Les chiffres sont sans appel : les hommes ne sont pas seulement des auteurs potentiels de violence, ils en sont aussi des victimes massives — mais invisibles. Ils meurent davantage sur la route, se blessent davantage au travail, subissent la majorité des agressions hors domicile, et portent en silence des traumatismes que personne ne leur demande de raconter.
Tandis que les violences conjugales touchent majoritairement les femmes, les violences interpersonnelles dans l’espace public frappent d’abord les hommes.
Pourtant, cette réalité statistique et clinique reste largement absente du débat public. L’homme victime dérange, contredit les récits dominants, et disparaît derrière la figure omniprésente de l’homme agresseur et la figure de l homme violent. Cette invisibilité n’est pas seulement culturelle : elle est également institutionnelle, scientifique et thérapeutique.
Cette difficulté à voir les hommes aussi comme des victimes, prive les hommes d’un espace légitime pour dire leur souffrance, et prive les professionnels d’outils adaptés pour les accueillir.
Reconnaître la victimation masculine ne retire rien aux femmes victimes. Cela permet simplement de voir plus juste. De comprendre que la violence a plusieurs visages, plusieurs lieux, plusieurs trajectoires. Et que pour réduire réellement ses effets, il faut cesser de penser en oppositions et commencer à penser en humanité.
Cet essai rappelle une évidence trop longtemps oubliée : les hommes aussi sont des victimes. Et tant que cette vérité restera, masquée et invisibilisée, une partie essentielle de la souffrance humaine restera sans voix, sans soin et sans avenir.
🟦1. La notion de victime en victimologie générale
Si la psychotraumatologie et la victimologie sont parfois confondues c’est que ces deux disciplines sont en lien étroit avec la notion de « victime ». En cela, la question de « qui est victime » et de « qui ne l’est pas », de « qui a le droit de l’être » ou de « qui n’a pas le droit de l’être », reste toujours à définir car cette notion ne va pas de soi1.
La victimologie est une science sociale relativement jeune qui s’intéresse à différents objets d’études qu’il est toujours important de tenter de définir. La victimologie s'intéresse généralement aux « hommes et aux femmes ayant comme point commun d’avoir, à un moment donné de leur vie, subi une atteinte de leur intégrité physique ou mentale ayant provoqué une souffrance morale et/ou blessures graves, réputées susceptibles d’activer un psycho-traumatisme ».
Cette définition a ainsi un rapport direct avec la dangerosité et la violence des environnements dans laquelle une personne évolue. Ainsi, la victimologie générale est en lien avec l’évaluation, du point de vue de la psycho-traumatologie, du péril qu’il y aurait de naître homme ou femme, dans une société donnée ou dans un espace donné.
C'est pourquoi la victimologie doit s'intéresser à toutes les victimes, il s'agit alors du cadre d’une « victimologie dite générale » notamment définie par Gérard LOPEZ1, et dont l’objet de recherche est étendu à toutes les typologies de victimes, d’accidents tout autant que de crimes et délits, concernant les hommes et les femmes dans l'espace considéré.
Cependant, dans cet article où nous nous intéressons plus particulièrement à la psychotraumatologie nous accorderons une attention toute particulière au fait que les accidents vécus par les victimes soient effectivement réputés comme suffisamment impactants pour provoquer un Trouble de Stress Post Traumatique,
1 Lopez G. « La victimologie » 2019 Ed Dalloz- Connaissance du droit, p 8 – 214 p.
1 Lopez G. « La victimologie » « L’Evolution historique du concept « victime » » 2019 Ed Dalloz- Connaissance du droit, p11 – 214p.
🔷1. La victimologie la science de toutes les victimes ?
Si la victimologie se présente comme la science des victimes au sens large, les statistiques disponibles ne permettent pourtant pas de savoir combien de victimes existent réellement, sur un territoire donné, pour l’ensemble des situations accidentogènes.
Les données sont en effet dispersées entre une multitude de sources — accidents de la route, accidents du travail, interventions de police, sécurité publique, dépôts de plainte, agressions violentes, vols avec violence — autant d’informations fragmentées, produites par des institutions différentes, selon des méthodologies hétérogènes et rarement compatibles.
