Développer une offre de soins psychiques pour les hommes : enjeux, limites et perspectives

Publié le 28 avril 2026 à 17:23

Cet article se situe dans le cadre général des nouvelles interrogations au sujet de la psychologie masculine domaine émergent qui concerne principalement l'étude des comportements masculins. Et où plus précisément il s'agit pour nous; de tenter de répondre à la question de savoir comment les hommes se comportent face à l’offre de soins en bien-être psychique et en santé mentale ?

La réponse est malheureusement stable depuis des années, tous dispositifs confondus, les hommes d'eux-mêmes ne vont pas volontairement consulter ou se faire aider par un(e) psychologue.

Ainsi, ils ne sont environ au maximum que 30% pour 70% de femmes, et ceci malgré la prise en charge de 12 séances gratuites et des dispositifs comme "mon soutien psy" , tous dispositifs confondus; à l'exception des urgences psychiatriques où les hommes sont alors à parité avec les femmes. 

Mais alors comment interpréter ces résultats ? Comment renverser cette statistique si décevante ? 

Depuis des années le taux de non-consultation reste stable alors que les besoins ne cessent d'augmenter et que la santé et le bien être des hommes, ne cessent de se dégrader, arrêts de travail, burn out, addictions, espérance de vie, taux de suicides. Malgré les compagnes de sensibilisation en direction de la santé mentale des hommes durant toute l'annér 2025, rien ne change !

Et si l'offre de soin en santé mentale n'était tout simplement pas adaptée aux hommes ?

🟦Les constats - les hommes ne prennent pas soin de leur bien être psychique 

🔷1. Une sous-utilisation masculine massive des soins en psychologie

Les praticiens de la santé constatent toujours depuis de nombreuses années une grande disparité entre d’une part, les besoins masculins de prise en soins en santé mentale et utre part, le faible nombre d’hommes qui viennent volontairement consulter les psychologues, et les psychiatres , et les structures de soins spécialisés en prévention des troubles mentaux.

Si l y a un faible nombre d'hommes qui consultent il y a par ailleurs une sur-représentativé des femmes dans l’utilisation de l’offre de soin en santé mentale, alors même que les besoins des hommes sont très importants au regard des difficultés des hommes à tenir coute que coute - taux de suicides important - conduites à risques - addictions, cela peut nous conduire à la question des raisons de ces réticences masculines et de cette non-adéquation entre les hommes et les processus de soins en santé mentale.

🔷2. La confirmation dans les différentes études françaises et internationales

Dès 2003, en France l’enquête de santé de l’Institut national de la statistique et des études économiques1 rapportait que sur les 1,2 million de personnes2, soit 2 % de la population, ayant déclaré avoir eu recours aux soins spécialisés en santé mentale, 70 % des consultants étaient des femmes contre 30 % des hommes3. En 2008 l’utilisation par les hommes de l’offre de soins en santé mentale, ne semble pas avoir progressé. Les hommes ne se précipitent toujours pas dans les cabinets des psychologues et restent assez peu réceptifs vis à vis de l’offre formelle de soins en santé mentale4. De nos jours, en 2023 concernant l’évaluation du dispositif « Mon Psy »5 qui a ainsi permis à plus de 100 000 personnes d’accéder à une prise en soins psychologique gratuite, représentant un total annuel de plus de 438 000 séances soit en moyenne 4 séances par patient, indique également selon les résultats agrégés que les femmes représentent 71 % contre 29 % pour les hommes.

Ce constat ne semble pas particulier à la France, ainsi différentes enquêtes en Amérique du Nord, démontrent que les femmes étaient au Canada6 60% de fois plus susceptibles de recourir à des soins, de même une étude aux Etats-Unis7a pu montrer que les femmes étaient 60% plus susceptibles de recevoir des services en soins de santé mentale que les hommes, tandis qu’une autre étude toujours aux Etats-Unis8 a également révélé que les femmes étaient 70 % plus susceptibles d’aller vers l’offre de soins en santé mentale que les hommes.

1Enquête – INSEE -  « L’état de santé en France en 2003 - Santé perçue, morbidité déclarée et recours aux soins » - https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/serie/s1264

2 Soit 509 000 consultations chez un psychiatre et 815 000 consultations chez un psychothérapeute, (ce dernier chiffre se répartissant entre 464 000 consultations chez un psychologue et 351 000 chez psychanalyste), Enquête Santé – INSEE  L’état de santé en France en 2003

3 Il y a en France plus de femmes 52 % que d’hommes 48 % mais cet écart est essentiellement marqué au-delà de 69 ans, c’est pourquoi il est habituellement considéré un équilibre de proportion entre femmes et femmes, ce qui permet de comparer les deux populations.

4 « Enquête Handicap-Santé » 2008 -Egalité femmes-hommes en matière de recours aux soins Ecole des Dirigeants de la fonction Publique – Revue Regard – 2016 , pp. 35 à 45

5 Le dispositif « Mon Psy », rebaptisé « MonParcoursPsy », a été lancé en avril 2022 pour améliorer l’accès aux soins en santé mentale -  Évaluation du dispositif « Mon Parcours Psy » - Rapport du Sénat - https://www.senat.fr/questions/base/2023/qSEQ230406464.html

6Smith , K.l. Matheson, F.I., Moineddin, R., Dunn, J.,R., Lu, H., H., Cairney,J., & Glazier, R., H., «  Gender differences in mental health service utilization among respondents reporting depression in a national health survey » . Health , 2013 , 5(10), 1561-1571. https://doi.org/10.4236/health. 2023.510212.

7 Wang,P., S., Berglond, P., Olfson,M., Pincus, H.,A., Wells,K.,B., & Kessler , R.C. « Failure and Delay in Initial treatment contact after onset of mental disorders in the National Coomorbidity Survey Replication ». Archives of General Psychiatry,2005 62(6), 603-613 . https://doi.org/10.1001/archpsyc.62.6.603

8Kessler, R.,C, Demler , O., Frank, R.,G., Olfson,M., Pincus, H.A., Walters, E. E., Wung, P., Wells, K. B., & Zaslavsky, A. M. ( 2005) . Prevalence and treatment of mental desorders, 1990 to 2005. New England of Medecine , 352 (24) , 2515-2523 . https://doi.org/10.1056/NEJMsa043266

🟦Les explications couramment avancées

🔷1. L'explication par des préjugés sur la masculinité en général

Cette réticence masculine à s’engager dans un processus de soins en santé mentale est souvent mis en lien avec le fait qu’il y aurait « une nature des hommes » ainsi opposée aux exigences de la thérapie. En un sens, il y aurait une incompatibilité entre d’une part, certaines formes de masculinité, hégémoniques ou traditionnelles et d’autre part, le fait pour les hommes d’entrer en thérapie.

La masculinité, définie comme une idéologie historiquement construite, serait ainsi vue comme ayant tendance à piéger les hommes, telle une "construction psychique" dans laquelle les hommes iraient se réfugier pour faire face à leurs peurs. Ce conflit avec la thérapie serait dès lors, comme la conséquence d’une construction toxique de la virilité, où les hommes seraient comme engoncés dans une fierté maladive les empêchant d’avouer leurs faiblesses et de s’abaisser à chercher de l’aide : Trop ancrés dans des archétypes masculins anciens, ils ne pourraient donc pas accéder à une meilleure connaissance d’eux-mêmes et des situations et ainsi évoluer et progresser.

Dans un contexte social totalement progressiste nous pourrions arriver à l’idée, que l’on peut parfois entendre au sein de certains mouvements féministes que « les hommes n’ont pas de problèmes, mais que ce sont eux le problème ».

