Transe - décompensation - DPDR : Liaisons dangereuses

Publié le 24 février 2026 à 16:56

La transe fascine, attire, intrigue. Depuis des millénaires, elle accompagne les rituels, les guérisons, les initiations. Mais dans nos sociétés contemporaines, ces états modifiés de conscience circulent désormais en dehors de leur contexte culturel d'origine, sans cadre et sans la conscience des risques encourus.

En effet, les états de conscience modifiés sont des outils puissants, lorsqu’il sont ouverts sans préparation ou refermés sans rigueur, peuvent devenir un terrain de décompensation : déréalisation, confusion, dépendance, perte d’ancrage.

Cet article explore cette zone de danger, ce moment où la quête de mieux‑être bascule en fragilisation psychique. Et rappelle une évidence trop souvent oubliée : seuls des professionnels formés — des psychologues certifiés — savent comment ouvrir ces portes vers les profondeurs du moi, accompagner ce qui s’y révèle, puis refermer l’état interne avec précision.

C’est cette maîtrise qui assure que l’exploration demeure un acte thérapeutique, et non un glissement vers la décompensation ou vers une déréalisation qui pourrait s’installer dans la durée et provoquer un trouble de dépersonnalisation - déréalisation ( DPDR) 

Dans un monde où la transe peut surgir autant dans un cabinet que dans un festival, un conflit ou un burn‑out, comprendre cette liaison dangereuse devient une nécessité.

🟦 Transe et décompensation : ce qui les relie

La transe — qu’elle soit hypnotique, méditative, émotionnelle, rituelle ou induite par le stress —  d'états émotionnels intenses ou encore dans la colère. mais elle implique toujours une focalisation intense et une réduction du champ attentionnel.

Ces mécanismes de focalisation sont parfois utiles dans certains contextes (performance sportive, créativité, thérapie, entraînement mental - “calme thérapeutique”, hypnotique ou méditatif mais ils reposent néanmoins sur une  altération temporaire du contrôle volontaire. 

La décompensation psychologique, elle, survient quand une personne perd ses capacités habituelles de régulation, souvent sous l’effet d’un stress massif, d’un conflit interne ou d’une surcharge émotionnelle.

🔷1. Les deux états mobilisent des processus similaires :

  • dissociation légère ou profonde

  • réduction du contrôle exécutif

  • hyperfocalisation ou confusion

  • altération du rapport à soi ou au réel

🔷2. La différence essentielle

La transe est réversible, encadrée, fonctionnelle. La décompensation est envahissante, non contrôlée, désorganisante.

Ce qui fait basculer de l’un à l’autre n’est pas la transe elle-même, mais :

  • la vulnérabilité préexistante

  • l’intensité émotionnelle

  • l’absence de cadre ou de repères

  • la fatigue, le stress, le manque de sommeil

  • l’histoire psychique de la personne

🟦 La transe comme état modifié de conscience (EMC)

Les états modifiés de conscience regroupent un ensemble de phénomènes où le fonctionnement habituel de l’esprit se transforme : perception, attention, mémoire, rapport au corps, au temps ou à la réalité. Selon les disciplines, ils portent des noms différents.

En psychologie et en neurosciences, on parle d’état modifié de conscience (EMC) ou d’état de conscience altéré, pour désigner toute variation significative du mode d’éveil ordinaire.

L’anthropologie utilise davantage le terme de transe, qui renvoie à des états intenses, souvent ritualisés ou collectifs. La clinique distingue aussi des formes particulières : état hypnotique, état dissociatif, état méditatif profond, état onirique, ou encore état hallucinatoire lorsqu’il est induit par des substances ou des troubles psychiatriques.

🔷1. Pourquoi autant de noms ?

Parce que chaque discipline met l’accent sur un aspect différent :

  • Psychologie clinique : régulation psychique, hypnose, dissociation.

  • Neurosciences : activité cérébrale, vigilance, perception.

  • Anthropologie : rituels, transes, états collectifs.

  • Psychiatrie : hallucinations, déréalisation, dépersonnalisation.

  • Spiritualité : extase, illumination, états mystiques.

Tous ces termes désignent des variations du même phénomène : une modification du rapport à soi, au monde et à la réalité.

🔷2. Comment les sciences les définissent

Les EMC sont décrits comme des états où l’expérience subjective ou le fonctionnement psychologique s’écartent du mode ordinaire d’éveil. Ils incluent :

  • le rêve,

  • l’hypnose,

  • la transe,

  • la méditation,

  • les hallucinations,

  • les états induits par psychotropes.

Les neurosciences rappellent que ces états peuvent être spontanés ou provoqués, et qu’ils modifient l’éveil, la perception du monde et la perception de soi.

🔷3. Les appellations principales

  • État modifié de conscience (EMC) — la formulation la plus courante en psychologie et neurosciences.

  • État de conscience altéré — variante linguistique, souvent utilisée en clinique et en psychiatrie.

  • Transe — terme anthropologique et psychologique, utilisé pour les états de dérèglement ou de bascule du fonctionnement habituel.

  • État hypnotique — forme spécifique d’EMC induite par suggestion ou focalisation.

  • État mystique / extatique — utilisé en anthropologie, spiritualité, traditions religieuses.

  • État onirique — lié au rêve, considéré comme un EMC naturel.

  • Hallucination / état hallucinatoire — EMC pathologique ou induit par substances.

  • État méditatif profond — EMC volontaire, recherché dans les pratiques contemplatives.

Malgré la diversité des termes, tous décrivent une même réalité : un déplacement du fonctionnement psychique vers un mode non ordinaire, volontaire ou spontané, qui modifie temporairement la manière d’être présent à soi et au monde.

🟦Les formes de transes avec manifestations corporelles visibles

Certaines transes — rituelles, émotionnelles, sensorielles ou physiologiques — s’accompagnent de manifestations corporelles marquées : tremblements, mouvements automatiques, respiration modifiée, cris, danse, spasmes. Ce sont des transes “expressives”, où le corps devient le lieu principal de l’expérience.

