Considérer le TDAH en terme de déficit et de handicap n’est pas toujours la perspective la plus utile. Il peut être plus pertinent de le comprendre comme un fonctionnement particulier du cerveau, avec ses forces, ses fragilités et ses exigences spécifiques.
Fonctionnement cérébral particulier qui influence plusieurs dimensions essentielles : l’attention, l’inhibition, la régulation émotionnelle, l’organisation, la motivation et la gestion du temps.
🔵 Relecture du TDAH comme fonctionnement particulier du cerveau
Plutôt que de considérer le TDAH comme un handicap marqué par un ensemble de déficits, il est souvent plus utile de le comprendre comme un mode de fonctionnement neurocognitif spécifique, avec ses forces, ses limites et ses besoins particuliers. Chaque dimension classiquement décrite comme un “symptôme” peut être réinterprétée comme une caractéristique du cerveau, qui demande une stratégie adaptée pour fonctionner au mieux.
Au sein de notre Centre de Ressources Psychologiques pour Hommes, nous avons développé une série de relectures innovantes des dimensions souvent vécues comme invalidantes dans le TDAH. Ces relectures constituent le socle de notre programme d’accompagnement « Sortir du TDAH », un parcours conçu pour transformer ces difficultés en axes de progression concrets. En voici quelques exemples.
🔹 1. Attention fluctuante → un cerveau sensible à la stimulation
Caractéristique : Le "cerveau TDAH" n’a pas un déficit d’attention, mais une attention instable, très dépendante du niveau de stimulation, de nouveauté ou d’intérêt.
Conséquence : Difficulté à maintenir l’attention sur des tâches monotones, mais capacité à hyper‑focaliser sur des activités stimulantes.
Stratégie associée :
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fractionner les tâches,
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augmenter la stimulation (variété, rythme, environnement),
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utiliser des déclencheurs externes (timers, signaux, routines).
🔹 2. Impulsivité → un cerveau rapide, orienté action
Caractéristique : Le "cerveau TDAH" traite vite, réagit vite, agit vite. Ainsi, quand il est intéressé, il mobilise plus rapidement l’action mais il anticipe moins.
Conséquence : Décisions rapides, parfois précipitées, difficulté à “mettre une pause”.
Stratégie associée :
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techniques de ralentissement,
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micro‑pauses obligatoires,
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scripts d’action (checklist avant décision).
🔹 3. Désorganisation → un cerveau qui peine à structurer le temps
Caractéristique : Le "cerveau TDAH" a une perception du temps différente : le temps est vécu en “maintenant” et “pas maintenant”.
Conséquence : Difficulté à planifier, à prioriser, à anticiper.
Stratégie associée :
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externaliser l’organisation (agenda unique, planning visuel),
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routines fixes,
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découpage des tâches en étapes visibles.
🔹 4. Motivation irrégulière → un cerveau dopé à l’intérêt
Caractéristique : Pour "le cerveau TDAH" la motivation n’est pas liée à la volonté, mais au niveau d’intérêt ou de stimulation interne.
Conséquence : Difficulté à commencer une tâche “ennuyeuse”, même si elle est importante.
Stratégie associée :
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activation comportementale,
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micro‑objectifs,
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récompenses immédiates,
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environnement stimulant.
🔹 5. Régulation émotionnelle fragile → un cerveau hypersensible
Caractéristique : Pour le "cerveau TDAH" les émotions montent vite, descendent vite, et prennent beaucoup de place.
Conséquence : Réactions fortes, irritabilité, difficulté à revenir au calme.
Stratégie associée :
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techniques de régulation émotionnelle,
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repérage des déclencheurs,
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stratégies de pause,
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restructuration cognitive.
🔹 6. Gestion du temps difficile → un cerveau qui vit dans l’immédiat
Caractéristique : Le "cerveau TDAH" a du mal à se projeter dans le futur ou à mesurer la durée.
Conséquence : Retards, procrastination, mauvaise estimation du temps nécessaire.
Stratégie associée :
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timers,
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blocs de temps,
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routines fixes,
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rappels externes.
🔹 7. Charge mentale élevée → un cerveau saturé d’informations
Caractéristique : Pensées rapides, multiples, simultanées.
Conséquence : Difficulté à trier, à hiérarchiser, à se concentrer sur une seule chose.
Stratégie associée :
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externalisation (notes, listes, outils numériques),
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simplification des environnements,
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rituels de décharge mentale.
🔵 Synthèse : un fonctionnement particulier qui demande un mode d’emploi particulier
Le TDAH n’est pas un défaut du cerveau, mais un mode de fonctionnement spécifique. Comme tout fonctionnement particulier, il nécessite :
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des stratégies adaptées,
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un environnement structuré,
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des routines stables,
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un accompagnement actif pour apprendre à l’utiliser efficacement.
C’est exactement ce que permet un programme structuré ou un coaching spécialisé : apprendre à utiliser son cerveau tel qu’il fonctionne réellement, plutôt que de lutter contre lui.
Pour vivre pleinement avec ce mode de fonctionnement, la personne doit apprendre à adapter son environnement, ses stratégies et ses habitudes de vie. Non pas pour “corriger” quelque chose de défaillant, mais pour apprendre à utiliser son cerveau tel qu’il est, avec ses besoins particuliers.
Cette adaptation ne s’improvise pas : elle demande une compréhension claire de son propre fonctionnement, l’acquisition d’outils concrets et la mise en place de routines adaptées. C’est ce processus d’apprentissage — progressif, guidé et structuré — qui permet de réduire les difficultés, d’augmenter l’efficacité quotidienne et de retrouver un sentiment de maîtrise.
Dr Grijalvo