Selon cette vision, il serait alors nécessaire de changer cette nature de mâle humain, ou tout du moins de la modifier, de la déconstruire afin de la re-travailler pour en re-programmer le logiciel afin qu’elle devienne moins défensive, moins agressive, en un sens plus acceptable.

Et si l’on poursuit ce raisonnement, cette masculinité toxique qui envahit toujours et contamine les esprits, ne vaudrait-il pas mieux la combattre en « s’attaquant aux racines du mal » plutôt que d’avoir de l’empathie pour l‘aider à survivre ? Il y aurait donc, ainsi la tendance, comme on l'entend parfois, d'une urgence planétaire absolue, de ré-éduquer massivement les garçons, d'ailleurs dans les classes, ils sont déjà un problème, ils s'agitent, perturbent les autres.

Ainsi, vu de l'exterieur de ce cadre, la psychologie peut être perçue comme un espace de rééducation, où l'on demande d'ailleurs parfois aux hommes d'y entrer de force, par des obligations de suivis, afin de  se ré-adapter et obtenir leur certificat de bonne conduite.

Il ne faut donc pas s'étonner que la psychologie puisse être considéré par les hommes comme un environnement hostile, un lieu également où de nombreux préjugés sur la masculinité peuvent s'y retrouver concentrés et où ils risquent de se sentir plus souvent accusés qu'aidés. En effet, sous l’influence de certaines approches en études de genre, la psychologie peut laisser circuler des préjugés sur la masculinité, ce qui alimente d'autant la réticence masculine à consulter et crée une boucle auto‑entretenue de méfiance et de réticence vis‑à‑vis du soin.

🔷2. L'explication par - les hommes fermés et peu ouverts

De nombreux travaux en France soulignent que les normes masculines traditionnelles freineraient l’expression émotionnelle et la demande d’aide. En s’appuyant sur le constat que les hommes consultent beaucoup moins que les femmes (30 % contre 70 %), ces études interprètent cette différence comme la preuve que, pour les hommes, consulter serait un signe de faiblesse lié à la masculinité traditionnelle. Elles en déduisent que les hommes laissent leurs troubles s’aggraver, ce qui expliquerait leur surreprésentation dans les suicides (75 %). Cette lecture met en cause un supposé “tabou masculin” de la santé mentale et conclut à une déficience de la masculinité, de l'homme fermé et peu enclin à se confier. 

Cependant, ces analyses négligent un élément essentiel : la majorité des métiers masculins exigent maîtrise technique, concentration, autonomie et ne sont pas axés sur la communication mais sur l'action.

Les hommes sont en effet, statistiquement très peu présents dans les métiers du social, du soin ou de la psychologie, où l’empathie et l’expression émotionnelle sont exercées quotidiennement. Les environnements professionnels dans lesquels ils évoluent requièrent souvent une maîtrise émotionnelle élevée, qui peut être interprétée à tort comme de la rigidité ou de la froideur, alors qu’il s’agit d’une stratégie de régulation et de maintien du contrôle indispensable pour tenir leur poste.

De plus, dans de nombreux milieux masculins, demander de l’aide est associé à l’incompétence, et toute faiblesse est mal perçue. Les valeurs de stabilité, de responsabilité et de fiabilité y sont centrales. À cela s’ajoute un ancrage culturel fort : le sens du devoir, du sacrifice, et cette règle implicite — “les femmes et les enfants d’abord” — qui structure encore profondément les représentations masculines. Dans ce contexte, conclure que les hommes “ne parlent pas” ou “refusent l’aide” est un contresens : ils sont socialement et professionnellement formés à tenir coûte que coûte.

Il existe ainsi une confusion constante entre régulation émotionnelle et inhibition. Les hommes disposent de modes d’expression différents, adaptés à leurs environnements, mais pas nécessairement déficitaires. Attribuer leurs difficultés à une supposée rigidité émotionnelle masculine conduit à une inversion de responsabilité, où l’homme est implicitement rendu responsable de ce qu’il subit — une forme de culpabilisation indue qui brouille l’analyse clinique.

Dire que les hommes ne consultent pas parce qu’ils seraient “fermés”, “rigides” ou “prisonniers de leur masculinité”, et que c’est pour cette raison qu’ils se suicident davantage, revient à stigmatiser le masculin et à produire une lecture accusatoire des comportements des hommes, sans jamais se poser la question de l'adaptation des parcours de soin à la spécificité masculine ou même de savoir si l'aide psychologique qu'on leur propose est pertinente pour eux.

🟦Les causes non dites - l'angle mort masculin

🔷1. Une psychologie de plus en plus "punitive" et ré-éducative ?

La psychologie peut être perçue par les hommes, non comme un lieu de soin, mais comme un lieu de rééducation. En effet, certains hommes y entrent non par choix, mais sous contrainte — obligations de suivi, injonctions judiciaires, démarches imposées pour “se ré‑adapter”. La multiplication des obligations de suivi psychologiques créent les conditions, d'une psychologie punitive qui peut être vue comme un environnement hostile.

Par ailleurs, pour beaucoup d’hommes, la représentation de l’expérience psychologique n’est pas celle d’un accueil, mais celle d’un examen : il s’agirait de corriger, de réajuster, de “détoxifier” leur manière d’être. Cette perception est renforcée par le fait que les représentations négatives de la masculinité — rigidité, agressivité, manque d’empathie, refus d’aide — se retrouvent parfois condensées dans les articles et discours de la psychologie (revues, magasines,..) ainsi que par les professionnels eux‑mêmes. L’homme ne s'imagine pas être pouvoir accompagné dans sa réalité, mais évalué à l’aune de normes qui ne sont pas les siennes.

Ainsi, lorsque la psychologie se présente comme un dispositif où l’on doit “changer pour être acceptable”, elle cesse d’être un espace thérapeutique. Elle devient un lieu où l’homme se sent jugé, sommé de se conformer, ou invité à renoncer à des dimensions légitimes de son identité. Ce glissement vers une psychologie ré-éducative peut contribuer à renforcer la méfiance masculine envers les soins psychiques et alimente l’idée que la psychologie n’est pas faite pour eux.

🔷2. Une offre de soin, jugée non pertinente par les hommes

Dans la plupart des domaines, lorsqu’un service n’est pas utilisé, on interroge d’abord son adéquation aux besoins de l’usager. Les théories économiques parlent de “rationalité de l’acteur” ainsi on ne choisit pas un produit parce qu’il existe, mais parce qu’il nous correspond. De la même manière, il peut paraître assez logique que les hommes n’adhèrent pas spontanément à des dispositifs psychologiques qui ne tiennent pas compte de la réalité de leurs besoins. 

Ainsi au-delà du rabâchage médiatique qui entretient une culpabilisation implicite de la masculinité, sur le fait que les hommes ne consultent pas, il serait temps de poser la question essentielle : et si l’aide psychologique n’était tout simplement pas adaptée aux hommes, à leurs besoins, à leurs réalités professionnelles et à leurs modes d’expression ?

En effet, les différences de consultation entre hommes et femmes ne prouvent en rien que la masculinité traditionnelle en serait la cause. Elles indiquent simplement que le genre masculin influence les comportements d’accès aux soins. Cela peut signifier que le parcours de soin proposé n’est pas adapté aux hommes ou que l’offre elle‑même ne leur correspond pas, ou — plus probablement — les deux à la fois.

La psychologie, comme toute discipline doit évoluer, s’ajuster, et produire des dispositifs qui ne soient pas implicitement excluants pour les hommes et davantage inclusifs pour les formes légitimes de masculinité. Lorsque l’écoute active est appliquée de façon mécanique, elle se réduit à un protocole vide de présence réelle où le thérapeute reste passif, figé dans une interaction réduite à un automatisme relationnel,  l'homme veut bien s'exprimer, mais face à lui même, visiblement c'est compliqué et il décroche. Et que dire de la psychanalyse, dont les cadres théoriques et les méthodes ont été élaborés dans un contexte culturel très éloigné des réalités masculines contemporaines ?  

