup - L'homme toujours hors champs !
La psychologie moderne qui est née au XIXᵉ siècle, se base sur un modèle élaboré par des hommes, mais construit presque exclusivement à partir de cas féminins et d’une lecture sexualisée des troubles. Ce décalage fondateur explique en partie l'incapacité originelle de ce cadre théorique à penser la masculinité adulte et les vulnérabilités masculines.
Tout se passe, comme si l’homme n’avait été que l’observateur d’une discipline qu’il a créée, mais qui s’est ainsi développée comme une anthropologie du féminin — un système où l’homme est soit exclu, soit considéré comme non concerné.
Dans ce cadre théorique "d'homme non concerné" , l'homme se place dans le rôle de l'observateur et de l'anthropologue du féminin qui décrit puis de l'analyste qui interprète. Dès lors, la psychologie masculine, apparaît alors, mais en creux, comme une projection des peurs, angoisses et phantasmes masculins sur le miroir du féminin. Analysant, interprétant et "sexualisant" ainsi à l 'extrême les symptômes observés.
L’exclusion de l’homme du champ psychologique n’est ainsi ni marginale, ni accidentelle : elle est fondamentale, radicale, et constitue l’héritage le plus lourd de la discipline.
À l’image des rares cas masculins analysés par Freud, l’homme apparaît dans l’histoire de la psychologie comme une silhouette clinique qui passe au loin, à peine discernable, reléguée au fond du champ disciplinaire.
L’Homme aux rats, l’Homme aux loups : deux figures emblématiques, mais qui ne sont que des ombres portées, des présences furtives, des éclats de masculin en filigrane. Jamais au centre, jamais pleinement reconnus comme sujets, ils traversent la scène analytique comme des êtres marginaux, tolérés plutôt qu’accueillis, observés plutôt que pensés.
L’homme est là, pourtant — si présent qu’il rôde, comme une inquiétude ancestrale une forme qui insiste sans jamais trouver sa place. Il hante la discipline plus qu’il ne l’habite : un sujet en marge, toujours hors champ, mais dont la silhouette revient, obstinée, comme un rappel de ce qui n’a jamais été exploré.
🟦 18. La psychologie masculine un reflet dans le "miroir du féminin"
Toujours en retrait, toujours décalé, l’homme n’est pas pensé comme sujet, mais comme pourrait l'exprimer Freud, il est, mais de façon "inconsciente". L'homme dans la psychologie est en quelque sorte une apparition furtive, un passage, une trace. Il hante la clinique plus qu’il ne l’habite. Il rôde dans les couloirs de la théorie comme une peur primaire, accompagné de rats, une forme insistante un homme au loup que l’on aperçoit du coin de l’œil sans jamais la regarder en face.
Cependant, l’homme est là — si présent qu’il en devient presque inquiétant, comme une forme qui insiste sans jamais se laisser saisir. Il demeure à l’état de silhouette, en marge - un sujet toujours hors champ -fantôme conceptuel qui traverse la discipline sans jamais y trouver sa place.
Et si l’homme n’apparaissait, au fond, qu’en reflet dans le miroir du féminin — miroir patiemment installé par l’analyste lui‑même ?
Ainsi, l’homme n’est donc pas totalement absent de la psychologie : il y est partout, mais sous forme de traces, de projections, de réfractions. Il ne se dit jamais directement ; il se dit en décrivant l’autre. Car en produisant une psychologie centrée sur l’expérience féminine, les cliniciens du XIXᵉ siècle n’ont pas seulement décrit les femmes : ils se sont explorés eux‑mêmes à travers elles.
Sans doute en l'absence d’outils conceptuels, d’autorisation culturelle ou tout simplement de désir — pour interroger leur propre vie intérieure, les hommes du XIXe ont utilisé le féminin comme surface projective, comme écran où venaient ainsi se déposer leurs peurs, leurs fantasmes, leurs conflits et leurs zones d’ombre.
🟦 19. Le masculin en négatif du cadre théorique de la psychologie
Si nous souhaitons aujourd'hui faire émerger de la psychologie, l’homme comme sujet, quoique nous fassions, nous ne pouvons par l’observer directement.
Nous ne pouvons faire apparaître l'homme qu'en négatif, c'est à dire à partir de l’analyse clinique des femmes. C'est en quelque sorte ce qui se passe aujourd'hui, la psychologie, en tant qu'anthropologie du féminin, ne peut voir l'homme que du point de vue de ses défaillances.
Car l’homme, dans l’histoire de la discipline, n’a jamais été donné en pleine lumière. Il n’a pas été décrit, ni interrogé, ni conceptualisé pour lui‑même. Il n’a laissé que des traces, des ombres, des reflets. Et c’est précisément dans ces reflets — dans ce que les pères fondateurs masculins projetaient sur les femmes — que se dessine en creux la figure masculine.
Ainsi, pour penser l’homme, il ne s’agit pas de changer d’objet, mais de changer de regard : de lire le féminin comme un support d’inscription, et le masculin comme l’image latente, celle qui n’apparaît qu’au développement, celle qui se révèle dans le négatif.