Ainsi, les chiffres relatifs aux victimes ne sont presque jamais présentés sous une forme globale et agrégée, ce qui permettrait dès lors d’obtenir une vision d’ensemble de la victimologie nationale à une date donnée. Une étude synthétique du type : « Nombre total de victimes femmes hommes en France par catégorie en 2026 » n’existe tout simplement pas.
Or, une telle vue d’ensemble — exhaustive, transparente et genrée — serait parfaitement réalisable. Mais sa production relèverait nécessairement d’un choix politique, car elle mettrait dès lors en lumière des réalités qui ne correspondent pas toujours aux récits dominants sur la victimité.
C’est sans doute la raison pour laquelle, en victimologie, les statistiques ne sont presque jamais présentées de manière agrégées, ni même de manière genrées.
Il existe toutefois une seule exception : les violences conjugales. Dans ce domaine, les données sont effectivement agrégées, de façon régionales puis nationales et systématiquement présentées par genre. Cependant dans ce cadre l’homme apparaît essentiellement comme l'agresseur et non comme victime.
🔷2. La victimologie genrée exclusivement pour les violences faites aux femmes
S’il existe aujourd’hui une victimologie explicitement pensée du point de vue du genre, présenté et médiatisé comme tel — c'est le domaine des violences conjugales — les hommes sont alors mis en avant et porté sur le devant de la scène mais exclusivement comme agresseurs.
Et ceci, malgré un pourcentage non négligeable d’hommes victimes de violences conjugales notamment parmi les hommes âgés, dépendants ou en situation de vulnérabilité. Cette réalité, bien que documentée, demeure systématiquement invisibilisée.
Les quelques associations dédiées en France aux hommes victimes — SOS Hommes Battus France, Stop Hommes Battus et Hommes Victimes — ne sont jamais médiatisées, ne bénéficient d’aucune campagne nationale, ne sont jamais mentionnées dans les dispositifs officiels de prévention et trés souvent mal perçues dans certains milieux militants féministes restent totalement marginalisées. Ainsi, faute de financements et de reconnaissance institutionnelle, leur visibilité demeure extrêmement faible.
Ainsi, en dehors du champ des violences conjugales, il n’existe aucune victimologie agrégée qui permettrait de rendre lisible la réalité des hommes victimes.
Rien n’est fait pour rendre cette réalité accessible, pensable ou même simplement visible. Dans le reste du champ victimologique, les données ne sont ainsi ni agrégées ni genrées et les statistiques ne permettent donc pas d’identifier clairement la part respective des hommes et des femmes dans les différentes formes de victimisation.
Cette absence de différenciation produit un effet massif : elle rend totalement invisible les hommes victimes, tout en renforçant dans l'espace public l’association automatique entre masculinité et agression et renforce l'idéntité du genre "masculin violent" .
Dans l’espace médiatique, l’homme se voit refuser tout à la fois le statut de victime alors qu'on lui attribue toujours dans le même temps, et presque par défaut, celui d’agresseur. La violence devient ainsi un phénomène genré, en lien spécifiquement avec les hommes et non un phénomène humain complexe.
Et nous pouvons constater qu'en dehors des violences faites aux femmes, l’analyse genrée disparaît totalement, laissant dans l’ombre l’ensemble des situations où les hommes sont victimes. Cette invisibilité statistique contribue à figer une représentation univoque celle de l homme violent, au détriment d’une compréhension réelle des faits.
C’est précisément pour rompre avec cette invisibilité que nous avons entrepris ce travail de universitaire qui n'avait jamais été entrepris.
Il a consisté en un examen minutieux, presque archéologique, des données disponibles, afin d’identifier, dans le détail, qui est victime, dans quelles proportions, dans quels contextes, et selon quelles catégories.
Notre démarche s’inscrit dans une volonté de revenir aux faits, tels qu’ils se produisent et non de façon parcellaire qui viennent alors alimenter des récits dominants et politiques sur “qui a le droit d’être victime” et “qui n'a pas le droit de l'être”.