🔷1. Les transes rituelles (religieuses, chamaniques, collectives,..)

Ce sont les plus spectaculaires.

🔹Manifestations corporelles typiques :

  • tremblements

  • secousses

  • mouvements répétitifs

  • danse automatique

  • cris, chants, glossolalie

  • hyperventilation

  • yeux révulsés ou regard fixe

  • effondrement ou chute

🔹Exemples :

  • cérémonies chamaniques

  • transes vaudou

  • rituels soufis (derviches tourneurs)

  • cultes pentecôtistes

  • cérémonies afro‑brésiliennes

Ici, le corps devient le support du rituel.

🔷2. Les transes induites par la musique et le rythme

Le rythme répétitif est un inducteur très puissant.

🔹Manifestations corporelles :

  • danse spontanée

  • balancements

  • mouvements automatiques

  • respiration synchronisée

  • montée d’énergie corporelle

🔹Exemples :

  • concerts

  • rave / techno

  • percussions rituelles

  • transe de danse (trance dance)

Le corps “prend le dessus” sur la volonté.

🔷3. Les transes liées au plaisir (extase, orgasme, euphorie)

Ce sont des transes positives, mais très corporelles.

🔹Manifestations corporelles :

  • tremblements fins

  • spasmes musculaires

  • respiration saccadée

  • vocalisations involontaires

  • perte de contrôle moteur

  • crispations ou relâchements

Le plaisir intense peut provoquer une mini‑transe physiologique.

🔷4. Les transes émotionnelles intenses (colère, peur, panique)

Ce sont les transes les plus fréquentes, mais souvent mal reconnues.

Manifestations corporelles :

  • crispation musculaire

  • gestes brusques

  • respiration rapide

  • rougeur, chaleur

  • tremblements liés à l’adrénaline

  • agitation ou immobilité totale (freeze)

La colère est une transe émotionnelle explosive.

🔷5. Les transes induites par le stress aigu

Le stress extrême peut provoquer une transe dissociative.

Manifestations corporelles :

  • tremblements incontrôlables

  • hyperventilation

  • engourdissement

  • mouvements mécaniques

  • regard absent

  • gestes automatiques

Le corps “décroche” pour protéger le psychisme.

🔷6. Les transes respiratoires et physiologiques

Certaines pratiques modifient volontairement la physiologie.

Manifestations corporelles :

  • spasmes

  • tétanie des mains

  • tremblements

  • sensations électriques

  • mouvements involontaires

  • changements de posture

Exemples :

  • respiration holotropique

  • breathwork intensif

  • hyperventilation volontaire

Ces transes sont puissantes, et à haut risque si mal encadrées.

🟦Les transes sans manifestations corporelles visibles

Différents signes - tremblements, secousses, contractions musculaires, mouvements involontaires - peuvent apparaître dans certaines transes - rituelles, émotionnelles, chamaniques, respiratoires- mais ils ne sont ni nécessaires, ni suffisants pour définir une transe

La transe n’est donc pas forcément un état spectaculaire, et ne peut se résumer à des manifestations corporelles visibles comme des tremblements ou des contractions  : c’est avant tout un état d’absorption.

Ainsi, la transe peut être silencieuse, invisible, émotionnelle, cognitive ou sensorielle 

🔷1. Les formes de transe sans manifestations corporelles visibles

Beaucoup de transes sont invisibles de l’extérieur :

  • absorption totale dans une tâche

  • jalousie ou rage émotionnelle

  • stress aigu

  • dissociation silencieuse

  • rêverie profonde

  • conduite automatique

  • fixation sur un écran

  • hyperconcentration

Dans ces cas, le corps ne bouge presque pas, mais la personne est bel et bien en transe. 

🔷2. Les différents marqueurs corporels de la transe sans manifestations visibles

La transe n’est pas non plus un concept abstrait : elle a des marqueurs corporels très concrets.

Voici les plus fréquents :

🔹 Signes corporels

  • respiration modifiée (plus rapide, plus lente, plus profonde)

  • tension musculaire ou relâchement

  • chaleur, frissons, picotements

  • sensation de flottement ou d’éloignement

  • regard fixe ou au contraire très mobile

  • micro‑mouvements répétitifs

  • changement de posture

🔹 Signes attentionnels

  • tunnel attentionnel

  • perte de perception de l’environnement

  • difficulté à entendre ou comprendre

  • focalisation sur un détail

🔹 Signes cognitifs

  • pensée ralentie ou accélérée

  • impression d’être “à côté de soi”

  • perte de la notion du temps

  • automatisme des actions

🔹 Signes émotionnels

  • amplification d’une émotion

  • détachement émotionnel

  • bascule rapide d’un état à un autre

🔷3. Alors… c’est quoi une transe ?

La transe est un état d’absorption où l’attention se rétrécit, le corps se réorganise et la narration interne se suspend. Elle peut être émotionnelle, cognitive, sensorielle ou traumatique — avec ou sans signes corporels visibles. Elle n’est pas pathologique en soi, mais elle rend la personne plus perméable, plus réactive et parfois plus vulnérable.

🟦 Le mécanisme de la transe : une dynamique neurocognitive en trois "étapes"

La transe n’est pas un état mystérieux : c’est un mode particulier d’organisation de la conscience, caractérisé par une redistribution temporaire des ressources attentionnelles, sensorielles et narratives. Elle peut être naturelle (rêverie, absorption), induite (rituels, hypnose, danse), ou pathologique (dissociation traumatique, décompensation).

🔷1. La transe commence par une modification du contrôle attentionnel

La première bascule est attentionnelle.

🔹Ce qui se passe :

  • Le réseau exécutif (préfrontal) réduit son contrôle volontaire.

  • Le réseau par défaut (imagination, mémoire autobiographique) devient plus actif.

