Le TDAH est devenu l’un des diagnostics les plus utilisés en psychologie et en psychiatrie. Pourtant, derrière cette étiquette se cachent des réalités très différentes : des profils cognitifs variés, des modes d’attention spécifiques, des stratégies d’adaptation parfois efficaces, parfois coûteuses.
L’enjeu n’est pas de nier l’existence des difficultés. L’enjeu est de sortir d’une lecture pathologisante pour revenir à ce qui compte réellement : comprendre comment la personne fonctionne, identifier ce qui l’aide ou l’entrave, proposer des solutions concrètes, adaptées à son environnement.
TDAH : Une lecture fonctionnelle plutôt qu’un diagnostic figé
L’enjeu n’est pas de nier l’existence des difficultés. L’enjeu est de sortir d’une lecture pathologisante pour revenir à ce qui compte réellement :
- Comprendre comment la personne fonctionne,
- Identifier ce qui l’aide ou l’entrave,
- Proposer des solutions concrètes, adaptées à son environnement.
1. Le TDAH n’est pas un déficit : c’est une dynamique attentionnelle particulière
Le terme “déficit” induit une vision erronée. Les personnes dites TDAH ne manquent pas d’attention : elles ont une attention sélective, contextuelle, sensible à la stimulation, et souvent hyper‑performante dans les environnements qui les mobilisent.
Ce que montrent les observations cliniques et neuropsychologiques :
-
une attention très efficace en contexte stimulant
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une difficulté à maintenir l’effort dans les tâches monotones
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une sensibilité accrue aux signaux internes et externes
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une capacité d’hyperfocalisation sur les sujets d’intérêt
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une pensée associative rapide, parfois débordante
Ce n’est pas un trouble : c’est un style cognitif.
2. L’impulsivité n’est pas un symptôme : c’est une stratégie d’action
L’impulsivité est souvent décrite comme un problème. En réalité, elle est souvent une réponse adaptative :
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agir vite pour éviter la surcharge interne
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passer à l’action pour réguler l’anxiété
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couper court à la rumination
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maintenir le mouvement pour éviter la stagnation cognitive
Chez beaucoup d’adultes, cette impulsivité devient une force dans les environnements dynamiques, décisionnels, créatifs ou opérationnels.
3. L’hyperactivité n’est pas toujours visible : elle peut être interne
Chez les adultes, l’hyperactivité est souvent interne :
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agitation mentale
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flux d’idées continu
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difficulté à “éteindre” le cerveau
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besoin de mouvement pour réguler la tension interne
Ce phénomène est souvent confondu avec de l’anxiété, alors qu’il s’agit d’un mode de fonctionnement neurocognitif.
4. Le TDAH est fortement dépendant du contexte
Les difficultés apparaissent surtout dans les environnements :
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monotones
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peu stimulants
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très structurés
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riches en contraintes administratives
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pauvres en feedback immédiat
À l’inverse, les mêmes personnes peuvent exceller dans des environnements :
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rapides
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créatifs
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interactifs
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orientés action
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riches en nouveauté
Le problème n’est pas la personne. Le problème est souvent le contexte.
5. Les modèles diagnostiques actuels sont limités
Le DSM et les classifications administratives reposent sur :
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des listes de symptômes
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des observations subjectives
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des critères comportementaux
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des seuils arbitraires
Ils ne décrivent ni les mécanismes, ni les forces, ni les conditions d’expression du fonctionnement attentionnel.
Cette approche crée un risque : réduire des profils complexes à une étiquette simplifiée.
6. Une lecture fonctionnelle est plus utile que le diagnostic
Une approche moderne du TDAH doit répondre à trois questions simples :
1. Comment fonctionne l’attention de cette personne ?
(rythme, sensibilité, conditions optimales)
2. Quelles sont ses stratégies d’adaptation ?
(action, évitement, mouvement, hyperfocalisation)
3. Qu’est‑ce qui l’aide ou la surcharge dans son environnement ?
(structure, stimulation, interactions, contraintes)
Cette lecture permet de passer de : “Vous avez un trouble” à “Voici comment vous fonctionnez, et comment optimiser ce fonctionnement”.
Conclusion : le TDAH n’est pas une identité, c’est un mode de fonctionnement
Le TDAH n’est pas une fatalité, ni une étiquette figée. C’est un profil attentionnel, avec ses forces, ses vulnérabilités et ses conditions d’expression.
Une approche clinique moderne doit :
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sortir de la pathologisation
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revenir à l’observable
-
comprendre les mécanismes
-
proposer des solutions concrètes
-
adapter l’environnement plutôt que blâmer la personne
Le rôle du clinicien n’est pas de coller une étiquette.
Le rôle du clinicien est d’aider la personne à mieux utiliser son fonctionnement.
Dr Grijalvo