🔷3. La victimologie concerne également les hommes
Si il existe une spécificité genrée et une victimologie pour les femmes, pourquoi ne pas faire exister et rendre lisible une victimologie des hommes. En effet, une présentation des répartitions - hommes / femmes - est une différentiation essentielle et toujours considérée comme une préalable indispensable à toute politique de prévention sérieuse.
Cependant ce n'est pas le cas, et en dehors des violences conjugales, qui constituent l’un des rares domaines étudiés sous un angle genré, la victimologie statistique laisse dans l’ombre une grande partie de la réalité. Et cette absence de différenciation rend invisibles certaines réalités, notamment celles concernant les hommes victimes.
C’est précisément pour rompre avec cette invisibilité que nous avons entrepris ce travail de recherche qui à notre connaissance n'a jamais été entrepris. Il a consisté en un examen minutieux, presque archéologique, des données disponibles, afin d’identifier, dans le détail, qui est victime, dans quelles proportions, dans quels contextes, et selon quelles catégories.
Notre démarche s’inscrit dans une volonté de revenir aux faits, tels qu’ils se produisent et non de façon parcellaire qui ont alors tendance à alimenter des récits dominants et politiques sur “qui a le droit d’être victime” et “qui n'a pas le droit de l'être”.
Il ne s'agit pas pour autant d'opposer hommes et femmes, dans leur droit à être ou ne pas être victimes, mais bien de prendre en compte une réalité bien plus complexe qui seule, loin des schémas simplificateurs et des raccourcis idéologiques, permettra de mieux agir dans les situations qui concernent cette scien,ce nouvelle de la victimologie.
🔷4. Pourquoi s'interesser précisément aux hommes victimes
Dans notre pratique, nous avons constaté que l’invisibilité statistique de la victimologie masculine alimente un narratif récurrent : si les hommes ne consultent pas — 20 à 30 % de fréquentation dans les centres régionaux de psychotraumatologie, contre 70 à 80 % pour les femmes — c’est qu’ils ne seraient pas victimes.
Ce raisonnement repose sur une confusion fondamentale : l’absence de données n’est pas l’absence de victimes. Mais faute de statistiques agrégées et genrées, la souffrance masculine reste largement invisible, ce qui permet ensuite de penser qu’elle n’existe pas.
Cette logique circulaire fonctionne ainsi :
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les hommes ne sont pas identifiés comme victimes dans les statistiques,
-
donc ils ne sont pas perçus comme victimes,
- c'est pourquoi ils ne consultent pas
- les femmes sont elles identifiées comme victimes des hommes
- les femmes doivent être protégées des agresseurs
-
donc les dispositifs ne sont pas pensés pour les hommes
- les centres sont réticents à accepter les hommes
-
donc ils consultent moins
-
ce qui confirme l’idée qu’ils ne sont pas victimes.
Cette logique tautologique alimentée par l'absence de statistiques genrées dans le champ de la victimologie générale , occulte totalement que l’absence de prise en charge des hommes victimes soit la cause, et non la preuve, de absence apparente des hommes victimes dans les dispositifs d'accueil.
Cet angle mort, rend totalement invisible les obstacles spécifiques rencontrés par les hommes victimes : stigmatisation, absence de dispositifs adaptés, peur d’être disqualifiés, et représentation sociale persistante selon laquelle un homme ne peut être qu’agresseur, jamais victime.
Ainsi, l’invisibilité statistique ne reflète pas une absence de souffrance masculine : elle la produit, elle la renforce, elle la légitime. Elle transforme un déficit de données en déficit d’existence.
🔷5. "Si les hommes ne consultent pas c’est qu’ils ne sont pas victimes" - Faux
L'invisibilité statistique de la victimologie masculine, tend à alimenter l'affirmation généralement admise que si les hommes ne consultent pas, notamment dans les centres dédiés de psychotraumatismes c’est qu’ils ne sont pas victimes.