La question de l’adaptation des méthodes aux trajectoires, aux contraintes et aux modes de fonctionnement des hommes reste largement ouverte. Il ne s’agit pas de transformer la psychologie en un espace “pour hommes”, mais de reconnaître que les approches actuelles prennent très peu en compte la diversité des expériences masculines.

Avec une profession composée de 80 % à 90% de femmes et une patientèle constituée de 70 à 80 % de patientes, la psychologie, est un environnement dont la sociologie se rapproche davantage de celle des espaces conçus pour les femmes que d’un lieu réellement mixte..

Dans de tels espaces, conçus pour des usages féminin, il est d'ailleurs assez rare de voir des hommes y entrer spontanément — alors pourquoi en irait‑il autrement pour la santé psychique ?  Ceci pourrait expliquer qu’une partie des hommes se retrouve de fait dans un angle mort du soin.

🔷3. La pathologisation de la masculinité - scientifiquement infondée !

Il y a aujourd'hui une forte tendance à pathologiser certains traits "masculins classiques", en les présentant comme des freins au développement psychologique des hommes ou comme des facteurs négatifs pour leur propre santé mentale.

Par ailleurs de nombreux écrits, commentaires, publications, et autres recherches associent également la masculinité traditionnelle à des traits négatifs et nous pourrions principalement citer : la rigidité émotionnelle, l’agressivité, la violence, l’hyper‑indépendance, la rigidité cognitive, la compétitivité excessive et un rapport problématique à l’autorité.

Ces dénigrements sont fréquents cependant, ils sont scientifiquement infondés. Il ne s'agit que d'interprétations idéologiques reposant sur des lectures partielles de données qui ne correspondent ni aux observations cliniques, ni aux résultats constatés en psychologie générale.   

Il s'agit d'études sur le genre, notamment produites par les Gender Studies qui sont idéologiquement chargées comme le soulignent les quelques travaux en sciences sociales qui osent s'aventurer sur le sujet.  Il est ainsi noté que les recherches sur les masculinités (Gender Studies) sont récentes, hétérogènes, méthodologiquement fragiles, et fortement influencées par les référents féministes. ce qui explique pourquoi les conclusions sont souvent polarisées et non fondées sur des données cliniques robustes.

Tous ces travaux, bien que repris parfois dans les grands médias, qui concernent notamment la masculinité doivent être considérés avec la plus grande précaution. Ils proviennent des études de genre, portées par la sociologie féministe qui centre massivement leurs recherches sur les masculinités hégémoniques. Ces travaux sont donc interprétatifs, et ne démontrent pas de causalité clinique. 

Aucune étude clinique robuste ne prouve que la masculinité traditionnelle cause : la dépression, l’anxiété, les troubles de la personnalité, la violence, l’instabilité relationnelle, la rigidité émotionnelle. Ces associations proviennent d’interprétations sociologiques, non de données biomédicales.

🔷3. Pathologisation de la masculinité et impasses thérapeutiques 

Dans la pratique nous pouvons constater que les interprétations psychopathologiques des traits masculins produisent de nombreuses erreurs d’attribution. 

Ainsi, par exemple pour la violence des hommes, encore trop souvent perçue comme une maladie mentale où même considérée comme une pré-disposition de l’Homme, qui serait en quelque sorte innée, cette opinion peut trouver sa validation dans de nombreux indicateurs de statistiques de police justice où les hommes sont sur-représentés notamment dans les violences conjugales 80%, les agressions 85%, ou encore la population carcérale composée à 90% d'hommes.

Cependant, c'est aussi oublier que la société programme certains hommes pour son exercice légitime. Ainsi, la violence et la force explosive, n’est pas un problème en soi : elle le devient lorsqu'elle s'exerce de façon inappropriée, c'est a dire plus précisément dans une situation où elle se déclenche face une menace non correctement évaluée, qui n'est pas légitime ou légale.

Nos travaux sur la colère explosive montrent que cette violence est le plus souvent liée à des histoires d’humiliation, de soumission ou de sacrifices répétés. Les comportements délétères des hommes violents ne sont pas excusables, mais ils doivent être contextualisés pour être compris et prévenus. La violence apparaît fréquemment comme le symptôme d’une boucle de stress, d’irritabilité et de réactivations anciennes, déclenchée par des situations spécifiques et dépourvue de véritables outils de régulation ou de contrôle. 

La compréhension des origines de ces réactions violentes, associée à l’apprentissage de techniques de régulation de l’anxiété et de l’irritabilité, ainsi qu’au repérage des déclencheurs — remarques blessantes, situations sensibles, tensions accumulées — constitue selon nous une approche bien plus pertinente que la simple culpabilisation ou de faire de la violence une pathologie ce qui peut nous faire courir le risque de ne plus avoir d'hommes capables de protéger.

Il est important de s’éloigner de la stigmatisation et de la pathologisation, qui traduisent souvent un manque d’empathie envers la souffrance masculine. La question des hommes et de la violence est ancienne, longtemps nourrie par l’idée d’une agressivité supposée des mâles. Pourtant, même l’éthologie a abandonné ce lieu commun et reconnaît que l’agressivité est toujours une réaction à une situation. Dans une approche thérapeutique, il est donc essentiel de tenir compte aussi du contexte.

Souvent il s'agit dune mauvaise lecture de la posture d’auto‑stabilisation masculine. Les etudes que nous menons , à partir de notre pratique, sur la colère explosive montrent qu'elles sont le plus souvent en lien avec un passé d'humiliation et de soumission. En aucun cas elles ne peuvent être associées à la spécificité du mâle humain, comme on le laisse souvent penser.  Elles ne sont pas excusables , mais il est cependant important de mieux les contextualisé afin de mieux les prévenir et donner aux hommes des outils de régulation.

🔷4. Masculinité = problème !  

🔵1. Des raccourcis simplificateurs sur la masculinité

Trop souvent un lien est établi entre masculinité traditionnelle et mauvaise santé mentale ceci mérite d’être réexaminé avec rigueur. Parmi les traits associés à la masculinité traditionnelle figurent encore récemment l’attrait pour le risque et le besoin d'aventure - Gender an Risk in outdoor adventure. 

Cependant l'attrait masculin pour le risque si il est très souvent mentionné, c'est pour être généralement associé à l’impulsivité, à la dangerosité ou à l’immaturité. Ces lectures archétypales peuvent également trouver une “validation” apparente par exemple dans la surreprésentation masculine dans les accidents de la route et sur la voie publique - 75% concernent en effet les hommes — mais c'est un raccourci simplificateur, car cela ne tient pas compte du fait que les hommes y sont davantage exposés,  en raison de leur sur-représentation statistique à plus 75% dans les métiers qui s'exercent, sur et autour les voies de circulation, les chantiers mobiles, les transports, la livraison ou la route longue distance et .

🔵2. Les attitudes des hommes faussement interprétées

Par ailleurs, nous pouvons constaté que cet attrait des hommes pour le risque qui est ainsi diffusé et largement repris dans l'espace médiatique est rapidement assimilé à "conduites à risques" qui sont des pratiques socialement déviantes et à forte comorbidité comme la consommation de substances, les comportements routiers dangereux, les sports extrêmes ou pratiqués en l'absence de sécurité suffisante, les sexualités non protégées, les violences, automutilations, fugues, jeux dangereux et décrochage social autant de domaines où les hommes sont également en grande difficulté. 

