A la lumière des recherches récentes consacrées au système entérique — souvent qualifié de « cerveau intestinal » — nous avons montré dans un précédent article " Trois cerveaux Vraiment ?" que la définition du cerveau ne peut plus se limiter à une approche anatomique exclusivement centrée sur la présence d'une masse cérébrale intra-crânienne.
Cette perspective nous a conduits à tenter de préciser ce qu’est un cerveau, et ce qui n’en relève pas.
Cette analyse nous a notamment permis d’identifier trois critères indispensables pour qu’un système puisse être qualifié de cerveau,
il doit posséder une capacité élargie : d'Autonomie - de Décision et de Conscience (c’est‑à‑dire participation au Moi).
Par ailleurs, un système qui ne présenterait que deux critères tels que — autonomie et capacité décisionnelle — devait alors être considéré comme un "centre de décision". Nous avons ainsi pu distinguer la notion de "cerveau" de celle de "centre de décision".
Dans cet article nous poursuivons notre réflexion en tentant d'imaginer quels impacts, ces outils conceptuels, peuvent avoir dans nos approches théoriques et pratiques en tant que psychologues.
Nous aborderons notamment des notions fondamentales comme celles de "cognition incarnée" , "d'intelligence distribuée" ou de "conscience distribuée".
🟦 Introduction : Pourquoi repenser ce qu'est un cerveau ?
À mesure que les neurosciences progressent, leurs résultats se diffusent bien au‑delà de la seule psychologie cognitive ou de la neuropsychologie.
Elles irriguent désormais des champs disciplinaires variés — de la neurogastroentérologie à la neuroendocrinologie en passant par la psychoneuroimmunologie — chacun apportant un élément supplémentaire à la compréhension du fonctionnement humain.
Cette expansion est rendue possible par l’usage d’outils et de méthodes d’investigation de plus en plus spécifiques et puissants :
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neuroimagerie fonctionnelle (IRMf, TEP, EEG haute densité),
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cartographie connectomique,
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enregistrements électrophysiologiques,
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analyses du microbiote et de ses interactions neuro‑immunes,
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modélisation computationnelle,
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approches multi‑omiques (génomique, protéomique, métabolomique),
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neurogastroentérologie clinique (manométrie, tests de motricité, biopsies fonctionnelles).
Ces outils permettent d’observer des phénomènes autrefois invisibles : communications bidirectionnelles entre cerveau et intestin, influence du système immunitaire sur les émotions, rôle du microbiote dans la prise de décision, ou encore plasticité des réseaux neuronaux au‑delà du cortex- néo-cortex.
Ainsi, en nous éloignant d’une vision strictement anatomique du cerveau limité à la "boîte crânienne" et à la masse cérébrale, les neurosciences contemporaines en identifiant l’existence "d'autres cerveaux" et centres de décision répartis dans tout le corps nous invitent à repenser ce qu’est un cerveau et ce qui ne l'est pas — mais également et plus largement réinterrogent les concepts de conscience.
🟦 Le cerveau comme composant d'une intelligence corporelle distribuée
🔷1. Le mythe du cerveau isolé et du "pur esprit"
Nous avons longtemps imaginé le cerveau comme un organe autosuffisant, capable de penser, décider et ressentir indépendamment du corps. Cette vision vient de plusieurs héritages :
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le dualisme cartésien, qui sépare l’esprit et le corps ;
-
la tradition rationaliste, qui valorise la pensée pure ;
-
la métaphore informatique, qui réduit le cerveau à un processeur et à un centre de décision
-
la culture populaire, qui fantasme un cerveau flottant dans un bocal, capable de fonctionner seul.
Dans cette perspective, le cerveau serait un « pur esprit », un centre de contrôle abstrait, détaché de la chair, des organes, des hormones, du système immunitaire.
Cette fiction d’un esprit détaché de la chair — d’un cerveau qui pourrait exister sans corps — n’est pas seulement scientifiquement fausse : elle est devenue culturellement dangereuse.
En effet, cette fiction métaphysique "du cerveau isolé" continue d'alimenter des imaginaires où le corps est perçu comme un obstacle, une enveloppe périssable, un résidu biologique dont il faudrait s’affranchir.
Dans certains milieux technologiques, notamment dans la Silicon Valley, se développe ainsi une vision de la chair comme « périphérique », secondaire, presque honteuse : un support qui vieillit, s’abîme, pourrit, et qu’il faudrait dépasser grâce à la technologie, l’augmentation ou la virtualisation.