  • Le réseau de saillance (insula, cingulaire antérieur) sélectionne un stimulus dominant : un rythme, une voix, une émotion, une image interne, un mouvement répétitif.

🔹Conséquence :

La personne cesse de traiter l’environnement de manière globale et se focalise sur un canal unique. C’est ce qu’on appelle l’absorption.

🔷2. La transe modifie l’intégration sensorielle et corporelle

Une fois l’attention captée, le cerveau réorganise la manière dont il traite les signaux internes et externes.

🔹Mécanismes clés :

  • Diminution du filtrage sensoriel (thalamus) → les perceptions deviennent plus intenses ou plus floues.

  • Augmentation de l’interoception (insula) → sensations internes amplifiées, flottement, chaleur, lourdeur.

  • Désynchronisation partielle du schéma corporel (pariétal) → impression de dédoublement, d’éloignement, de légèreté.

🔹Conséquence :

Le corps devient moins ancré dans l’ici‑et‑maintenant, ce qui ouvre la voie à des états modifiés de conscience.

🔷3. La transe altère la narration interne et la cohérence du Moi

C’est le cœur du mécanisme.

🔹Ce qui se produit :

  • Le Moi narratif (préfrontal médian) se met en retrait.

  • Le Moi minimal (perception immédiate, vécu corporel) prend le dessus.

  • Les frontières entre « je » et « ce qui m’arrive » deviennent plus perméables.

🔹Conséquence :

La personne peut :

  • vivre des images comme réelles,

  • ressentir des émotions amplifiées,

  • perdre la notion du temps,

  • se sentir « agie » par quelque chose plutôt qu’agent.

C’est ici que la transe peut devenir ressource (rituels, créativité, hypnose) ou un risque (décompensation, dissociation).

🟦4. Quand la transe devient dangereuse

🔷1. Le point de bascule 

Dès que la transe perturbe la cohérence du Moi, elle peut exposer l’individu à un risque accru de désorganisation psychique.

🔹Le risque apparaît lorsque :

  • le Moi narratif est trop affaibli,

  • le Moi corporel est envahi par des affects non régulés,

  • l’attention est captée par un stimulus anxiogène ou traumatique,

  • la personne n’a pas de cadre externe contenant.

🔹Ce qui peut se produire :

  • confusion,

  • perte de repères,

  • surgissement d’images traumatiques,

  • fragmentation de la cohérence du Moi.

C’est à ce stade que la liaison dangereuse entre transe et décompensation peu apparaître.

🔷2. Quand la transe devient un facteur de risque ?

La transe peut devenir un amplificateur si la personne est déjà fragilisée. Par exemple :

  • un état hypnotique spontané sous stress extrême

  • une dissociation émotionnelle non reconnue

  • une immersion sensorielle qui dépasse les capacités de régulation

  • une montée en transe dans un contexte conflictuel ou traumatique

Dans ces cas, la transe n’est pas la cause, mais le terrain sur lequel la décompensation peut se déclencher

🔷3. Ce qui peut suivre - une décompensation aiguë

Une décompensation n’est jamais anodine. Elle peut entraîner :

  • une urgence psychiatrique

  • une hospitalisation sous contrainte ou en soins intensifs psychiatriques

  • une sédation médicamenteuse

  • plusieurs jours ou semaines d’hospitalisation

  • un risque de rechute dans les jours suivants

  • une perte de confiance, de sécurité interne, et parfois un sentiment de honte ou de confusion

Ce sont des conséquences lourdes, qui n’ont rien à voir avec une “mauvaise séance”. On parle d’un effondrement du système de régulation psychique.

🟦Qu’est‑ce qu’une décompensation ?

La décompensation est un effondrement temporaire de l’équilibre psychique. Elle survient lorsque les mécanismes habituels qui permettent à une personne de maintenir sa cohérence interne — émotionnelle, cognitive, comportementale — ne parviennent plus à jouer leur rôle de régulation.

Ce n’est pas un événement soudain sorti de nulle part : c’est l’aboutissement d’un processus de surcharge, où les capacités d’adaptation sont dépassées.

🔷1. Le cœur du mécanisme : la perte de régulation

En temps normal, chacun dispose de systèmes internes qui permettent de :

  • organiser ses émotions,

  • maintenir une continuité du Moi,

  • filtrer les stimuli,

  • donner du sens à ce qui arrive,

  • rester ancré dans la réalité partagée.

Lors d’une décompensation, ces systèmes se désorganisent.

🔹Ce qui se produit :

  • les émotions deviennent envahissantes ou incontrôlables,

  • la pensée perd en cohérence ou en continuité,

  • la perception peut se déformer,

  • le Moi se fragilise, parfois jusqu’à la rupture.

🔷2. Le facteur déclencheur : une surcharge ou une faille

La décompensation apparaît lorsque la personne :

  • est exposée à un stress intense ou prolongé,

  • vit un événement qui dépasse ses capacités d’intégration,

  • ou mobilise trop longtemps des mécanismes de défense coûteux.

Ce n’est pas la cause qui compte, mais le dépassement du seuil de tolérance.

🔷3. Le résultat : une désorganisation du fonctionnement psychique

La décompensation peut se manifester de différentes manières, selon les personnes et les contextes :

  • confusion, désorientation,

  • débordement émotionnel,

  • rupture de la continuité du Moi,

  • comportements incohérents,

  • retrait, sidération, agitation,

  • pensées envahissantes ou désorganisées.

L’élément central est toujours le même : la personne ne parvient plus à maintenir son équilibre interne. 

La décompensation est un effondrement de la régulation psychique, où les mécanismes qui maintiennent la cohérence du Moi et l’équilibre émotionnel ne parviennent plus à fonctionner, entraînant une désorganisation temporaire du vécu et du comportement.