De même, le besoin d’aventure va être associé à l’instabilité relationnelle ou à l’incapacité d’engagement, situant immédiatement les hommes dans le spectre de la pathologie et de l'irresponsabilité .

Pourtant, en psychologie générale, ces mêmes traits du risque et de l'aventure sont associés à une santé mentale positive, que sont la capacité à affronter l’incertitude et l’ouverture vers l’extérieur. Il est en effet généralement considéré que la capacité à s’exposer à des environnements nouveaux, permet la réussite académique ou professionnelle. Les thérapies comportementales et cognitives elles‑mêmes encouragent la sortie des zones de confort, la prise de risque mesurée et l’expérimentation progressive pour développer de nouvelles compétences.

Les données scientifiques disponibles montrent par ailleurs, que les hommes qui s’engagent dans des activités stimulantes, structurées et orientées vers l’action présentent en moyenne une meilleure santé mentale que ceux qui s’enferment dans l’oisiveté, l’inactivité ou l’évitement. La réussite, l’effort, la confrontation progressive à la réalité et la capacité à prendre des risques sont généralement corrélés à un meilleur bien‑être psychique que l’abandon, l’apathie ou le retrait.

Force est de constater que lorsque on parle du genre masculin, il n'est trop souvent retenu que des aspects négatifs souvent classés dans le registre du pathologique ce qui donne une coloration extrêmement symptomatique de la masculinité. 

🔵3. La non prise en compte des spécificités masculines

Ainsi, interpréter la prise de risque ou l’attitude face au danger uniquement comme des marqueurs de dangerosité ou de dysfonctionnement psychique revient à décontextualiser des traits qui, dans de nombreuses réalités socio‑professionnelles, sont indispensables au maintien et à la survie dans les situations complexes  que les hommes occupent massivement.

De même le goût pour l’aventure et exploration parfois interprétés comme étant de l'instabilité ou une incapacité d’engagement – peut être tout autant considéré comme un besoin d’ouverture, de stimulation, et d’adaptation. De même, la pratique de certains sports extrêmes ne sont pas des “déviances masculines”, mais des décompensations possibles liées à des métiers à fortes contraintes, c'est en quelque sorte la manière masculine de 'lâcher prise". Une descente en VTT , serait l'équivalent masculin d'une seance de méditation mindfulness, la sonnerie/buzzer d'un temps mort du match de basket ou de hockey serait aussi relaxante que le son du bol thibétain.

🔵4. La non prise en compte des milieux professionnels dans lesquels les hommes évoluent

Si nous reprenons l’attitude des hommes face au risque — souvent considérée comme une qualité dans de nombreuses professions — elle ne peut être analysée indépendamment du rôle socio‑économique que les hommes occupent dans la société. Ainsi, la réduction à un trouble du comportement des hommes face au risque ou la stigmatisation des hommes aventureux —  présentés comme porteurs d’une “masculinité toxique” —  fait totalement abstraction de la réalité socio-profesionnelle des hommes.

En effet, au‑delà des carrières commerciales ou managériales où la capacité à prendre des risques est explicitement valorisée, il faut rappeler que l’ensemble des cohortes des professions à haut risque est majoritairement occupé par des hommes.

Et pour une grande partie d’entre eux ils sont même socialement et culturellement préparés et programmés à assumer ces fonctions essentielles au fonctionnement collectif : services de secours et d’urgence, armée, marins‑pêcheurs, industrie manufacturière, pétrochimie, aviation, travaux publics, agriculteurs, maintenance critique, etc.

Alors même que ces métiers reposent précisément sur des dispositions particulières que toutes les études en accidentologie et les retours d'expérience sur les incidents critiques mettent en valeur : courage, résilience, prise de décision rapide, tolérance à l’incertitude, confrontation au danger, capacité à agir sous pression, rigueur, sens du devoir ceci n'est jamais préciser, ou ne vient compenser la mauvaise image des hommes véhiculée dans la société.

🔵5. Une vision à charge de la masculinité - déconnectée de la réalité subjective des hommes

Les environnements dans lesquels évoluent les hommes sont, dans leur grande majorité, très différents de ceux des femmes. Ils sont plus durs, plus rugueux, plus compétitifs, plus exposés à l’évaluation permanente — ce qui peut être interprété, de l’extérieur, comme une obsession de performance, des comportements de domination, de comparaison permanente ou une tendance à l'affontement Ces milieux exigent également une affirmation de soi plus marquée, souvent assimilée à tort à de la domination ou à une tendance naturelle à l’affrontement.

Les métiers qu’ils exercent sont plus fréquemment associés à la rigueur, à la rationalité, à la précision, et impliquent moins de communication émotionnelle dans leur pratique quotidienne. Autant de comportements qui, vus depuis un cadre psychologique majoritairement féminin, sont facilement interprétés comme de la rigidité, une pensée binaire ou trop rationnelle, une difficulté d’adaptation ou une incapacité émotionnelle — alors qu’il s’agit le plus souvent de postures apprises, de stratégies de protection et de maintien du cadre.

🔵6. La masculinité est la cause des troubles et un problème majeur de société

ll existe ainsi de nombreuses confusions d’interprétation : la régulation émotionnelle est souvent confondue avec de l’inhibition ; l’affirmation de soi n’est pas de l’agressivité ; l’autonomie ou l’hyper‑indépendance ne sont pas de l’isolement, mais constituent fréquemment un facteur protecteur. De même, la rigueur cognitive ou morale n’est pas un déficit : elle offre une stabilité de repères qui soutient la résilience. La compétitivité, loin d’être un signe de domination, est un moteur d’action, d’apprentissage et de progression. Quant au contrôle, il n’est pas nécessairement “toxique” : le leadership masculin peut être protecteur, structurant et stabilisant — tout comme le leadership féminin, qui connaît les mêmes qualités et les mêmes dérives possibles.

Ainsi formulé, on constate que la psychologie a intégré une description du masculin largement façonnée par un regard extérieur : une représentation féminine des hommes, nourrie par certains courants de la sociologie féministe qui analysent la masculinité à travers le prisme de l’hégémonie, mais rarement du point de vue du sujet lui‑même. Les souffrances, les vulnérabilités, mais aussi les forces et les ressources masculines y sont peu prises en compte.

Cette série de confusions, cette réduction systématique des comportements masculins à des troubles, associée à une lecture clinique alimente une vision à charge, de la masculinité le plus souvent déconnectée des réalités vécues par les hommes, qui tend à présenter la masculinité comme un problème en soi, nuisible à la fois pour les hommes et pour la société. Visant ainsi à prouver que la masculinité est la cause des troubles et de tous les maux de la société 

🔷5. Les préjugés sur la masculinité -  stratégie du faible au fort !

Dans nos sociétés où s’il est vrai que la plupart des personnes aux postes de responsabilité sont encore des hommes, il est important de ne pas se laisser entraîner dans une « stratégie du faible au fort »1 .

La stratégie du fort au faible a été notamment étudiée dans les contextes de guerres asymétriques qui placent la vulnérabilité et la victimisation comme but recherché. Cette stratégie, vise au dénigrement systématique du plus fort afin d’affaiblir moralement et psychologiquement l’adversaire plus puissant en sapant sa légitimité. 

Il s'agit d'exploiter systématiquement toutes ses erreurs et ses faiblesses perçues, notamment en maximisant la diffusion d’informations négatives ou fausses pour ternir l'image de l’adversaire et semer le doute parmi ses alliés et sa population.

Selon cette stratégie il est nécessaire de mettre systématiquement en lumière les échecs de l'adversaire afin de diminuer sa crédibilité et son autorité. Il est ainsi nécessaire de mobiliser l'opinion publique contre l'ennemi, notamment en utilisant les médias pour influencer. La diffusion d'images négatives de l'adversaire, véhiculés massivement comme allant de soi, et ainsi reprises comme des évidences doivent se retrouver dans toutes les strates de la société créant ainsi une pression politique et sociale constante à l'encontre de l'ennemi qui se retrouve acculé et poussé au doute. 