L’homme est ainsi inscrit "en négatif" d'un cadre théorique comme pris sur une plaque photographique : non pas visible en pleine lumière, mais révélé par contraste, par inversion, par le jeu des ombres que produit le cadre théorique lui‑même. Et qui n'apparaît forcément que dans le rôle négatif.
Dans la psychologie telle qu’elle s’est constituée, le féminin occupe le devant de la scène : il est l’objet, le modèle, la matière première de l’analyse. Le masculin, lui, n’apparaît qu’en creux. Il n’est pas décrit : il est déduit. Il n’est pas observé : il est révélé par inversion. Il n’est pas théorisé : il est la trace latente, l’image qui n’existe qu’en négatif de l’analyse des femmes.
Comme dans une chambre noire, le masculin n’est perceptible qu’au moment où l’on retourne la plaque : ce qui était lumière devient ombre, ce qui était ombre devient lumière. Le féminin, saturé de présence clinique, devient alors le support qui permet de faire apparaître l’homme — non pas comme sujet étudié, mais comme empreinte, contre‑forme, silhouette révélée par contraste.
Ainsi, le masculin n’est pas absent de la psychologie contemporaine : il est inscrit dans son négatif, dans ce que la discipline ne dit pas, dans ce qu’elle projette, dans ce qu’elle laisse deviner sans jamais le nommer.
🟦 19. La psychologie comme un miroir masculin tendu aux femmes
Les fondateurs de la discipline tout en produisant une psychologie centrée sur l’expérience féminine décrivent aussi la manière dont les hommes du XIXᵉ siècle ont observés les femmes mais également se sont pour partie explorés eux‑mêmes à travers les femmes qu’ils observaient.
Nous pouvons ainsi supposer que si le cadre théorique est ainsi systématisé au féminin et volontairement non identifié en se voulant neutre, cela n'est pas dû au hasard mais qu'il s'agit bien de l'expression de la volonté des hommes d'observer et d'analyser les femmes, comme source d'inquiétude et d'intêret.
L’homme n’est donc pas absent de la psychologie : il y est présent, mais en creux, sous forme de projections. Il ne se décrit pas directement ; il se décrit en décrivant l’autre.
Ainsi, la clinique masculine du XIXᵉ siècle fonctionne comme un dispositif paradoxal :
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l’homme observe,
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mais c’est lui aussi qui s'y dévoile,
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sans jamais être nommé comme sujet.
Ce n’est pas seulement que la psychologie ne pense pas l’homme : c’est que "l’homme observateur et analyste" se pense à travers la femme.
Dans cette configuration, la vie intérieure masculine apparaît comme un continent interdit, contourné, refoulé. Tout se passe comme si les pères fondateurs analysaient mais sans s’autoriser à dire “je”, alors il disent “elle” — et c’est dans ce “elle” que l'inconscient des "pères de la discipline" affleure et s'inscrit comme filtre.
L'homme a ainsi construit un miroir qu'il propose aux femmes, un cadre masculin à l 'expression féminine. La psychologie est ainsi le filtre du masculin au travers duquel, les femmes peuvent se regarder et s'étudier, il est donc logique que ce dispositif attire massivement les femmes — tout à la fois comme utilisatrices et comme professionnelles.
En effet, la psychologie est une discipline où l'on y parle la langue des femmes, qui reflète ainsi leur expérience, et qui a été façonnée autour de leurs modes d’expression
Cependant, si la psychologie est ainsi une science du féminin, une anthropologie du féminin comme le souligne différents auteurs, il y a alors urgence à développer une science du masculin c'est a dire une psychologie masculine, où l'homme ne serait plus "hors champ" ou en creux, en négatif ni en filigrane, mais comme un sujet psychologique, et objet central de recherche en pleine lumière.
🟦 Conclusion
La psychologie s’est construite sur l’observation du féminin. En effet, les pères fondateurs de la discipline n'ont observé quasi-exclusivement que des femmes. Selon le dispositif, mis en place, l’analyste était un homme et l’observé une femme, c'est ainsi que les fondements théoriques qui reposent presque exclusivement sur des patientes, ont été élaborés, tandis que l'homme demeure hors champ, absent de l’analyse comme de l’expérience clinique,
Cette exclusion a été signalée, dès les années 70 par de trop rares auteurs, tant il était difficile d’affirmer que la psychologie ne parlait essentiellement des femmes et presque jamais des hommes en tant que sujets.
Au fil de son histoire, et de sa structuration, en tant que discipline au sein des sciences sociales, la psychologie est ainsi progressivement devenue une science des femmes pour les femmes.
Ainsi, à l'origine élaborée par des hommes, se réservant tout d'abord le rôle d'observateur, puis d'analyste interprétant le féminin et enfin d'experts, diffusant les théories établies sur le féminin désormais généralisées sans distinction de genre, tout en s'excluant eux‑mêmes du champ clinique et c'est là, le paradoxe en créant, si nous reprenons les expressions des féministes radicales une forme d’andro‑analyse gyno‑centrée.