🟦Pourquoi certaines pratiques alternatives sont à risque

🔷1. Des risques sérieux et structurels

Avec la montée en puissance des pratiques alternatives en tout genre, on observe de plus en plus de situations où des « praticiens » auto‑formés — hypnotiseurs improvisés, coachs énergétiques, chamans néo‑spirituels, thérapeutes alternatifs ou animateurs de stages de “lâcher‑prise” — déclenchent des états dissociatifs sans disposer des compétences nécessaires pour les reconnaître, les contenir ou les stabiliser.

Ces intervenants, souvent bien intentionnés mais insuffisamment formés, utilisent des techniques puissantes : hypnose rapide, respiration intense, stimulations bilatérales, rituels chamaniques, inductions sensorielles, visualisations profondes. Or ces méthodes peuvent ouvrir des états modifiés de conscience bien plus intenses que prévu, surtout chez des personnes déjà fragilisées par le stress, l’histoire personnelle ou un fonctionnement en mode “je tiens”.

Lorsque la transe devient trop profonde, trop rapide ou trop déstabilisante, ces praticiens se retrouvent dépassés. Ils ne savent ni expliquer ce qui se passe, ni accompagner la personne, ni refermer l’état interne qu’ils ont contribué à ouvrir. C’est dans ces moments que surviennent des tremblements, des transes corporelles, des dissociations aiguës — et parfois des décompensations.

🔷2. Des situations à risques de plus en plus fréquentes

De plus en plus souvent, certains hommes en consultation me rapportent avoir vécu des tremblements, secousses ou transes corporelles après une hypnose ou une stimulation bilatérale mal encadrée. La séance alors interrompue brusquement, le praticien, dépassé par ce qu’il a déclenché, a laisse ainsi repartir les personnes désorganisées, sans explication ni stabilisation.

Récemment, on m’a rapporté le cas d’une épouse qui, lors d’une séance chamanique, a vu le “thérapeute” ouvrir un état modifié de conscience trop intense, sans aucun dispositif de sécurité. L’état interne est devenu incontrôlable, et la personne a basculé dans une décompensation aiguë, nécessitant une prise en charge psychiatrique et une hospitalisation prolongée.

Le mari, resté seul avec les enfants, a dû gérer une situation catastrophique, avec des répercussions familiales, professionnelles et personnelles considérables. Ce qui, à l’origine, n’était qu’une simple démarche de bien‑être mental s’est transformé en crise majeure, bouleversant l’équilibre du foyer et plongeant toute la famille dans une période d’incertitude et d’épuisement.

Ce ne sont pas des accidents isolés. Ce sont des risques structurels de pratiques qui manipulent l’état de conscience sans compétence clinique.

🔷3. Quand la transe devient un point de bascule vers la décompensation

Une transe mal encadrée peut entraîner :

  • une perte de repères

  • une désorganisation émotionnelle

  • une incapacité à revenir à un état stable

  • une réactivation traumatique incontrôlée

Chez certaines personnes, cela peut évoluer vers une décompensation aiguë nécessitant une prise en charge médicale. Les conséquences peuvent être lourdes : urgence psychiatrique, sédation, hospitalisation, interruption de travail, confusion durable.

Ce type de situation n’est pas théorique. Des personnes ont décompensé après une séance d’hypnose improvisée, une stimulation bilatérale mal utilisée, ou un rituel chamanique trop intense. Certaines ont été hospitalisées en psychiatrie dans les heures qui ont suivi.

🔷4Transe, vulnérabilité et risque de décompensation

Chez certaines personnes, le terrain est déjà vulnérable : stress chronique, passé traumatique, histoire familiale compliquée, épisodes dépressifs ou anxieux. Leur système de régulation psychique fonctionne, mais souvent au prix d’un effort constant, et c'est la raison qui les pousse vers des solutions alternatives pour retrouver un mieux être mental.

Dans ce contexte, une transe provoquée — hypnose, stimulation bilatérale, rituel, sons répétitifs; respiration intense — peut dépasser les capacités d’intégration de la personne.  En effet, Lorsque la régulation interne est fragilisée, le risque de désorganisation augmente nettement ce qui peut provoquer une dissociation profonde et/ou une réactivation traumatique brutale.

Ce n’est pas la transe qui est dangereuse en soi. C’est l’absence de cadre, de préparation, de stabilisation et de compétence clinique.

🔷5. Etat de conscience modifiée et psychologie contemporaine

Depuis des millénaires, de nombreuses cultures utilisent des pratiques d’altération de la conscience — rituels, transes, chants, respirations, initiations — souvent réservées à des individus formés, sélectionnés ou longuement préparés au sein de la communauté. Ces états modifiés de conscience pouvaient être partagés dans le cadre de rites collectifs, mais ils n’étaient jamais accessibles sans cadre, sans rituel, sans transmission, et surtout sans accompagnement.

En psychologie contemporaine, certaines de ces techniques sont également utilisées : hypnose, relaxation profonde, stimulations bilatérales, visualisations guidées, travail sur les souvenirs traumatiques. Cependant, comme dans les cultures ancestrales, le psychologue ne met pas ces états à la portée de tout le monde sans préparation.  Il construit un cadre sécurisé, évalue la vulnérabilité de la personne, accompagne l’entrée dans l’état modifié de conscience, guide l’expérience, puis referme et stabilise l’état interne avant la fin de la séance.

Ainsi le cadre de la psychologie n’est pas fondé sur une culture “hors sol”, sur une tradition venue d’ailleurs et totalement étrangère à notre compréhension du monde. Le cadre de la psychologie s’inscrit dans la réalité contemporaine d'une vie ici et maintenant avec : un passé personnel parfois complexe, des facteurs de stress professionnels, des responsabilités quotidiennes qui n’ont rien à voir avec l’existence d’un individu au sein d'une tribu amazonienne ou d’un village amérindien.