Cette stratégie a notamment été développée durant la guerre du Vietnam. Elle a été depuis reprise par différents groupes de pressions et minorités. Et notamment les mouvements féministes qui ont ainsi une forte tendance d'attribuer à un groupe d’individu - les hommes -  tous les maux et toutes les responsabilités des difficultés dans la société.

En effet, comme dans de nombreuses traditions politiques, la figure de l’ennemi joue un rôle structurant : elle permet de définir un « nous », de tracer des frontières symboliques, de mobiliser un groupe autour d’un objectif commun. L’ennemi n’est pas seulement un adversaire réel ; c’est souvent une construction politique qui sert à organiser le sens, la cohésion et l’action collective.

🔵1. L'exemple de l'émergence d'une psychologie masculine à la BPS ! 

Ainsi, par exemple en 2019, plusieurs psychologues praticiens spécialisés en psychologie masculine ont proposé à la British Psychological Society (BPS) la création officielle d’une branche dédiée. Cette initiative, pourtant limitée à un cercle restreint de professionnels, a immédiatement suscité la formation d’un groupe organisé visant à bloquer cette reconnaissance. Un site intitulé « No to Male Psychology » a été créé pour mener campagne en faveur d’un vote négatif (cf. Robert E. Whitley, La santé mentale au masculin, Éd. Robert Laffont Québec).

La branche Male Psychology Network existe aujourd’hui, mais il demeure frappant qu’une demande interne, technique, et sans véritable enjeu institutionnel majeur ait pu déclencher une réaction aussi immédiate et structurée.

Cet épisode illustre la manière dont ce débat autour du sujet masculin est un sujet hautement politique, avec la désignation d’un ennemi — réel ou symbolique — permettant ainsi de fédérer rapidement un groupe professionnel, de mobiliser des positions et de donner une cohérence à une action collective, "non à la psychologie masculine" dont le but reste à identifier. 

1« Sécurité du fort contre asymétrie du faible » Clément-Noguier Sophia p.89 à 96 https://shs.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2003-3-page-89?lang=fr

🔷6. Les préjugés sur la masculinité - brouillard de guerre du faible au fort !

Cette stratégie initiée par les groupes de pression, créent de très nombreuses distorsions. Ainsi par exemple, en ne considérant systématiquement que le seul nombre de femmes victimes en rapport à un groupe humain qui est celui des hommes, on a tendance à construire un « fossé d’empathie »2 entre les genres. En associant les hommes aux problèmes , les hommes finissent par devenir le problème.  

Par ailleurs, nous assistons à l'introduction massive « d'angles morts », notamment autour de la question des difficultés masculines et plus largement de la souffrance du sujet masculin.

Ainsi, il est essentiel de rappeler que tous les hommes ne sont pas des personnes puissantes, tout comme tous les hommes ne sont pas des agresseurs, qu’il y a aussi beaucoup d’hommes victimes, qui au travail, qui sur la voie publique mais aussi victimes d’autres hommes violents et « agresseurs ».

Sans vouloir inverser les responsabilités à rendre le coupable innocent, et ainsi discréditer la souffrance des personnes agressées, l’analyse du parcours des « hommes agresseurs » nous indique également que cette violence à l’âge adulte à souvent a voir avec une enfance perturbée, et ce constat qui est largement documenté doit également venir compléter et ouvrir la réflexion et la pratique.

2 Ce concept « d’angle mort » à l’égard du genre masculin fait référence à la tendance à négliger ou à ignorer les problèmes , les inégalités et les disparités vécus de manière disproportionnée par les hommes et les garçons, qui peut être alimenté par un fossé d’empathie entre les genres notamment décrit in Seager M., Barry J.A., & Sullivan L., « Challenging male gender blindness whay psychologists should be leading the way » Clinical Psychology forum, 2016, 35-40, 285 pages

🔷7. La psychologie - l'analyse du masculin fondée sur des représentations féminines

Le fait que la psychologie soit exercée à près de 80 % par des femmes n’est pas anodin : il façonne la manière dont le masculin est décrit, interprété et théorisé. Ne connaissant pas de l’intérieur les environnements masculins — leurs codes, leurs contraintes, leurs formes de pression, leurs modes de socialisation — les professionnelles élaborent souvent une représentation du masculin à partir d’observations extérieures. Il en résulte une forme d’anthropologie du masculin vue depuis le féminin, où les comportements des hommes sont interprétés à travers des catégories qui ne sont pas les leurs.

Ce regard extérieur, même lorsqu’il se veut bienveillant, reste partiel : il ne saisit ni les logiques internes du monde masculin, ni les difficultés spécifiques auxquelles les hommes sont confrontés, ni les stratégies d’adaptation qu’ils développent. Il produit alors des descriptions qui reflètent davantage les représentations féminines du masculin que l’expérience vécue des hommes eux‑mêmes.

C’est dans ce contexte que la psychologie, largement féminisée, tend à se penser comme universelle. Elle considère ses catégories comme neutres, alors qu’elles sont en réalité façonnées par un point de vue majoritairement féminin. Dès lors, l’idée même d’une psychologie masculine apparaît comme inutile, voire suspecte, puisqu’elle remettrait en question cette prétention à l’universalité. Pourtant, c’est précisément cette absence de prise en compte du point de vue masculin qui contribue à l’inadéquation des approches actuelles et à la difficulté des hommes à se reconnaître dans les dispositifs de soin.

🔷8. Et si l'offre thérapeutique était finalement excluante des hommes ?

Les hommes sont parfois butés, opiniâtres, taiseux, sont dans l’agir, le faire, veulent maintenir le contrôle, c'est sans doute vrai, cependant comme le souligné le Professeur et psychiatre Louis JEHEL1, une grande majorité des hommes en dépression sévère, dans les six mois avant leur passage à l’acte suicidaire, cherchent de l‘aide, auprès de leur famille, d’amis, d’infirmiers, psychiatres ou psychologues.

La question qui doit alors nous interroger c’est pourquoi, alors que les hommes ont ainsi la volonté de chercher et de trouver des solutions, il n‘y a pour eux, aucune porte qu’ils pourraient pousser afin d’entrer dans un processus de prise en soin thérapeutique et ainsi trouver une issue, une sortie aux situations de blocages.

Se pourrait-il que la porte du cabinet thérapeutique, s’ouvrant sur un espace clos, avec une chaise, un bureau, ne soit finalement que bien peu adaptée à la spécificité masculine ?

Et si les femmes consultent davantage et font ainsi plus souvent appel aux soins thérapeutiques que les hommes, n'est-ce pas en raison du fait, que ces thérapies sont conçues pour elles ? Issus de travaux de recherche en grande partie réalisés autour d’expériences et de problématiques spécifiquement féminines ?  Et sont par ailleurs majoritairement pratiquées par des thérapeutes femmes2. ?

En d'autres termes, nous pourrions nous poser la question de savoir si ce faible taux de consultations des hommes vis à vis de la psychologie — que l’on peut, à bien des égards, considérer comme une anthropologie du féminin — n'était finalement que la conséquence d'une offre de soin essentiellement fondée sur une représentation du masculin construite depuis un point de vue extérieur, façonnée par un imaginaire féminin traversé d'interprétations simplificatrices issues de certains courants sociologiques américains.

Il nous semble que cette hypothèse peut offrir une explication plausible aux réticences masculines à consulter.