Cette dévalorisation du corps dans l'imaginaire techno-scientifqiue s’accompagne également d’un retour de pratiques populaires qui tentent de l’abîmer : transformations corporelles extrêmes, rites de marquage, expérimentations identitaires où le corps devient alors un terrain de négociation, parfois de violence.
Dans ces visions, le corps n’est plus un partenaire de la pensée, mais un fardeau à corriger, à discipliner ou à dépasser.
🔷2. Corps et cerveau : une seule intelligence
Les neurosciences contemporaines montrent exactement l’inverse de la négation du corps c'est à dire que le cerveau :
-
ne peut pas fonctionner sans le corps,
-
n’existe pas en dehors de ses boucles corporelles,
-
n’est pas autonome,
-
n’est pas autosuffisant,
-
n’est pas un pur esprit.
Le cerveau n’est pas un organe isolé, souverain, trônant au sommet comme un chef d’orchestre. C’est un organe profondément relationnel, entièrement dépendant des signaux qui lui parviennent du reste du corps.
Il reçoit en permanence des informations viscérales, hormonales, immunitaires, métaboliques et sensorielles, issues de multiples systèmes — entérique, immunitaire, endocrinien, cardio‑respiratoire — avec lesquels il forme des boucles d’échanges complexes.
Ces signaux ne sont pas accessoires : ils modulent l’humeur, orientent l’attention, influencent les décisions, colorent les émotions et participent à la construction du Moi.
Le cerveau ne “commande” pas le corps ; il dialogue avec lui.
Il ajuste ses réponses en fonction de l’état interne, des variations hormonales, des messages immunitaires, des rythmes viscéraux, des tensions musculaires, des signaux du microbiote. Sans ces flux continus, il ne pourrait ni percevoir, ni décider, ni ressentir, ni même maintenir une conscience stable.
Autrement dit, le cerveau ne pense pas sur le corps : il pense avec le corps. Il n’est pas un centre de contrôle autonome, mais un nœud dans un réseau vivant où chaque système contribue à la cognition.
Le corps n’est pas un simple support biologique : il est une partie active de la pensée, un partenaire indispensable dans la production de l’expérience subjective. La pensée irrigue tout le corps, ainsi nous pensons bien au delà de la tête mais avec tout le corps ainsi le "moi" n'est pas que dans la tête.
Donnant ainsi un nouvel éclairage aux concepts bien connus de "l'extended mind", qui défend une vision extensive des processus mentaux, car en effet, la frontière entre [ dans la tête ] et [ (hors de la tête) et (dans le corps)] est extrêmement poreuse , ce qui compte, est avant tout la fonction cognitive, et non l’emplacement.
🔷3. Corps-Cerveau une cognition incarnée
Les avancées des neurosciences — qui décrivent toutes un cerveau relationnel, incarné, profondément interdépendant des autres systèmes du corps — entrent en contradiction directe avec certains discours techno‑scientistes qui, paradoxalement, se réclament des sciences cognitives.
Alors que les neurosciences montrent un cerveau traversé par des signaux provenant d'autres centres de décisions répartis dans le corps, ces courants techno-scientifiques continuent de défendre une vision désincarnée de l’esprit : un cerveau autonome, abstrait, se voulant à terme détaché de la chair.
Cette opposition est fondamentale et peut être à l'orgine d'un mépris pour la chair et d'une certaine forme de nihilisme.
Ainsi d’un côté, la recherche contemporaine révèle une cognition incarnée, enracinée dans les rythmes du corps, dans les boucles neuro‑immuno‑entériques, dans les états internes qui façonnent nos émotions, nos décisions et notre identité.
De l’autre, certains techno‑scientistes perpétuent l’idée d’un esprit pur, optimisable, transférable, comme si la pensée pouvait être extraite du vivant et fonctionner indépendamment de la matière organique qui la rend possible.
Cette tension n’est pas seulement théorique : elle engage notre rapport au corps, à la vulnérabilité, à la finitude et à l’identité. Là où les neurosciences montrent que le cerveau n’existe qu’en relation avec le corps, certains discours technologiques continuent de rêver d’un esprit sans chair — une fiction qui nie la réalité biologique de l’humain.
En effet, il n’y a pas de pensée sans corps. Il n’y a pas d’émotion sans viscéralité. Il n’y a pas de décision sans signaux internes. Il n’y a pas de Moi sans incarnation.