Ainsi, une fois le stage terminé ou la séance close, chacun retourne à sa vie : un travail, des enfants à l’école, des contraintes, des pressions, des fragilités. Et c’est précisément pour cela que le psychologue ne construit pas un cadre “magique”, mais un cadre clinique, adapté à notre société, à nos vulnérabilités et à nos rythmes de vie.

🔷6. Etat de conscience modifiée : le rôle du psychologue 

Le rôle du psychologue est de permettre que ces états modifiés de conscience soient utilisés de manière thérapeutique, sans mettre la personne en danger, en tenant compte des symptômes réels de la vie moderne : surcharge mentale, stress chronique, pressions professionnelles, responsabilités familiales, traumatismes relationnels, fatigue accumulée.

Le psychologue possède une connaissance spécifique de la nature contemporaine des angoisses et des traumas : ceux qui naissent du travail, du couple, de l’histoire familiale, des ruptures, des violences, des burnouts, des pertes, des injonctions sociales. Il sait comment ces facteurs fragilisent le système de régulation psychique, et comment accompagner une personne dans un état modifié de conscience sans la laisser se désorganiser.

Là où les traditions anciennes s’appuyaient sur une communauté, une initiation et un cadre culturel stable, imprégné d'esprits, de "magie" et de croyances culturellement partagées, le psychologue travaille dans un environnement où chacun retourne, après la séance, à une vie faite de contraintes, de responsabilités et de stress.

Et c'est pour un mieux être dans ce monde contemporain aux contraintes spécifiques que le psychologue utilise différents outils, non pour un mieux être ailleurs, dans une communauté ancestrale de Sibérie ou en s'imaginant vivre dans un univers parallèle onirique et magique qui pourrait alors s'apperenter à une fuite dissociative 

C’est pour cela que le cadre de la psychologie clinique est essentiel : il protège, il stabilise, il accompagne, et il permet d’utiliser ces états internes au service de la thérapie sans risque pour la personne.

🔷7. Etat de conscience modifiée - les précautions

Pour qu'une personne puisse rapidement bénéficier des effets thérapeutiques de la transe — accéder à un souvenir traumatique, relâcher une tension ancienne, transformer une émotion — sans en subir les risques, il y a la nécessité de respecter différents protocoles. 

🔷Précautions pour ouvrir l'état de conscience modifiée

Il s'agit tout d'abord de prendre en compte :

  • les antécédents traumatiques

  • les fragilités dissociatives

  • les seuils de tolérance émotionnelle

  • les risques de réactivation traumatique

  • la nécessité de stabiliser avant d’exposer

Avant d’utiliser des méthodes d’altération de la conscience, il est donc indispensable de réaliser un bilan préalable, généralement en une à deux séances. Ce temps permet de clarifier la demande de la personne, de comprendre ce qu’elle traverse, et de définir où l’on va aller dans l’exploration. En quelque sorte, il s’agit d’établir un plan de ciblage, un fil conducteur qui guidera le travail lors de l’état modifié de conscience.

Ce cadre préparatoire est essentiel : il permet d’identifier la cause du mal‑être, de comprendre les mécanismes en jeu, les déclencheurs, les boucles comportementales et émotionnelles qui se répètent. Sans cette étape, entrer dans un état modifié de conscience reviendrait à ouvrir une porte sans savoir ce que l’on cherche, ni comment accompagner ce qui pourrait émerger.

🔷Nécessité de fermer l'état de conscience modifiée

Il est en effet, essentiel de refermer la séance, car toutes les mauvaises pratiques ont un point commun : elles ouvrent des états internes puissants… mais ne savent pas les refermer.

Une séance ne doit jamais se conclure par une entrée dans un “mode magique”, ni par une immersion dans un état altéré qui reste ouvert, diffus, sans contour. Laisser la personne dans cet entre‑deux, c’est l’exposer à une confusion durable, à une déréalisation, ou à une dépendance à l’état modifié de conscience pour fonctionner.

Le rôle du psychologue est précisément d’éviter cela : accompagner l’ouverture, guider l’expérience, puis refermer l’état interne, afin que la personne retrouve un ancrage clair dans la réalité et puisse reprendre le cours de sa vie sans rester suspendue dans un espace psychique inachevé.

🟦Quand la transe devient un trouble de dépersonnalisation ‑ déréalisation (DPDR)

🔷1. Etat de conscience modifiée - la nécessité de refermer l'expérience

Un état ouvert doit être refermé, La transe n’est pas un espace à laisser ouvert et la fermeture de cet état modifié de conscience est vitale.

Si une personne qui est venue chercher un mieux‑être dans une pratique alternative devient, au fil des séances, dépendante d’une altération permanente de la réalité, cela veut dire que la séance ne n’est jamais refermée. 

En effet, lorsque l’état modifié de conscience n’est pas fermé et stabilisé, la personne peut ainsi continuer à chercher, en dehors de la séance, cette sensation d’irréalité ou de déconnexion pour pouvoir fonctionner — comme si elle avait besoin de rester “entre deux mondes” pour tenir.

Ce risque est bien réel, et bien connu, car il est à la base des mécanismes d'emprises qui tendent à transformer une démarche initiale par exemple de mieux‑être en adhésion, en croyance, voire en appartenance à un univers symbolique qui remplace et se substitue progressivement la réalité quotidienne.

C’est d’ailleurs une critique parfois adressée à certaines formes de psychanalyse qui ouvrie un espace thérapeutique qui ne se referme jamais vraiment, où l’on reste dans un travail sans fin, parfois jusqu’à devenir thérapeute soi‑même pour continuer à habiter cet espace.

Le rôle du psychologue contemporain est précisément l’inverse : ouvrir un état interne, l’accompagner, le travailler puis le refermer. Pour que la personne puisse revenir en meilleure santé mentale à sa vie réelle, à son quotidien, à ses responsabilités — sans dépendre d’un cadre magique, d’un rituel ou d’une altération de la réalité permanente pour exister.