1 Louis JEHEL , Professeur de psychiatrie, Université Picardie Jules-Verne & CHU d'Amiens, Directeur des enseignements en Psychotraumatologie Université Paris-Cité, Formateur Prévention du Suicide et des psychotraumatismes. Initiateur du Dispositif CRIZ - Prévention suicide

2 En 2016 sur 55 854 psychologues il y avait 49 305 femmes pour 8549 hommes Cf Les psychologues et la loi ; De la reconnaissance au titre de psychologue , 100 ans de lutte pour l’égalité , article de Claude MESMIN paru en 2020, dans Féminisme en Revue. Au premier janvier 2022 , il y avait 70 790 psychologues exerçant en France, avec un taux de féminisation atteignant plus de 88 % - Référentiel des Métiers - Source Gouvernementale. 

🔷9. La peur du psy ² !

Aujourd’hui encore, pour beaucoup d’hommes, pousser la porte d’un cabinet de psychologie est perçu comme un risque.

Le premier risque est celui d’être immédiatement catégorisé : assigné à une clinique, à une pathologie, ou affublé d’une liste de symptômes tirés du DSM‑5. Cette crainte conduit nombre d’hommes à entrer chez la psychologue avec prudence — souvent d’ailleurs sous l’injonction de leur épouse ou de leur partenaire.

Mais une autre forme de méfiance s’est désormais installée. Les hommes ne redoutent pas tant le travail d’adaptation ou de régulation qu’ils pourraient accomplir, que le risque identitaire : celui d’être évalués par une psychologie déconnectée de leur vécu, interprétant leurs comportements à travers un regard extérieur, parfois réduits à une lecture idéologique des troubles.

Beaucoup ressentent alors ce cadre comme « à charge », sans prise en compte de l’expérience masculine, ni des contraintes sociales et professionnelles qui façonnent leurs attitudes. Ils ont alors l’impression que la faute leur revient, à la fois pour ce qu'ils sont obligés de subir dans l'univers socio-profesionnels, que ce qu'ils sont supposé faire subir aux autres.

Cette impression de stigmatisation et de retournement de responsabilité est particulièrement forte dans les dispositifs de remédiation familiale, où l’homme se retrouve fréquemment placé sur le banc des accusés avant même que sa parole ou son expérience n’aient été entendues. Le rejet est d’autant plus profond lorsque sa masculinité est perçue comme « traditionnelle ».

Et si la psychologie — que l’on peut considérer à bien des égards comme une anthropologie du féminin — ne produisait finalement qu’une représentation du masculin construite depuis un point de vue extérieur, façonnée par un imaginaire désormais fortement influencé par les interprétations simplificatrices issues de certains courants de la sociologie féministe américaine ?

🔷9. l’analogie du Chaperon rouge

Pour beaucoup d’hommes, consulter un psychologue peut parfois ressembler au conte de Perrault. Ils pensent se rendre dans un lieu sûr — la maison de la « grand‑mère », un espace de soin, d’écoute et de compréhension. Mais, une fois en face à face à la psychologue, ainsi assise dans son fauteuil derrière son grand bureau, ils découvrent peu à peu que quelque chose sonne faux : les interprétations proposées ne correspondent pas à leur vécu, les catégories mobilisées semblent étrangères à leur monde, et certaines lectures paraissent déjà écrites avant même qu’ils aient parlé.

Comme dans le conte, le loup a pris la place de la gentille grand‑mère : non pas par malveillance, mais parce que le cadre interprétatif dominant — façonné par des représentations féminines du masculin — se substitue à l’accueil attendu.  L’homme réalise alors, au fil de l’entretien, qu’il n’est pas réellement vu, mais interprété à travers un prisme qui lui est extérieur, parfois même à charge. Ce décalage crée un sentiment de piège symbolique, qui explique en partie la réticence masculine à pousser la porte du cabinet.

Le cabinet de la psychologie évoque très souvent pour les hommes, un espace où désormais l’on avance avec prudence, non par peur du soin, mais par crainte d’être interprété à travers un cadre qui n’est pas le leur. Le loup n’est pas une menace, mais un malentendu incarné.

Le loup de ce nouveau conte inversé, n’est effectivement pas un prédateur, il veut aider, il est bienveillant  mais il est une figure de méprise, un personnage qui trompe, qui se déguise, qui parle avec une voix qui n’est pas la sienne, à son insu même, véhiculant ainsi des préjugés sur la masculinité venus d'ailleurs d'un outre-monde lointain, provenant d'un imaginaire étranger .  

C’est précisément ce que redoutent désormais certains hommes : être accueillis dans un cadre où leur parole est toujours réinterprétée, reformulée, traduite dans un langage qui ne leur appartient pas. Le risque n’est pas thérapeutique ; il est identitaire.

Entrer dans le cabinet de la psychologue, c’est entrer chez la "grand-mère loup". Non pas un loup menaçant, mais un loup symbolique — celui d’un regard de plus en plus extérieur qui interprète et juge depuis un monde qui n’est pas le leur, mais celui d'une matrice théorique construite outre-atlantique par les universités états-uniennes des Gender-Studies 

🟦Les solutions -  Un changement de paradigme 

🔷1. Ne pas vouloir changer la nature des hommes ! 

La motivation des hommes en difficulté qui nous contacte est claire : retrouver rapidement la capacité de se réaliser selon leurs propres choix, atteindre leurs objectifs professionnels, sociaux ou familiaux, et restaurer leur fonctionnement.

Il ne s’agit pas pour eux de renoncer à leurs repères fondamentaux ou de transformer leur mode de vie, ou leurs choix sexuels quelque ils soient, mais de comprendre ce qui, dans leur histoire et dans leurs mécanismes internes, les empêche momentanément d’avancer.

Lorsque le thérapeute interprète les difficultés masculines comme le produit de leurs choix de la vie — en les renvoyant à des normes sociales de masculinité jugées “problématiques” — l'on risque de se heurter à des impasses. Le problème n’est pas de rendre les hommes  “moins traditionnels” ou “plus progressistes”, ni de les pousser vers une acceptation abstraite de nouvelles normes sociales.

La question clinique est tout autre : qu’est‑ce que cette acceptation réveille en eux ? Quelles expériences passées — trahisons, sacrifices, ruptures, injustices — réactivent leurs résistances ? Quelles limites ont‑ils dû poser, ou n’ont‑ils jamais pu poser ? Quels schémas cognitifs douloureux se rejouent dans la situation actuelle ?

Il ne s’agit pas de transformer un agriculteur en urbain progressiste, ni de lui proposer de troquer son tracteur contre une trottinette électrique. Mais dans les deux cas, l’objectif est le même : aider l’homme à retrouver un point d’appui interne, restaurer sa santé mentale, mobiliser ses ressources, et réactiver sa force masculine — particulièrement précieuse dans les moments de vulnérabilité.

La psychologie n'a pas pour fonction première "ré-éduquer" ou de changer l'identité des hommes. Considérer la masculinité traditionnelle comme un problème en soi — voire comme une forme de pathologie ou de toxicité — constitue un contresens. La masculinité, qu’elle soit traditionnelle ou progressiste, relève d’un choix social, culturel et identitaire ; ce n’est pas cela qui est en cause lorsque les hommes demandent de l’aide.

C’est en comprenant sa réalité globale, personnelle et socio‑professionnelle que l’on peut l’aider à trouver de nouveaux ajustements opérants. La déconstruction identitaire est loin d'être la demande majoritaire d'un homme qui entre dans un cabinet de psychologue, si il le souhaite il y a des endroits spécialisés pour cela et parfaitement identifiés. 