Le corps n’est pas un simple support biologique : il est la condition même de notre vie psychique. C’est en lui que naissent les émotions, que se régulent les états internes, que se construisent les équilibres affectifs.
En conséquence, le corps est le premier lieu de la santé mentale — non pas un décor autour du cerveau, mais son partenaire indispensable, son milieu, son ancrage et parfois même son origine.
🔷4. Une cognition distribuée
Les neurosciences nous ont appris que le corps humain ne pense pas uniquement avec son cortex. Il fonctionne comme un système décentralisé, composé de plusieurs centres capables de traiter l’information, de décider, d’influencer nos émotions et, par des boucles d’appropriation et d’incorporation, de participer à la construction de notre identité.
Nous pouvons par exemple déterminer dans un schéma général et globalement admis que : le cortex assure la décision consciente, l’analyse et l’intégration narrative - Le système Limbique gère les réponses émotionnelles rapides et la détection du danger - le système entérique traite des informations autonomes, et par conséquent influence l’humeur et produit une mémoire viscérale.
Par ailleurs, d’autres systèmes décisionnels, interviennent dans la régulation de nos comportements et de nos états internes.
Le tronc cérébral, par exemple, prend en charge de nombreuses décisions et exécutions automatiques.
Le système immunitaire est lui aussi reconnu depuis longtemps comme un véritable centre de décision : il détecte, catégorise et répond à une multitude de signaux internes et externes.
Plus récemment encore, on s’intéresse à ce que certains appellent l’« axe microbiote‑cerveau », dont les interactions neuro‑immunes influencent, modulent — et parfois déterminent — nos comportements et nos états physiologiques.
Ces systèmes ne fonctionnent pas de manière isolée : ils sont reliés par des réseaux de communication bidirectionnels — nerveux, hormonaux, immunitaires — au sein desquels chaque « centre de décision » contribue, à sa manière, à la perception et à l’action.
De cette coopération émerge une forme d’« intelligence distribuée » qui participe ainsi à la construction du sentiment d’être soi.
Cette intelligence désormais considérée comme répartie dans tout le corps — cette pensée qui circule au‑delà de la tête et d'une masse cérébrale clairement identifiée, mais qui se prolonge dans des systèmes de décisions qui par endroits fonctionnent localement et littéralement comme des cerveaux — nous oblige à réinterroger la notion même de « cerveau ».
🟦Qu'est ce qu'un cerveau?
Plus nous avançons dans l'exploration neuro-scientifique du corps humain, plus nous découvrons que l'humain ne "pense" pas uniquement avec son cortex, mais "avec" plusieurs systèmes capables de traiter l’information, de décider, d’influencer nos émotions et ainsi par des boucles d'appropriation/ incorporation de participer à notre identité.
Cette complexité systémique nous a conduits à rechercher des critères précis permettant de distinguer ce qu’est un cerveau de ce qui ne l’est pas.
🔷1. Critères A-D-C - Autonomie - Décision - Conscience
Pour être qualifié de cerveau, un système doit disposer d’une véritable autonomie, d’un champ d’action propre dans lequel il exerce une capacité décisionnelle complète, mais aussi d’une forme de conscience — c’est‑à‑dire une participation au Moi.
Pour être qualifié de cerveau, un système doit disposer de trois propriétés :
-
Autonomie : un champ d’action propre.
-
Décision : une capacité décisionnelle complète dans le champ d'action
-
Conscience : une participation au Moi, c’est‑à‑dire la capacité d’intégrer l’expérience dans un récit.
Cette participation implique une capacité supplémentaire et singulière qui est celle d’intégrer l’expérience dans un récit narratif.
Selon ces critères et en l'état actuel de nos connaissances nous disposons de trois cerveaux :
-
le système cortex‑néocortex,
-
le système limbique,
-
le système entérique.
Un système qui ne remplirait que les deux premiers critères A -C - Autonomie et Décision est considéré comme un centre de décision.
🔷2. La conscience comme critère du "cerveau"
La qualification de « cerveau », par contraste avec un centre de décision, suppose une capacité supplémentaire et décisive qui est celle d'intégrer l’expérience dans un récit, c’est‑à‑dire qui consiste à convertir des données en éléments d’une histoire personnelle.
Un cerveau ne se contente pas de traiter l’information : il la transforme en histoire vécue.