C'est en cela que notre travail revêt une importance toute particulière, car il vise précisément à rompre le cercle tautologique produit par l’absence de statistiques globales et genrées — à l’exception notable des violences conjugales. En effet, tant que les hommes ne sont pas identifiés comme victimes dans les autres domaines de la victimologie (accidents de la route, accidents du travail, agressions, vols avec violence, etc.), deux conséquences majeures se renforcent mutuellement.
D’une part, aucun dispositif n’est pensé spécifiquement ou adaptés pour les hommes victimes. Si des statistiques globales et genrées existaient, elles feraient immédiatement apparaître une proportion importante d’hommes victimes dans de nombreux contextes (accidents de la route, accidents du travail, agressions, vols avec violence, etc.). Cela poserait alors une question incontournable : pourquoi un nombre significatif de victimes masculines ne consulte‑t‑il pas les centres spécialisés ? Mais faute de données, cette question n’est jamais posée, et la spécificité éventuelle de leur prise en charge n’est jamais envisagée.
D’autre part, lorsque les hommes se présentent dans les dispositifs d’accueil, ils arrivent dans un cadre où, statistiquement, ils ne sont pas censés être victimes. Et de plus ils y entrent précédés d’une réputation d’agresseurs, construite presque exclusivement à partir des statistiques des violences conjugales — les seules données genrées réellement disponibles.
Dans des services où le personnel est très majoritairement féminin (environ 90 %), cette représentation produit un réflexe institutionnel compréhensible mais problématique : protéger les femmes victimes, considérées comme les seules légitimes à être accueillies dans ces centres. Le personnel tend alors à limiter, voire à exclure, la présence d’hommes dans les structures, afin d’éviter des situations perçues comme potentiellement dangereuses ou génératrices de chocs secondaires.
Ainsi, l’absence de statistiques genrées ne se contente pas d’invisibiliser les hommes victimes : elle organise leur invisibilité, elle justifie leur non‑accueil, et elle renforce l’idée qu’ils ne seraient pas victimes, puisque leur absence dans les dispositifs devient la preuve de leur inexistence.
🟦2. Victimologie générale masculine
L’absence de statistiques globales et genrées en victimologie générale empêche de faire remonter les réalités du terrain, alors même que les faits montrent clairement que les hommes sont eux aussi victimes dans de nombreux contextes. Pourtant, cette réalité n’apparaît nulle part dans les données institutionnelles.
Notre démarche vise précisément à rompre avec cette vision politique de la victimité essentiellement portée sur les violences conjugales. En explorant les données réelles, nous avons cherché à faire émerger la réalité du terrain, et non une représentation idéologique de qui “devrait” être victime.
Ce travail n’a pas pour but d’opposer les sexes, mais de rétablir une évidence clinique : la souffrance n’a pas de genre, et la victimologie ne peut progresser qu’en s’appuyant sur les faits, non sur des narratifs construits à partir de données partielles ou tronquées.
C’est pourquoi nous avons entrepris un examen systématique des différents domaines où les hommes sont victimes — accidents, agressions, violences, situations de vulnérabilité — afin de déterminer, concrètement, qui est victime, dans quelles proportions, et dans quels contextes. L’objectif est de sortir d’une vision politique de la victimité pour revenir à une lecture factuelle, fondée sur les données disponibles, même lorsqu’elles sont dispersées ou difficiles d’accès.
🔷1. Approche sexo-differenciée des accidents du travail
Sur la sinistralité au travail, il est tout d’abord important de noter que les métiers les plus dangereux que sont ceux de militaires, gendarmes, policiers, pompiers, marins pêcheurs, élagueurs, couvreurs, éboueurs, bûcherons, manutentionnaires, soudeurs, ou techniciens de maintenance sont très majoritairement tenus par les hommes1.
Ainsi, et de façon générale, les hommes sont nettement plus susceptibles d’être impliqués dans des accidents du travail2 ou d’être victimes, dans des proportions de 70 % pour les hommes et 30 % pour les femmes3.
Nous pourrions également remarquer que 63 % des 650 000 accidents de travail en France pour l’année 2019 concernent des hommes soit environ 410 000 4 dont environ 10 % soit 40 000 accidents du travail laissant des séquelles durables5.