🔷2. S'éloigner des préjugés simplistes sur le masculin 

Si l'on s'intéresse à la santé mentale des hommes il s’agirait en pratique de s’éloigner des préjugés simplistes qui tendent à amalgamer tous les hommes qui - intrinsèquement dominants et privilégiés et donc moins dignes d’attention -  sont trop souvent abordés selon une approche négative, fondés sur les manques, les déficits et le « blâme de la victime » comme disent les canadiens, qui vise à faire systématiquement porter la faute sur leur nature d’homme qu’il serait alors nécessaire de modifier ou de changer.

Ainsi, de nombreuses données issues des approches en psychologie générale sont trop souvent ignorées ou parfois réinterprétées de manière négative lorsqu’elles concernent la masculinité.

Ces raccourcis présentés souvent hors contexte, et largement diffusés tout à la fois, dans l’espace médiatique que professionnel contribuent à une perception biaisée, où la masculinité traditionnelle est systématiquement  rabaissée, jusqu’à devenir une catégorie suspecte, voire une injure.

Cette manière parfois caricaturale d’accueillir les hommes qui franchissent la porte d’un cabinet de psychologie est dommageable , car cet accueil doit rester clinique, factuel, non polémique, et s’intègrer parfaitement dans le cadre global de la santé masculine, et pour cela, avant de catégoriser, ou d'essentialiser il est nécessaire de ne pas oublier la fonction sociale de différents traits masculins.

Ainsi, il s'agit replacer la prise de risque dans son contexte socio‑économique, et de ne pas oublier que les hommes occupent massivement les métiers dangereux, ce qui rend absurde l’idée de pathologiser leur rapport au risque.

De même, on affirme souvent que « les hommes se taisent » ou « ne consultent pas parce qu’ils ne sont pas assez ouverts ». Pourtant, dans la majorité des métiers qu’ils exercent, les hommes sont socialisés à la retenue : ils évoluent dans des environnements où la parole est rare, où l’expression émotionnelle est limitée, et où la rigueur, la précision et la rationalité priment sur la communication. Ils sont par ailleurs très peu représentés dans les métiers du social, de l’écoute ou du soin, ce qui contribue à renforcer l’idée d’un silence masculin alors qu’il s’agit d’une adaptation professionnelle.

🔷3. Rompre avec les boucles d'inversion récursives  

Il faut donc sortir des boucles d'interprétaions récursives qui dominent encore trop souvent les discours sur les masculinités : les hommes se suicident parce qu’ils ne consultent pas  →  ils ne consultent pas parce qu’ils sont taiseux    →     ils sont taiseux parce qu’ils sont enfermés dans des masculinités dépassées  →   donc ils doivent changer    →    et s’ils résistent, c’est la preuve que leur masculinité est le problème et que nous devons les aider à progresser.

Cette logique circulaire transforme les hommes en responsables de ce qu’ils subissent et empêche toute compréhension réelle de leurs trajectoires.

Il est pourtant essentiel de rappeler que les hommes ont des modes d’expression différents , qui ne sont pas forcément déficitaires. Cependant de nombreuses confusions d’interprétation persistent : la régulation émotionnelle est prise pour de l’inhibition ; l’affirmation de soi pour de l’agressivité ; la dominance — souvent liée à des environnements professionnels exigeants — pour une volonté de domination personnelle.

La violence, quant à elle, est fréquemment interprétée comme une pathologie en soi. Or, dans de nombreux cas, elle relève d’une posture d’auto‑stabilisation lorsque les mécanismes de régulation sont débordés. Elle renvoie alors à des schémas anciens, à des blessures non intégrées, à des stratégies de survie devenues inadaptées. Ces comportements ne sont évidemment pas excusables, mais ils doivent être contextualisés pour être compris, prévenus et accompagnés. Les réduire à une essence masculine, à une biologie ou à une culpabilité morale produit des impasses thérapeutiques.

Ainsi, comprendre ces dynamiques de la violence, c'est aussi analyser les situations et les déclencheurs spécifiques, cette analyse des incidents permet d’offrir aux hommes de véritables outils de régulation, adaptés à leur fonctionnement, à leurs environnements et à leurs contraintes — plutôt que de les enfermer dans des catégories pathologisantes ou moralisantes.

Ces récits circulaires, tranchés qui accusent sans comprendre ne font que produire des explications qui tournent en rond ,  qui deviennent des auto‑justifications pour finir par créer de véritables boucles d’inversion,  des pièges interprétatifs qui enferment les hommes et retournent la responsabilité, il est selon important de déconstruire ces récits 

🔷4. La masculinité une alliée pour les hommes - La force avec eux ! 

Il ne s'agit pas de virilisme ou de masculinisme,  mais il est important de souligner que la présence de traits masculins structurants, renforce généralement la bonne santé mentale. La prise de risque raisonnable et le gout de l'aventure, la réussite et le succès sont toujours statistiquement associés à une sante mentale positive.

Ainsi, la force masculine doit être vue comme un allié pour les hommes et non pas systématiquement condamnée. Les hommes qui renonceraient à la prise de risque, à l’aventure, au succès, à s’exposer aux autres, à prendre la parole, au leadership, à l’entreprise, à avoir ce rôle de pourvoyeur et de protecteur courent un risque important de se retrouver dans de graves difficultés.

Il est important de rappeler que pour les hommes certains facteurs socio-culturels sont déterminants, un emploi, une certaine aisance et solvabilité, une famille, des camarades ainsi il n'est pas rare de constater que  toute l’énergie des hommes est souvent consacrée à ces objectifs précis.

Faut il ensuite leur dire que c'est de leur faute si cela n'a pas fonctionné ? Qu'ils ont été négligents ou excessifs alors qu'ils ont consacré toute leur énergie à essayer d'assurer l'essentiel ?  

Aujourd’hui, les environnements changent rapidement, d’importantes transformations sont en cours, technologiques, sociales, professionnelles, éducationnelles, mais aussi dans la relation entre les genres, les objectifs sont désormais bouleversés et les hommes ont parfois du mal à suivre, sont comme décalés et pour beaucoup cela peut induire une culpabilité.

Cependant dans l’incertitude, le danger, le chaos, depuis plus d’un million d’années les valeurs masculines ont su faire face et répondre aux défis et préserver l’espèce. Dès lors, faire appel aux valeurs masculines n‘est  pas illégitime. L'homme a certes des faiblesses mais aussi des forces, sur lesquelles les thérapies doivent s’appuyer.

Ainsi, pour celles et ceux qui condamnent les masculinités dites « traditionnelles », souvent jugées régressives ou d’un autre âge, il est utile de rappeler que lorsqu’un capitaine abandonne son navire alors que des passagers sont encore à bord, il est encore aujourd’hui lourdement sanctionné.

Cette règle — ne jamais quitter un navire tant qu’il reste des vies à protéger — ne relève pas d’un imaginaire romantique, mais d’une obligation juridique et morale.

Cette injonction qui impose au capitaine de tenir, de rester debout alors que tout autour n’est que chaos, panique et débandade, ne structure pas seulement le code maritime : elle traverse profondément les masculinités. Elle façonne un sens du devoir et de la protection qui demeure dominant chez beaucoup d’hommes.

🔷5. Mettre à jour et travailler sur les doubles contraintes

Cette règle — ne jamais quitter un navire tant qu’il reste des vies à protéger — ne relève pas d’un imaginaire romantique, mais d’une obligation juridique et morale.

Cette injonction qui impose au capitaine de tenir, de rester debout alors que tout autour n’est que chaos, panique et débandade, ne structure pas seulement le code maritime : elle traverse profondément les masculinités. Elle façonne un sens du devoir et de la protection qui demeure dominant chez beaucoup d’hommes.