Cela suppose la faculté de :
-
organiser les expériences,
-
sélectionner ce qui fait sens,
-
relier les événements entre eux,
-
les inscrire dans une continuité temporelle,
-
et construire ainsi un récit cohérent : le Moi.
C’est cette capacité à intégrer chaque décision et chaque expérience dans une histoire personnelle — à les transformer en éléments d’un récit continu — qui contribue à une identité vécue.
Et c’est précisément ce processus d’appropriation subjective, cette différence entre traiter l’information et se l’approprier pour soi, qui distingue fondamentalement la notion de "cerveau" de celle de "centre de décision".
Autrement dit, la conscience n’est pas seulement un traitement de données : c’est une appropriation de ces données, une manière de les inscrire dans la réalité subjective, narrative et identitaire de l’individu
C’est cette faculté de convertir l’expérience immédiate en mémoire subjective, de l’inscrire dans une continuité autobiographique et de l’intégrer à une identité narrative, qui définit la conscience.
🔷3. La conscience comme phénomène du vivant
La conscience, entendue comme la capacité à convertir l’expérience en mémoire subjective et en continuité identitaire, est un phénomène strictement du vivant.
La conscience ne peut être ni artificielle ni désincarnée : elle est un phénomène, enraciné dans la chair, dans les états internes et dans la vulnérabilité corporelle.
À ce jour, la capacité à transformer l’expérience en mémoire subjective — ce que nous appelons conscience — n’a été observée que dans le vivant.
En effet, cette conscience repose sur des boucles corporelles, émotionnelles, viscérales et immunitaires, des états corporels, des émotions incarnées, une mémoire autobiographique, une continuité vécue, une subjectivité située dans un corps que les systèmes artificiels ne possèdent pas.
Sans le sentiment, le désir de reproduction, sans faim, sans viscères, sans douleur, sans mort possible, sans vieillissement, sans vulnérabilité corporelle, sans ces dimensions incarnées, il n’existe aucune base biologique pour une conscience narrative permettant d'écrire une subjectivité.
🔷4. La conscience un phénomène du vivant mais pas seulement humain
La conscience désigne la capacité d’organiser l’expérience dans une temporalité incarnée.
Cette mise en récit peut cependant demeurer minimale, il s'agirait alors d'une structuration non langagière entendue comme non symbolique qui en s’appuyant sur des empreintes du vécu serait à même de relier les événements dans le temps. Dès lors, qu’un système de décision parvient à établir cette continuité, il manifeste une forme de conscience.
En effet, cette capacité de conservation des traces des expériences et leur "mise en récit" dans le temps donne à toute forme de système de décision, avec ou sans masse cérébrale, une conscience "élémentaire" de lui‑même, fondée sur la mémoire corporelle de son vécu.
Chez l’humain, cette dynamique peut ensuite se déployer en un "récit de soi" plus élaboré, structuré symboliquement par exemple sous la forme du langage humain.
Cependant, avec ou sans langage quelle que soit sa modalité, [minimale non- langagière] ou [symbolique et linguistique] il s’agit toujours d’une expression de la conscience.
Ainsi, confondre narration et langage reviendrait à exclure d’emblée toute forme de conscience non verbale, alors même que certaines espèces manifestent des formes de mémoire autobiographique, d’anticipation ou de reconnaissance de soi qui suggèrent une proto‑narration incarnée.
🔷5. Une conscience "narrative" mais pas seulement langagière
Comme le montrent les neurosciences, la capacité de transformer l’expérience en une continuité vécue n’est pas propre à l'espèce humaine et se manifeste chez de nombreuses autres espèces.
Cependant, cette forme minimale de conscience "non symbolique" apparaît également au sein du corps humain, dans le fonctionnement de plusieurs centres de décision internes qui possèdent une conscience fonctionnelle.
Ces centres décisions que nous pouvons ainsi qualifiés de « cerveaux » car ils disposent d'une conscience, bien que ne reposant pas forcement sur une masse cérébrale au sens strict, contribuent néanmoins à l’intégration du vécu et à la construction d’une continuité subjective.
Ainsi, la conscience — entendue comme capacité à intégrer l’expérience — n’est donc pas l’apanage du seul cortex, les systèmes limbique, entérique participent également à une construction narrative de soi.