🔷1. L'état de déréalisation durable

Cet état altéré, lorsqu’il s’installe, peut modifier les comportements à long terme : retrait social, perte d’ancrage, difficulté à prendre des décisions, besoin croissant de retrouver la transe pour fonctionner, ou encore confusion entre réalité et expérience interne.

C'est un glissement progressif où la personne ne perçoit plus son environnement, ses émotions ou ses relations avec la même netteté qu’avant.

Dans les classifications internationales (DSM‑5), il est décrit comme un trouble (DPDR) définit par une déréalisation qui s’installe, persiste, et modifie durablement le rapport à la réalité.

C'est un risque majeur de ces pratiques de modification de la conscience. La personne ne vit plus vraiment dans le monde, mais dans une sorte d’entre‑deux psychique qui finit par orienter ses choix, ses réactions et son rapport aux autres.

🔷1. Définition clinique du phénomène

Le trouble de dépersonnalisation ‑ déréalisation est un trouble dissociatif caractérisé par :

  • un sentiment persistant ou récurrent d’irréalité du monde (déréalisation),

  • un sentiment de détachement de soi (dépersonnalisation),

  • une conscience intacte que “quelque chose ne va pas”, ce qui distingue ce trouble d’une psychose.

Les sources cliniques décrivent ce trouble comme une expérience prolongée de détachement de soi ou de son environnement, souvent déclenchée par un stress sévère . Il s’agit d’un trouble dissociatif reconnu dans le DSM‑5, où la déréalisation est définie comme la perception du monde extérieur comme irréel, onirique ou déformé.

🔷2. Pourquoi l'on parle de “durable” ou “chronique”

La déréalisation devient durable lorsqu’elle :

  • persiste dans le temps,

  • altère le fonctionnement quotidien,

  • modifie les comportements (évitement, retrait, rigidification, perte d’ancrage),

  • devient une stratégie involontaire de survie psychique.

Les descriptions cliniques confirment que ces épisodes peuvent durer longtemps et devenir profondément déstabilisants, même si la personne garde conscience que le monde quotidien est réel, il y un avant et un après.

🔷3. Compréhension du phénomène

Les études spécialisées soulignent plusieurs points :

  • Le DPDR est un trouble dissociatif lié à un stress sévère ou à une surcharge émotionnelle.

  • Il peut apparaître après des expériences intenses : trauma, substances, EMC mal refermés, épuisement.

  • La déréalisation durable est un mécanisme de protection qui devient dysfonctionnel lorsqu’il se rigidifie.

  • Les personnes restent conscientes que leur perception est altérée, ce qui augmente la détresse et la confusion

🔷Le symptôme du "rester dans un monde magique”

Certaines personnes, après une expérience intense (rituels, psychotropes, breathwork extrême…), ne reviennent pas complètement à leur état de conscience ordinaire. Elles continuent à fonctionner comme si :

  • les symboles étaient des réalités objectives,

  • les intuitions étaient des vérités absolues,

  • les coïncidences étaient des messages,

  • les émotions internes étaient des signes extérieurs,

  • la frontière entre imaginaire et réel était floue.

C’est une dérive dissociative, où l’état modifié de conscience devient un mode de vie plutôt qu’un moment ponctuel.

🔷Le lien avec la déréalisation durable

Quand cette immersion dans un monde magique se prolonge, cela peut évoluer vers une forme de déréalisation durable :

  • le monde réel paraît moins consistant,

  • les relations deviennent floues ou distantes,

  • les repères temporels et émotionnels se brouillent,

  • la personne se sent “à côté” de sa vie.

Ce n’est pas une psychose : la personne sait intimement que quelque chose ne va pas, mais n’arrive plus à revenir.

🔷Transe et DPDR

Certaines personnes, après des expériences psychédéliques ou des transes mal refermées, ne parviennent plus à clôturer l’état interne ouvert. Elles continuent à vivre dans un mode de pensée magique, comme si la transe se prolongeait dans le quotidien.  Ainsi un état modifié de conscience ouvert sans cadre et non refermé peut déclencher ou renforcer un trouble dissociatif préexistant.

Ce mécanisme dissociatif  peut devenir chronique et évoluer vers une forme de déréalisation durable, proche des états dissociatifs persistants décrits notamment en clinique par un trouble de dépersonnalisation ‑ déréalisation DPDR.

La personne reste ouverte, vulnérable, hyper‑réceptive, et cherche à retrouver l’intensité vécue. Elle glisse alors dans un mode magique permanent, qui devient une forme d’auto‑régulation… mais au prix d’un éloignement du réel.

🔷4. La porte ouverte vers l'emprise

La déréalisation durable fragilise le rapport au réel et au soi. Dans cet état, la personne devient plus vulnérable à l’emprise : elle cherche un sens, une structure, une autorité qui lui permette de stabiliser ce qu’elle ressent.

Les expériences volontairement ou involontairement "non refermées" d'état modifié de conscience, créent précisément ce terrain, où l’état modifié de conscience se prolonge et ouvre la voie à des influences externes parfois dangereuses.

La déréalisation durable fragilise trois fonctions psychiques essentielles :

  • le sens du réel — le monde paraît flou, lointain, irréel.

  • le jugement critique — difficulté à évaluer ce qui est vrai, plausible, dangereux.

  • l’ancrage identitaire — le “moi” devient moins solide, moins différencié.

Quand ces trois piliers s’affaiblissent, la personne devient beaucoup plus sensible à :

  • l’autorité charismatique,

  • les récits magiques ou mystiques,

  • les explications simplistes,

  • les figures qui promettent du sens, de la guidance ou une “vérité supérieure”.

C’est exactement le terrain sur lequel l’emprise s’installe.

🔷5. De la déréalisation à l’emprise

La déréalisation crée un vide : un monde qui ne semble plus fiable, un soi qui ne semble plus stable. L’emprise vient remplir ce vide en proposant :

  • un cadre explicatif,

  • un langage commun,

  • une communauté,

  • une figure d’autorité,

  • un sens à l’expérience vécue.