1 Les hommes représentent 90 % des décès. Publié en 2022 à partir des données 2019 « Accidents graves et morts au travail : surtout des hommes et des ouvriers » (inegalites.fr) - Observatoire des inégalités https://www.inegalites.fr/Accidents-graves-et-morts-au-travail-surtout-des-hommes-et-des-ouvriers
2Le risque d’accident du travail grave est plus élevé dans la construction, l’agriculture, les industries extractives, le travail du bois, le transport et l’entreposage. La fréquence et la gravité des accidents du travail sont particulièrement importantes dans les activités de gros œuvre, de couverture et de charpente, ainsi que dans la manutention de marchandises ou bagages « Quels sont les salariés les plus touchés » https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/quels-sont-les-salaries-les-plus-touches-par-les-accidents-du-travail-en-2019
3 « Photographie Statistique de la sinistralité au travail en France selon le sexe, entre 2001 et 2019 » - Rapport Anact Juin 2022 30 pages (Cf Annexes)
4 Les accidents mortels, concernent à plus de 90% des hommes et ceci dans tous les secteurs. Environ 20 000 accidents graves. Rapport annuel 2022 de l'Assurance Maladie - Risques professionnels https://www.assurance-maladie.ameli.fr/etudes-et-donnees/2022-rapport-annuel-assurance-maladie-risques-professionnels
5 « Sécurité au travail : responsabilité de l’entreprise, vigilance de tous ! » - Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) https://occitanie.dreets.gouv.fr/Securite-au-travail-responsabilite-de-l-entreprise-vigilance-de-tous - Deux morts par jour en France https://www.novethic.fr/actualite/social/conditions-de-travail/isr-rse/deux-morts-par-jour-en-france-les-accidents-du-travail-une-hecatombe-invisible-151932.html
🔷2. Approche sexo-differenciée des accidents sur la voie publique
En ce qui concerne l’accidentologie sur la voie publique1, la part des hommes dans la mortalité routière reste toujours prépondérante et reste stable à 78 %2. Ce nombre de tués s’accompagne également d’autant de blessés graves où 75 % sont également de sexe masculin.
Ainsi, par exemple sur 240 000 personnes blessées en 2021 en France soit 182 400 hommes ( pour 57 000 femmes ) dont 12 000 gravement avec des séquelles incapacitantes (pour 3000 femmes).
L'accidentologie sur la voie publique est également très défavorable en ce qui concerne les hommes, et particulièrement au travers des accidents de la route2
1« Observatoire national interministériel de la sécurité routière « Rapport « Estimation du nombre de blessé graves et légers en France selon l échelle internationale des blessures AIS » La Sécurité Routière 2023 – 20p Bilan 2023 de la sécurité routière | Observatoire national interministériel de la sécurité routière (securite-routiere.gouv.fr)
2 La mortalité en France selon le genre reste donc en défaveur des hommes quelque soit le mode de déplacement, à pied où les hommes représentent 64 % des tués, en véhicules de tourismes 71 % des tués, à vélo 86 %, dans les nouveaux modes de déplacement dits engins de déplacements personnels motorisés où ils représentent 84 % des tués, en deux roues motorisés 92 % des tués et jusqu’à 94 % des tués en véhicules utilitaires ou en poids lourds. « Bilan 2023 de la sécurité routière | Observatoire national interministériel de la sécurité routière » 2023 - 206 pages – (Cf Annexes) https://www.onisr.securite-routiere.gouv.fr/sites/default/files/2024/09/Bilan%20SR%202023%20version%20site%20internet%2012%20septembre.pdf
🔷3. L'apparition de syndromes post-traumatiques en accidentologie
Autrefois confondu avec le syndrome post-commotionnel (SPC)1 qui était réputé toucher spécifiquement les traumatismes crâniens, il est aujourd’hui établi que les accidents du travail comme les accidents de la route peuvent entraîner un syndrome post-traumatique.
Le syndrome TSPT, ne touche pas spécifiquement les traumatisés crâniens, mais plus largement les personnes exposées à une situation stressante au cours de laquelle, leur vie ou celle d’une autre personne est mise en danger. Ainsi, parfois même plusieurs mois après l’accident, de nombreux accidentés peuvent encore souffrir de symptômes, maux de tête, douleurs diverses, peurs incontrôlables pouvant constituer un véritable handicap.