En effet, chacun de ces "cerveaux internes" produit une intégration minimale du vécu. Ils filtrent des signaux, conservent des traces corporelles des décisions et des expériences, et organisent ces informations dans une temporalité orientée qui permet l’anticipation. À partir de cette mémoire incarnée, chaque système élabore une organisation temporelle du vécu propre à son champ de décision.
Ainsi, la structuration des micro‑décisions et des expériences, dont chaque cerveau interne garde une empreinte, génère une première continuité et produit, dans son champ respectif, une cohérence élémentaire du « soi », c'est a dire une mise en récit de son action.
Cette capacité à organiser l’expérience dans le temps, à articuler un avant, un maintenant et un après, permettant ainsi de replacer chaque événement dans une trame continue, définit la conscience.
En situant chaque expérience dans une continuité, les différents cerveaux internes génèrent un récit minimal du vécu qui servira de fondation à un récit de soi plus complexe, notamment rendu possible par les capacités symboliques et spécifiques propres au cortex-humain.
C’est cette organisation temporelle et incarnée — cette manière de faire tenir ensemble différentes événements et expériences — qui définit la conscience. Elle peut, se présenter comme un récit minimal du vécu ou s’élever jusqu’à un récit de soi symboliquement structuré. Mais quelque soit son niveau de structuration de son "langage" elle demeure l’expression d’une conscience vivante.
🔷5. L'émergence d'une conscience distribuée
La narration et la structuaryion des evenements sur soi, qui détermine la consience n’est pas forcément un récit linguistique, mais cela concerne essntiellement la capacité à organiser l’expérience dans le temps : conserver des traces du passé, anticiper un état futur et maintenir une continuité vécue.
Ainsi différentes narrations elle émerge d’un réseau vivant, consitués de différents cerveau
Cette forme élémentaire de conscience émerge d’une dynamique distribuée : le système limbique, le système entérique, les réseaux sensoriels et d’autres centres de décision internes contribuent chacun à filtrer, intégrer et incorporer les états internes.
Leur convergence produit un Moi minimal, une cohérence incarnée qui sert de base à toute forme ultérieure de structuration du vécu.
filtration et d’incorporation des états internes.
participent également à une dynamique de conscience distribuée
minimale est déjà distribuée. 👉 elle émerge d’un réseau vivant, pas d’un centre unique.
.
Chaqque forme élémentaire de conscience émerge et participe à une dynamique distribuée : le système limbique, le système entérique, les réseaux sensoriels et d’autres centres de décision internes contribuent chacun à filtrer, intégrer et incorporer les états internes.
Leur convergence produit un Moi minimal, une cohérence incarnée qui sert de base à toute forme ultérieure de structuration du vécu.
filtration et d’incorporation des états internes.
participent également à une dynamique de conscience distribuée
-
haque “cerveau interne” produit une micro‑narration minimale,
-
ces micro‑narrations s’agrègent en une continuité vécue,
-
cette continuité devient un Moi minimal,
-
et chez l’humain, ce Moi minimal peut se verbaliser.
Et, au sein même du corps humain, comme nous l'avons vu, cette notion de conscience qui caractérise le cerveau n'est pas limitée au seul cortex : les systèmes limbique, entérique participent eux aussi à cette dynamique d'une conscience distribuée qui va produire une formulation minimale issue des opérations de filtration, d’intégration et d’incorporation des différentes états internes, qui vont ainsi contribuer conjointement à une forme minimale d’émergence du Moi qui va servir de base , à une structuration et à une mise en histoire
Au sein même du corps humain, comme nous l’avons vu, la conscience qui caractérise le cerveau n’est pas limitée au seul cortex. Les systèmes limbique, entérique et d’autres centres de décision internes participent eux aussi à cette dynamique d’une conscience distribuée. Chacun produit une formulation minimale du vécu à partir de ses opérations propres de filtration, d’intégration et d’incorporation des états internes. En se combinant, ces contributions hétérogènes donnent naissance à une forme élémentaire d’émergence du Moi, qui servira ensuite de base à sa structuration et à sa mise en récit.
🟦Le corps comme réseau de conscience
🔷5. La spécificité de la conscience humaine
La conscience narrative, c'est-à-dire la capacité à transformer l’expérience en mémoire subjective, en continuité vécue — est un phénomène incarné, qui n’existe pas dans les systèmes artificiels, qui n’ont ni corps, ni vécu, ni intéroception (voir notre article sur IA et cerveau artificiel)
La conscience narrative est donc un phénomène spécifique du vivant, et n’est donc pas exclusivement une spécificité humaine en effet, de nombreuses espèces possèdent des formes proto‑narratives permettant comme nous l'avons évoqué une reconnaissance de soi.