La personne, déjà en état dissociatif, s’accroche à ce qui lui donne une impression de cohérence. Ce n’est pas de la naïveté : c’est un mécanisme de survie psychique.

Ainsi, certaines expériences d’état modifié de conscience — lorsqu’elles sont mal préparées, mal accompagnées et jamais refermées (volontairement ou involontairement) — créent un terrain de vulnérabilité où l’état interne modifié se prolonge au-delà de la séance, laissant la personne dans un entre‑deux psychique où les repères se brouillent.

C’est dans cet espace ouvert que peuvent s’infiltrer des influences externes, parfois insidieuses, parfois dangereuses, transformant l’EMC en porte d’entrée vers l’emprise plutôt qu’en outil thérapeutique.

🔷6. Pourquoi certaines expériences d'EMC amplifient ce risque

Les pratiques d'Etat Modifié de Conscience non encadrées :

  • ouvrent des états internes très puissants,

  • sans cadre culturel stable,

  • sans rituel de fermeture,

  • sans intégration psychique,

  • sans figure protectrice légitime.

La personne reste alors dans un entre‑deux psychique, hyper‑suggestible, en quête de sens. C’est un terrain idéal pour :

  • les dérives sectaires,

  • les gourous,

  • les thérapeutes non formés,

  • les “guides” autoproclamés.

La déréalisation durable fragilise profondément le rapport au réel et au soi. Dans cet état, l’état modifié de conscience devient un véritable levier d’influence. Le lien entre déréalisation persistante et emprise est d’ailleurs bien établi en clinique : plus une personne est déstabilisée, déracinée de la réalité, plus elle devient vulnérable aux récits, aux figures d’autorité et aux promesses extérieures.

C’est ce que l’on observe dans certaines dérives psychospirituelles avec des achats compulsifs d’objets “magiques” à des prix exorbitants, la participation à des stages d’“approfondissement” sans fin et toujours plus coûteux, avec pour seul horizon la promesse de devenir soi‑même chaman, gourou ou psychanalyste.

Lorsque le réel perd sa consistance, ces "offres" néo-religieuses au packaging séduisant peuvent apparaître comme des solutions, des repères, voire des voies de salut. C'est alors que l’emprise s’installe, non par contrainte, mais par besoin de retrouver une cohérence interne que la déréalisation a fait vaciller.

🟦Quand la transe devient une dérive

🔷1. La responsabilité professionnelle du praticien et les recours

Toute personne qui utilise des techniques modifiant l’état de conscience assume une responsabilité professionnelle.

Cela implique qu'il doit  :

  • évaluer la vulnérabilité psychique

  • connaître les risques dissociatifs

  • savoir stabiliser avant d’exposer

  • savoir refermer un état modifié de conscience

  • ne jamais laisser repartir quelqu’un en état de désorganisation

Lorsqu’un praticien déclenche un état qu’il ne sait pas gérer, ou qu’il utilise une technique sans formation adéquate, il peut engager sa responsabilité.

Les assurances professionnelles existent précisément pour couvrir ce type de risques, elles sont obligatoires pour les praticiens ainsi les personnes victimes peuvent demander réparation lorsqu’un dommage psychique survient dans le cadre où la suite d’une séance.

🟦Transe et risques particuliers pour les hommes

🔷1. Le lâcher‑prise brutal : une rupture du système de contrôle

Chez beaucoup d’hommes, le rapport au “lâcher‑prise” est complexe. Leur équilibre psychique repose souvent sur des modes de fonctionnement stables : performance, maîtrise, endurance, capacité à “tenir”, à “gérer”, à ne pas flancher. Ce sont des stratégies d’adaptation efficaces, mais qui masquent parfois une vulnérabilité profonde.

C’est précisément chez ces hommes que le risque est le plus élevé. Lorsque le contrôle cède — sous hypnose non encadrée, lors d’une stimulation bilatérale mal conduite, ou au cours d’une séance d’EMDR improvisée — l’ouverture d’un état interne trop intense peut provoquer une rupture brutale. Le système, maintenu sous tension depuis des années, peut alors s’effondrer d’un coup. C’est dans ce moment de bascule que surgissent les décompensations : effondrement émotionnel, dissociation, déréalisation, panique ou perte de repères.

Ce n’est pas la transe en elle‑même qui est dangereuse, mais la chute soudaine d’un système de contrôle qui n’a jamais appris à se relâcher progressivement.

🔷2. La colère comme porte d’entrée involontaire dans la transe

Les états modifiés de conscience chez les hommes ne se limitent pas aux pratiques intentionnelles — hypnose, rituels, festivals techno, psychotropes. Ils peuvent émerger dans des situations ordinaires, parfois banales en apparence : stress aigu, dispute de couple, surcharge mentale, conflit professionnel, choc émotionnel, réactivation d’un traumatisme, angoisse, crise de panique, solitude prolongée.

Chez certains hommes, la colère joue un rôle particulier. Elle agit comme un accélérateur physiologique : montée d’adrénaline, hyperactivation du système nerveux, tunnel attentionnel, perte de recul. Cette activation peut déclencher un état proche de la transe : perception altérée, gestes automatiques, pensées rapides, dissociation partielle. L’homme ne “choisit” pas cet état : il y est propulsé.

Dans ces moments, la transe n’est pas une recherche d’expérience intérieure, mais une stratégie automatique du système nerveux pour survivre à une surcharge émotionnelle ou cognitive.

Le danger apparaît lorsque cet état n’est pas reconnu, pas compris, ou qu’il se répète : il peut devenir un mode de fonctionnement, un refuge dissociatif, ou un terrain de déréalisation durable.