Cependant, la survenue d’un TSPT, dépend de nombreux facteurs en liens avec l‘histoire de la personne impactée, ses environnements mais aussi avec la nature de l’événement traumatique.
L'estimation de la survenue d'un TSPT, après un accident du travail ou sur la voie publique, est cependant assez bien documenté.
🔷1. Accidents de la route : prévalence du TSPT
Les données sont très solides et convergentes avec un Taux de TSPT après accident de la route
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20 % à 40 % des victimes d’accidents graves développent un TSPT.
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Certaines revues systématiques montrent même :
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20 % selon les critères DSM‑5
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jusqu’à 45 % selon les critères ICD‑10, dans les 6 semaines suivant l’accident
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À un an :
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17,9 % à 29,8 % présentent encore un TSPT
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Les symptômes persistent chez plus de la moitié des personnes initialement diagnostiquées, jusqu’à 3 ans après l’accident.
Conclusion : les accidents de la route constituent l’un des événements accidentels les plus fortement corrélés au TSPT.
🔷2. Accidents du travail et TPST que sait‑on ?
Ici, les données sont beaucoup plus fragmentaires. Il n’existe pas, en France, de grande étude nationale équivalente à celles sur les accidents de la route.
Cependant, plusieurs éléments sont établis :
Accidents du travail graves
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Les accidents du travail graves (chutes, écrasements, amputations, accidents mortels évités de peu) sont considérés comme événements potentiellement traumatiques au sens du TSPT. (OMS / Inserm)
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Les taux de TSPT observés dans les études sectorielles (industrie, BTP, transport) varient généralement entre 10 % et 30 %, mais ces chiffres ne sont pas consolidés au niveau national.
Pourquoi si peu de données ?
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Les accidents du travail sont traités par la médecine du travail, la CNAM, les CHSCT, etc.
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Aucune institution ne publie de données psychotraumatiques agrégées.
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Le TSPT n’est pas systématiquement dépisté après un accident du travail.
Conclusion : les accidents du travail peuvent entraîner des TSPT à des taux estimés entre 10 et 30 % et relativement comparables aux accidents de la route, mais la France ne propose pas de statistiques nationales consolidées , incluant les dispositifs de diagnotics et de surveillance.
🔷3. Estimation de la survenue d'un TSPT chez les hommes
Les accidents de la route sont l’un des contextes accidentels les plus documentés en matière de TSPT : entre 20 % et 40 % des victimes d’accidents graves en souffrent.
Les accidents du travail, bien que moins étudiés, constituent également des événements potentiellement traumatiques susceptibles d’entraîner un TSPT, avec des taux estimés entre 10 % et 30 % selon les études sectorielles.
Cependant l’absence de données nationales consolidées contribue à invisibiliser cette réalité, en particulier pour les hommes, majoritaires dans les accidents du travail et de la route.
En effet, les données disponibles montrent pourtant clairement que les hommes sont massivement exposés aux événements accidentels susceptibles d’entraîner un trouble psychotraumatique.
Chaque année en France, sur les 410 000 accidents du travail il y a environ 40 000 hommes victimes d’accidents grave, nous pourrions estimer 12000 atteints de TSPT et sur les 182 400 hommes blessés hospitalisés dans des accidents de la route si 12 000 le sont avec des séquelles durables. nous pourrions estimés 70 000 hommes porteurs de TSPT
Or ces deux catégories d’événements figurent parmi les contextes les plus documentés pour leur capacité à générer un trouble de stress post‑traumatique (TSPT), avec des taux estimés selon les études sectorielles entre 10 % et 30 % pour les accidents du travail graves et de 20 % et 40 % pour les accidents de la route, c'est a dire envrons 12000 hommes accidentés di travail atteints de TSPT et 70 000 hommes accidentés de la route porteurs de TSPT
Ces chiffres, pourtant considérables, ne sont jamais présentés de manière agrégée ni genrée dans les statistiques institutionnelles. Ils ne remontent donc pas dans le champ de la victimologie générale, ce qui contribue à entretenir l’idée que les hommes seraient peu concernés par le psychotraumatisme.