Ainsi, la spécificité humaine ne réside pas dans la conscience elle‑même, mais dans la manière dont notre espèce la structure : dans cette capacité singulière à transformer le vécu en récit symbolique, notamment grâce au langage.
🔷5. La conscience comme narration symbolique incarnée
La conscience n’est pas une pensée désincarnée. Elle n’est pas un “verbe” flottant dans la tête. Elle n’est pas un récit abstrait. La "voix intérieure" qui se produit en nous, est enracinée dans les viscères, modulée par les hormones, façonnée par les émotions, structurée par la mémoire corporelle, dépendante des signaux internes, liée à la vulnérabilité du vivant. Le verbe intérieur, est un verbe inscrit dans le corporel.
La conscience narrative , n'est donc pas un verbe extérieur à soi, elle est un verbe incarné. Elle n’existe que parce qu’elle se tisse dans un corps vivant, vulnérable, limité, affecté.
La fiction du “cerveau pur”, détaché du corps, ou du "cerveau artificiel" est une illusion moderne, alors que les traditions anciennes avaient déjà compris que le sens exige la chair, c'est a dire que le sens ne peut devenir réel qu'en s'incarnant et en se faisant chair, c'est ce que la science contemporaine redécouvre sous une autre forme.
En effet, les neurosciences rejoignent, par un autre chemin, cette intuition très ancienne que le sens ne peut exister sans incarnation. Dire que “le Verbe s’est fait chair”, c’est effectivement affirmer que la parole, le sens, le récit doivent prendre corps pour devenir réels et agir. Sans incarnation , le verbe reste abstrait, invisible, inopérant.
La conscience humaine fonctionne de la même manière : elle n’est pas un esprit détaché, mais une narration enracinée dans la chair, façonnée par les états internes, les émotions il s'agit d'une "cognition incarnée" comme le développe aujourd'hui la majorité des courants de recherches en sciences cognitives.
Cet récit intérieur, n'a de sens que parce que cette parole est incarnée dans un corps car sans corps, pas de récit. Sans chair, pas de Moi. Sans incarnation, pas de conscience.
🔷6. La spécificité de la conscience humaine
La conscience narrative, c'est-à-dire la capacité à transformer l’expérience en mémoire subjective, en continuité vécue — est un phénomène incarné, qui n’existe pas dans les systèmes artificiels, qui n’ont ni corps, ni vécu, ni intéroception (voir notre article sur IA et cerveau artificiel)
La conscience narrative est donc un phénomène spécifique du vivant, et n’est donc pas exclusivement une spécificité humaine en effet, de nombreuses espèces possèdent des formes proto‑narratives permettant comme nous l'avons évoqué une reconnaissance de soi.
Ainsi, la spécificité humaine ne réside pas dans la conscience elle‑même, mais dans la manière dont notre espèce la structure : dans cette capacité singulière à transformer le vécu en récit symbolique, notamment grâce au langage.
Le langage n'est pas la source de la narration, mais le langage permet à l'humain de faire de sa vie une histoire qu'il peut dès lors, stabiliser, partager et transmettre mais aussi complexifier, symboliser et projeter dans le futur.
C’est cela, la spécificité humaine : non pas la conscience, mais la conscience mise en récit par le langage. L’humain est l’être chez qui la chair devient récit, et le récit devient forme de vie. En ce sens, l’expression “le Verbe s’est fait chair” y trouve un écho particulier. Comme le décrivent certains courants post-psychanalytique, le langage est une extension de la chair dans le symbolique, car le langage n'est jamais extérieur au corps, ainsi le sens prend corps et le corps devient sens.
🔷7. Le "langage" comme spécificité de la conscience humaine
🔷6. La conscience distribuée - un changement de paradigme
Pendant longtemps, nous avons imaginé la conscience comme un phénomène centralisé, localisé dans la tête, dans la masse cérébrale. Mais les neurosciences contemporaines montrent autre chose :
-
le cerveau n’est pas un centre souverain,
-
il est un nœud dans un réseau,
-
un organe relationnel,
-
dépendant des signaux viscéraux, immunitaires, endocriniens, entériques, musculaires.