🔷La colère, la transe et les violences conjugales

La colère, la transe et la violence conjugale forment un continuum clinique bien connu : lorsque la colère déborde, elle peut déclencher un état de transe involontaire — un basculement physiologique où l’homme perd momentanément recul, perception fine du réel et capacité d’inhibition.

Dans cet état d’hyperactivation, le système nerveux fonctionne en mode automatique : vision tunnel, impulsivité, dissociation partielle, altération du jugement. C’est précisément dans cette zone que le risque de passage à l’acte augmente.

La violence conjugale ne naît pas de la transe elle‑même, mais de cette combinaison dangereuse : une colère non régulée, un état modifié de conscience qui réduit les freins internes, et une difficulté à revenir rapidement à un état d’ancrage. Comprendre ce mécanisme permet de repérer les signaux d’alerte et d’intervenir avant que la bascule ne se produise.

L’impératif pour les hommes est d’apprendre à reconnaître ces phénomènes, à en repérer les premiers signes et à développer des techniques fiables pour prévenir et réguler ces formes de colère explosive.

🔷3. Pourquoi les hommes sont particulièrement exposés

Plusieurs facteurs masculins augmentent la vulnérabilité :

  • La socialisation émotionnelle : apprendre à ne pas montrer, ne pas dire, ne pas ressentir.

  • La pression de performance : être solide, fiable, efficace, quoi qu’il arrive.

  • Le déficit d’espaces de régulation : peu d’occasions d’exprimer la fatigue, la peur, la tristesse.

  • La honte du besoin d’aide : consulter un psychologue est encore vécu comme un aveu de faiblesse par certains.

  • La tendance à l’isolement : gérer seul, jusqu’à l’épuisement.

Ces facteurs créent un paradoxe : les hommes semblent solides, mais leur système interne est parfois beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît, car il n’a jamais été autorisé à se relâcher en sécurité.

Lorsque la transe survient — volontairement ou non — elle peut alors ouvrir trop grand, trop vite, un espace interne qui n’a jamais été exploré. Et c’est là que les risques augmentent : décompensation, déréalisation, colère incontrôlée, effondrement, ou recherche compulsive d’expériences intenses pour retrouver un sentiment d’existence.

🔷4L’enjeu clinique : apprendre à s’ouvrir sans se briser

Pour les hommes, le travail thérapeutique consiste souvent à :

  • apprivoiser progressivement le lâcher‑prise,

  • reconnaître les signes d’entrée en transe involontaire,

  • comprendre les mécanismes de colère et de dissociation,

  • développer des espaces internes sûrs,

  • apprendre à refermer un état interne sans violence ni rupture.

C’est un apprentissage essentiel, car la transe peut être un outil puissant, mais seulement lorsqu’elle est encadrée par un professionnel formé — un psychologue certifié — capable d’ouvrir, d’accompagner et de refermer ces états en sécurité.

🟦Conclusion

La transe n’est pas pathologique. La décompensation n’est pas une transe. Mais certaines formes de transe peuvent révéler, amplifier ou accélérer une fragilité déjà présente, surtout lorsque la personne fonctionne depuis longtemps en mode "tension maximale" - " je sois tenir coûte que coûte".

Avec l’essor des pratiques alternatives, l'on voit de plus en plus de « praticiens » auto‑formés — hypnotiseurs improvisés, chamans néo‑spirituels, coachs énergétiques — déclencher des états dissociatifs sans disposer des compétences nécessaires pour les gérer.

Hypnose rapide, respirations intenses, stimulations bilatérales ou rituels sensoriels ouvrent parfois des transes trop profondes pour être contenues, laissant la personne en état de désorganisation sans explication ni accompagnement.

Mais plus grave encore, certains thérapeutes ne referment jamais réellement la séance. L’état de transe reste alors ouvert, et la personne peut ainsi glisser progressivement vers une forme de dépendance : besoin de retrouver cet état, recherche d’un “monde magique”, adhésion à un univers symbolique ou sectaire, ou encore installation dans une altération de la réalité qui devient un mode permanent de fonctionnement.

On retrouve ce mécanisme dans certains phénomènes de psycho‑addiction, où l’état interne devient une échappatoire comme dans certaines cures psychanalytiques sans fin, où l’espace thérapeutique reste ouvert indéfiniment, sans véritable clôture ni stabilisation.

L’absence de fermeture crée un risque majeur : la personne ne revient plus complètement à elle-même, elle reste dans un entre‑deux psychique, un espace flottant qui peut fragiliser le Moi et altérer sa capacité à vivre dans la réalité quotidienne. Ce phénomène est notamment décrit dans la littérature américaine comme Trouble de Dépersonnalisation - Déréalisation ( DPDR) dans le DSM 5.

Ainsi, modifier l’état de conscience d'une personne n’est jamais anodin. La transe peut être une ressource, un outil, un espace de transformation. Mais mal utilisée, elle peut devenir un point de rupture, surtout chez des hommes qui tiennent depuis des années par la force, le contrôle ou la performance.

C'est pour cette raison, qu'il est indispensable d’être accompagné par un professionnel compétent, capable de reconnaître les vulnérabilités, de prévenir les débordements et de sécuriser le retour à un état stable.

Cependant, certaines transes et l'entrée dans un état modifié de conscience peut être déclenché par une émotion dans des environnements particuliers et peut ainsi révéler ou amplifier une fragilité déjà présente. C'est ce que nous pouvons notamment constater en psychologie masculine dans le phénomène des colères explosives et des violences conjugales. Et c’est là aussi que la compétence du professionnel devient encore une fois essentielle.

Parce qu’en matière d’états internes — qu’ils soient modifiés intentionnellement ou qu'ils surgissent par accident — la sécurité n’est jamais un détail.

Elle constitue la condition même d’un travail psychologique sérieux, mené par un psychologue certifié, formé à ouvrir, accompagner et refermer ces états, même si ils ont été ouverts accidentellement.

Ce n’est pas un luxe : c’est une nécessité fondamentale.

Dr Grijalvo