Ce cadre culturel, intergénérationnel, souvent invisible, inscrit dans les corps et les trajectoires, ce sens du sacrifice qui demeure puissant, et que l’on oublie trop vite lorsqu’on juge les masculinités comme dépassées. Explique en partie pourquoi certaines formes de masculinité sont vécues comme des charges lourdes plutôt que comme des privilèges, et pourquoi les hommes se sentent parfois sommés d’assumer jusqu’à l’épuisement.

Il est essentiel de mettre en lumière les doubles contraintes dans lesquelles les hommes sont pris : deux faces d’une même pièce, indissociables. D’un côté, on critique les masculinités dites « traditionnelles » pour leur rigidité, leur sens du devoir ou leur retenue émotionnelle ; de l’autre, on continue d’exiger d’eux qu’ils tiennent, qu’ils assument, qu’ils protègent — comme le capitaine qui, encore aujourd’hui, serait lourdement condamné s’il abandonnait son navire avec des passagers à bord.

Ces deux logiques coexistent, se renforcent tout en se contredisant sous forme d'injonctions paradoxales. Et à force de vouloir faire s’écrouler l’une — celle du devoir, de la responsabilité, du maintien coûte que coûte — nous risquons de faire s’effondrer l’autre : celle qui garantit que quelqu’un reste debout lorsque tout vacille. Nous passerions alors de l’imaginaire « les femmes et les enfants d’abord » à un tout autre principe, beaucoup plus inquiétant celui du « après moi le déluge ».

🔷6. Comprendre les hommes exige de repenser la discipline !

La discipline doit aujourd’hui s’interroger en profondeur. Plusieurs auteurs l’ont déjà montré. Élisabeth Badinter, dans XY, De l’identité masculine, a mis en évidence que la psychologie et la psychanalyse se sont construites sur un modèle féminin du psychisme, où le masculin apparaît souvent comme un « manque » ou un « problème ». Elle a montré comment les sciences humaines ont produit une vision du masculin vue de l’extérieur, fréquemment réductrice.

Plus récemment, Naomi Wolf — dans une perspective critique du féminisme — a analysé la manière dont certains courants féministes américains ont élaboré des récits simplificateurs sur les hommes et la masculinité. Ces récits, une fois importés dans les sciences humaines occidentales, ont contribué à des impasses théoriques et cliniques.

Bien avant elles, Margaret Mead avait déjà démontré que les représentations du masculin et du féminin sont culturellement construites. Son travail soutient indirectement l’idée que la psychologie occidentale a pu projeter un imaginaire féminin sur le masculin, en interprétant celui‑ci à travers des catégories qui ne proviennent pas de son expérience propre.

À cela s’ajoute une réalité rarement discutée : la forte féminisation de la profession. Atteindre des niveaux de 88 à 90 % de femmes en psychologie clinique revient, de fait, à faire de la discipline un espace non mixte. Dire « je vais chez la psychologue » n’est pas qu’une tournure de langage : c’est la description fidèle d’un champ professionnel presque exclusivement féminin.

Or, comme cela a été fait, pour ouvrir aux femmes les filières historiquement masculines dans les différents domaines des sciences dures, il serait sans doute nécessaire de développer des programmes favorisant l’accès des hommes à la psychologie. Sans cela, les distorsions déjà présentes dans la construction du cadre théorique de la discipline risquent encore de s’accentuer.

Ces distorsions sont aujourd’hui largement documentées : de plus en plus d’auteurs n’hésitent plus à considérer que la psychologie fonctionne comme une anthropologie du féminin, désormais fortement imprégnée des conceptions issues des Gender Studies. Ce phénomène d'influence pousse désormais la discipline à ne plus pouvoir produire qu’une représentation du masculin construite depuis un point de vue extérieur, façonnée par un imaginaire féminin et par des interprétations simplificatrices venues de certains courants de la sociologie féministe américaine.

Cette situation pose une question essentielle : comment comprendre les hommes si le cadre théorique qui les analyse ne provient d’un outre‑monde conceptuel qui parle à leur place ?

🟦Conclusion

Il existe aujourd’hui une nécessité claire : développer une offre thérapeutique spécifiquement pensée pour les hommes, afin de réconcilier les hommes et la psychologie. Une approche fondée sur leurs forces, leurs valeurs, leurs modes d’expression — et non sur le déni ou la disqualification de celles‑ci.

Cela implique d’adopter une vision positive de la santé mentale des hommes et des garçons, centrée sur leurs ressources plutôt que sur leurs déficits. Trop souvent, les approches actuelles reposent sur la stigmatisation, la pathologisation ou l’idée d’une auto‑responsabilité fautive. Elles enferment les hommes dans des boucles explicatives fermées, où leurs difficultés sont attribuées à leur nature d’homme plutôt qu’au réseau complexe de causalités dans lequel ils évoluent.

Il est tout aussi nécessaire de s’éloigner des dichotomies simplistes qui amalgament les hommes en un bloc homogène, les présentant comme intrinsèquement violents, impulsifs, dangereux ou privilégiés. Ces représentations empêchent toute compréhension fine des trajectoires masculines et des paradoxes dans lesquels ils sont pris.

Une véritable évolution suppose donc de construire une offre thérapeutique adaptée : des protocoles qui tiennent compte de l’expérience masculine, des injonctions paradoxales auxquelles les hommes sont confrontés, et des formes particulières de régulation émotionnelle qu’ils mobilisent. Il s’agit aussi de développer des méthodes et des guides favorisant leur engagement dans le soin, leur accès au traitement et leur rétablissement.

Dans notre pratique, au Centre de ressources en psychologie pour hommes et pères, nous accueillons l’homme comme un combattant revenu du front — non pas un héros glorifié, mais un survivant d’une lutte quotidienne menée pour tenir, avancer, protéger, malgré les coups et les blessures. L’image du vétéran s’impose : un homme marqué, rafistolé, porteur de cicatrices visibles et invisibles. Un moteur qui cale, fume, parfois encore jeune, parfois déjà usé, et qu’il faut « bricoler » avec patience, précision et ingéniosité pour qu’il reprenne la route et poursuive son voyage.

Dans cette perspective, nous nous plaçons dans la continuité historique des techniques de désensibilisation traumatique — historiquement réservées aux militaires, aux forces de police ou de secours — et initiées pour les hommes de retour du Vietnam . Le temps à passé, l'époque n 'est plus la même mais nous accueillons les hommes selon les mêmes protocoles et le même respect afin de leur offrir des représentations positives .

Ainsi, en nous éloignant du cadre psychologique classique nous proposons une entrée en soin immédiate, structurée, rationnelle, centrée sur l’action plutôt que sur le discours introspectif.

Et notre efficacité tient aussi à l’intégration de principes issus des sciences du mouvement, particulièrement adaptés aux modes d’engagement masculins.

Mais une certitude demeure : ce travail d’interrogation de la discipline nous dépasse.

Il ne nous appartient pas de réformer la psychologie dans son ensemble. Ce qui émerge aujourd’hui — et qui s’amplifiera dans les années à venir — c’est une psychologie masculine qui se déploiera hors du cadre théorique traditionnel, parce que ce cadre ne suffit plus à comprendre les hommes tels qu’ils vivent, agissent et souffrent et que ce cadre théorique n'a jamais été conçu pour eux.

Ce mouvement commencé dans les années 2020, ne fera que croître et s'accélérer, et il appartient désormais à la discipline de décider si elle souhaite l’accompagner — ou le regarder se construire sans elle.

Le cadre institutionnel, peut s'opposer, résister, les mouvements radicaux peuvent se mobiliser, mais c'est un combat d'arrière garde, la psychologie masculine s'émancipera de la psychologie, qui restera féminine et comme les gender studies, s'occupera de tous les autres genres sauf du masculin  !

Dr Grijalvo