Autrement dit : 👉 la cognition est distribuée dans le corps.
Le corps n’est pas un support du cerveau : il est une partie active de la pensée.
Voir notre article "Trois cerveaux vraiment ?"
🔷2. La conscience comme intégrateur narratif
🟦Conscience et construction du moi
La conscience n’est pas un miroir qui refléterait fidèlement un Moi préexistant. Elle fonctionne plutôt comme un intégrateur narratif, un dispositif qui sélectionne, organise et met en cohérence des éléments disparates — sensations corporelles, émotions, souvenirs, attentes, signaux sociaux — pour produire l’impression d’un sujet unifié.
Les neurosciences montrent que ce travail d’intégration est continu, partiel, et toujours en retard sur les processus qui le précèdent. La conscience ne crée pas l’action ; elle en fabrique le récit. Elle ne découvre pas une identité ; elle en assemble les fragments.
Ce que nous appelons « Moi » est ainsi le résultat d’une opération narrative qui relie des états multiples en une histoire cohérente, suffisamment stable pour guider l’action, mais suffisamment flexible pour s’adapter aux contextes.
Cette fonction narrative explique pourquoi le Moi peut sembler stable alors que le cerveau, lui, est en perpétuelle transformation.
La conscience produit une continuité subjective, non pas en conservant une essence, mais en reliant des épisodes, en réinterprétant le passé, en sélectionnant ce qui fait sens dans le présent. Elle fabrique une unité à partir d’un flux.
Ainsi, le Moi n’est pas une substance, mais une construction narrative dynamique, façonnée par la plasticité cérébrale, les interactions sociales, les émotions, le corps et même le microbiote. La conscience n’est pas le siège du Moi : elle en est le scénariste, parfois le commentateur, souvent le monteur, jamais le propriétaire.
La construction du Moi est considérée comme un processus narratif par lequel nous transformons nos expériences en éléments d’une histoire personnelle, le scenario du film.
Cependant, cette intégration n’est jamais automatique. Elle passe par un travail d’incorporation, où certaines expériences sont retenues, d’autres écartées, et d’autres encore réinterprétées pour pouvoir s’inscrire dans notre continuité subjective.
🔷1. Le rôle "des cerveaux"
Dans ce mouvement, le ou les "cerveaux" agissent comme des filtres actifs : ils sélectionnent ce qui peut être intégré, ce qui peut devenir cohérent avec l’histoire déjà en place et ce qui peut s’agréger sans la déstabiliser.
Ce filtrage n’est pas une simple opération cognitive ; c’est un processus identitaire. Il permet au sujet d’absorber des éléments nouveaux, de les transformer, puis de les incorporer dans son récit intérieur.
Ainsi, le "Moi" ce n’est pas seulement une mise en récit et la production d'un narratif mais c'est également une opération de filtration qui rend possible ce récit.
Le cerveau, trie, organise et autorise ou refuse l’entrée de nouveaux fragments d’expérience, afin qu’ils puissent devenir un histoire “à moi”, c’est‑à‑dire participer à l’identité vécue et à la construction identitaire. Et c'est ici que la question de ce qui est le "moi" et ce qui n'est pas le moi, c'est a dire le "non-moi" réapparaît de façon fondamentale.
🔷2. La question fondamentale du “moi” et du “non‑moi”
La psychologie moderne, s’est toujours interrogée sur les frontières du “moi” et du “non‑moi” car celle-ci est une question fondamentale. Au XIXᵉ siècle, le "non‑moi" était défini comme ce qui restait extérieur à "soi". Au début du XXᵉ siècle, une autre idée apparaît : le non‑moi peut aussi être en soi, mais non assimilé, comme dans le cas des traumas ou des expériences émotionnelles "non digérées".
Différents courants, ont ainsi toujours tenté de répondre à cette question, notamment en France avec la psychanalyse et l'Ecole Lacanienne. Pour simplifier, nous pourrions énoncer que ces débats reposent cependant sur trois questions essentielles :
-
qu’est‑ce qui entre en moi ?
-
qu’est‑ce qui reste extérieur ?
-
qu’est‑ce qui n’est pas digéré et continue pourtant d’agir en moi ?
🔷 3. Repenser le "moi" à la lumière des avancées scientifiques
Les neurosciences contemporaines, en s’appuyant sur les avancées de la neuro‑imagerie et des techniques d’exploration fonctionnelle, ont permis d’autonomiser plusieurs centres organiques de décision. Elles ont montré que ces systèmes — qu’ils soient corticaux, émotionnels ou viscéraux — possèdent leurs propres dynamiques, leurs propres mémoires et leurs propres modes de traitement.