C'est à dire , une analyse issue un mode de pensée sur les femmes construit du point de vue des hommes (androcentrisme) produisant une construction théorique, consistant à envisager les sujets analysés uniquement du point de vue des femmes, puisque l'homme a toujours été absent en tant que sujet d'observation.
L'homme en s'attribuant le rôle d'observateur, d'analyste puis d'expert des sujets féminins, en élaboration ainsi la théorie de son point de vue, s'est inscrit dans le cadre théorique de l'analyse faite de son point de vue,. Quant aux continuateurs, c'est a dire les psychologues d'aujourd'hui, ils restent toujours à présupposer qu'il y a une indistinction de genre, et que mâle et femelle, en l'espèce sont équivalents dans l''analyse et le traitement interprétatif..
Ce qui peut être largement remis en cause, puisque les pères fondateurs de la discipline n'ont observé quasi-exclusivement que des femmes, utilisant toujours le même protocole et dispositif où l’analyste était un homme et l’observé une femme
Ainsi, la psychologie clinique fonctionne comme un modèle féminin appliqué à tous, où l’homme comme sujet psychologique est largement absent. Si le cadre historique reste toujours structurant de nos jours, il demeure largement non signifié, et le cadre originel — analyste masculin, sujet féminin — n’a jamais été véritablement interrogé.
Mais aujourd’hui, alors que près de 90 % des psychologues cliniciens sont des femmes, la configuration s’inverse : l’analyste femme observe l’homme à travers un cadre conceptuel élaboré par des hommes, mais réinterprété depuis un imaginaire féminin appliqué au masculin.
Ces positions croisées créent des zones troubles qui parasitent l’interprétation. Ces distorsions sont renforcées par le fait que les outils et des méthodes de la psychologie ( tests, protocoles, etc,..) intègrent difficilement la subjectivité masculine. Ainsi, lorsque l’homme entreprend une thérapie, il ne se reconnaît souvent pas dans les lectures qui lui sont proposées : le transfert se bloque, l’adhésion échoue.
Ainsi pour une grande majorité d’entre eux, l’expérience ne fonctionne pas. Ils décrochent, et la psychologie leur renvoie qu’ils seraient trop fermés, trop silencieux, trop rigides — autant de stigmatisations qui, en creux, signifient qu’ils n’entrent pas naturellement dans le cadre interprétatif, autrement dit qu’ils ne sont pas assez féminins pour être compris.
À cela s’ajoute l’influence des Gender Studies et de certaines formes militantes de sociologie féministe, où la masculinité n’est envisagée qu’à travers les normes sociales de domination, ne laissant apparaître que des hommes défaillants et violents, Ces représentations négatives renforcent les biais interprétatifs des psychologues — très majoritairement des femmes — et façonnent un imaginaire clinique défavorable aux hommes.
Cependant, le contexte actuel n’a plus rien à voir avec celui du XIXᵉ siècle, où les hommes susceptibles d’être analysés étaient rares, aujourd’hui de nombreux hommes expriment un besoin croissant de soin psychique et, encouragés par les succès observés chez les femmes patientes, souhaitent également franchir la porte du cabinet.
Ainsi, les nouvelles demandes et exigences masculines mettent sous tension tout un édifice théorique que l’on pensait universel. Parallèlement, les neurosciences, la neuro‑imagerie, l’éthologie et les sciences du développement montrent chaque jour davantage que la neutralité supposée de la psychologie n’était qu’un mythe.
De plus en plus d’auteurs, issus de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie ou même du féminisme, convergent désormais pour reconnaître que la discipline repose sur un modèle unique — féminin — présenté comme universel. Une réalité clinique genrée émerge : ce que l’on appelait “psychologie” apparaît de plus en plus clairement comme une anthropologie du féminin généralisée à tort.
La discipline continue pourtant de se présenter comme neutre et indifférenciée, alors qu’elle demeure profondément marquée par ses biais fondateurs et largement incapable de penser le masculin, qu’elle relègue systématiquement dans ses angles morts.
Or, en invisibilisant les hommes et en les intégrant si mal dans les dispositifs de prévention, la psychologie contribue malgré elle à des impasses de santé publique : les hommes se retrouvent sur‑représentés dans les indicateurs les plus délétères, pour eux‑mêmes comme pour la société.
La réponse ne peut évidemment pas consister à modifier leur nature, ni à les faire entrer de force dans un modèle féminin — symboliquement ou réellement.
Un changement de paradigme devient nécessaire. Ce qui allait autrefois de soi mérite aujourd’hui d’être interrogé, afin de mieux prendre en charge la souffrance masculine.
Peut‑on réformer la discipline ? Sans doute pas entièrement. Mais quelques voix s’élèvent désormais pour faire émerger une branche masculine de la psychologie — ou, comme le propose Robert E. Whitley, pour créer au moins une chaire universitaire de psychologie masculine.
À cela, on répond invariablement : « Pourquoi faire ? Il n’existe pas non plus de chaire de psychologie féminine. » Il est pourtant désormais facile de répondre — comme j’ai tenté de le montrer : cette chaire existe depuis plus d’un siècle. Elle s’appelle tout simplement la psychologie.
Dr Grijalvo