Par ailleurs, pour certains d’entre eux, comme le système Limbique ou Entérique, les données actuelles recueillies suggèrent l’existence d’une forme de conscience partielle ou émergente, qui participe à l’expérience subjective. Une conscience qui serait ainsi "distribuée", où le système "cortex-néo-cortex" ne serait donc plus le seul considéré comme le siège de la conscience.
Cette notion de "cerveau", différente de celle de simple "centre de décision" qui introduit ainsi une possibilité de conscience distribuée entre différentes zones, formes de traitement et de consciences nous pousse vers de nouvelles manières de penser le "moi".
🔷4. "Moi stable" vs "Moi comme processus"
Avant, la psychologie moderne, la philosophie avait déjà installé l’idée d’un Moi stable. Chez Descartes, le Moi est une substance pensante : une entité simple, indivisible, identique à elle-même, qui garantit la continuité de l’existence.
Même si Kant rompt avec cette métaphysique, il conserve l’idée d’un principe unificateur : le « Je pense » comme structure stable qui rend possible la cohérence de l’expérience.
De son côté, la psychologie moderne a longtemps pensé le Moi comme une forme de stabilité. Chez Freud, le Moi est une instance organisée, chargée d’assurer la cohérence interne et la continuité du sujet.
Dans la vision psychanalytique, chez Lacan, par exemple, même si le Moi est défini comme une construction imaginaire, il reste une image unifiante, un point d’ancrage qui stabilise l’expérience. Dans les deux cas, le Moi est conçu comme une structure relativement stable, garante d’une continuité psychique.
Dans ces conceptions, le Moi est le plus souvent envisagé comme un point fixe : une permanence qui organise le flux du vécu autour d’une structure supposée se maintenir à travers le temps, tandis que les expériences ne feraient que s’y ajouter.
Les neurosciences contemporaines rompent radicalement avec cette perspective. Elles montrent que le Moi n’est pas une entité stable, cohérente par essence, ni un noyau identitaire autour duquel graviteraient les expériences, mais un processus dynamique, en réajustement constant, qui se reconstruit au fil des interactions, des apprentissages et des contextes et
C’est exactement ce que tu décris : 👉 une vision du moi comme stable, continu, cohérent par essence.
Les neurosciences modernes ont radicalement renouvelé cette conception.
Elles montrent que :
-
le cerveau est un processus, pas un objet,
-
l’identité est une construction dynamique, pas une essence,
-
la continuité subjective est une illusion utile, pas une réalité biologique.
🔷 3. Le "moi" renouvelé par les neurosciences
Les neurosciences contemporaines ont profondément transformé notre manière de concevoir le Moi. Elles montrent que l’identité subjective n’est pas produite par un centre unique, mais qu’elle émerge d’un ensemble de systèmes corporels interconnectés — émotionnels, viscéraux, sensoriels, moteurs — qui participent chacun, à leur manière, à la construction de l’expérience de soi.
la place des perspectives cognitivistes, avec notamment les courants de la cognition incarnée, qui montrent que le moi est indissociable du corps et de ce qu’il absorbe.
Mais ce mouvement initié par les neurosciences ne s’est pas arrêté là, et il a également profondément renouvelé :
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la psychologie développementale,
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les modèles d’intégration émotionnelle,
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et plus globalement notre compréhension de la construction identitaire.
Mais plus encore, les recherches récentes — notamment menées en France — sur l’axe microbiote‑cerveau ont ouvert un champ entièrement nouveau celui de la neurogastroentérologie. En effet, elles démontrent que nos états internes, nos émotions et même certaines de nos décisions émergent d’un dialogue constant entre l’intestin, le système immunitaire et le cerveau (cortex)
Toutes ces avancées convergent vers une vision beaucoup plus dynamique et incarnée du “moi” où ce qui est moi est, à partir de ce que j’absorbe, ce que mes filtres internes parviennent à intégrer.
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Autrement dit, la conscience n’est pas seulement un traitement de données : c’est une appropriation de ces données, une manière de les inscrire dans la réalité subjective, narrative et identitaire de l’individu.
Un système qui ne remplirait que les deux premiers critères ne serait alors qu’un centre de décision.