En réalité, ils constituent une population fortement exposée aux événements traumatiques, mais invisibilisée par l’absence de données consolidées.
Notre travail vise précisément à faire émerger cette réalité factuelle : la souffrance masculine existe, elle est mesurable, et elle doit être intégrée aux politiques de prise en soin et de suivi.
Car un grand nombre de TSPT masculins, non diagnostiqués faute d’identification préalable, se retrouvent ensuite dissous dans d’autres catégories cliniques : épisodes dépressifs, burn‑out professionnels, arrêts de travail à répétition, troubles anxieux ou somatisations.
Autant de troubles qui vont ainsi alimenter les statistiques générales masculines de santé publique, mais jamais comme victimes d’un événement traumatique. La souffrance masculine est comptabilisée, mais déracinée de sa cause, ce qui empêche toute prise en charge adaptée.
L’absence de reconnaissance initiale produit ainsi une chaîne d’invisibilisation : pas de données → pas de diagnostic → pas de prise en charge → une souffrance qui réapparaît ailleurs, sous d’autres étiquettes et possiblement comme celui d'un mal être général masculin.
1« Après un accident, quels sont les risques de syndrome de stress post-traumatique? » Lagarde E. INSERM - Juillet 2014 https://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/14289/2014_07_16_CP_Accident_StressPostTr.pdf?sequence=1
Sources utilisées CN2R – Dossier accidents de la route et psychotrauma (20–40 %) / Revue systématique MDPI (20–45 %, persistance 1–3 ans) / OMS – données générales sur le TSPT / Inserm – dossier TSPT
🟦2. Victimologie pénale masculine
🔷1. Le marqueur de l’intention humaine : Psychotraumatologie et victimologie pénale
De nombreuses études3 montrent que la présence de l’intention humaine dans l’événement traumatique est déterminante dans l’apparition d’un TSPT, ceci est notamment le cas des agressions violentes, qui sont volontairement et intentionnellement portées par des individus agresseurs sur d'autres personnes les victimes.
Les études internationales montrent ainsi que l’intentionnalité humaine est l’un des facteurs les plus puissants dans la genèse d’un TSPT. Autrement dit : lorsqu’un traumatisme est causé volontairement par un autre humain, le risque de TSPT augmente fortement et ceci indépendamment du genre.
Voici les chiffres les plus robustes : Taux de TSPT après agression violente
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30 % à 50 % des victimes d’agressions violentes développent un TSPT.
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Certaines études montent jusqu’à 60 % lorsque l’agression implique :
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une arme,
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une menace physique de mort,
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un passage à tabac,
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un vol avec violence.
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Les recherches montrent que l’intentionnalité humaine donne un risque plus élevé de TSPT car cela ajoute :
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un sentiment d’injustice,
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une atteinte à l’intégrité morale,
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une perte de confiance dans autrui,
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une menace directe à la survie,
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une humiliation ou une domination vécue comme personnelle.
Ces dimensions psychiques amplifient la probabilité d’un TSPT, ainsi plus de la moitié des agressions violentes, portées intentionnellement sont susceptibles de donner un Trouble de Stress Post Traumatique
3 La cinquième édition du Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM5) définit comme traumatogène toute situation qui implique « une mort effective, une menace de mort, une blessure grave ou des violences sexuelles » (APA, 2015, p. 320) « American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders - DSM 5 » Washington: APA; 2013. - Risk Factors for PTSD » By Matthew Tull, PhD November 17, 2019 https://www.verywellmind.com/risk-factors-for-ptsd-following-a-traffic-accident-2797197
🔷2. Exploitation des données disponibles - La limite du dépôt de plainte
Le nombre le nombre d’agressions violentes dépend à la fois du niveau de violence global dans une société — et pas seulement des violences intrafamiliales ou conjugales — ainsi que du niveau de répression et d’efficacité d'enregistrement de l’appareil judiciaire de cette même société.
En effet, pour qu’une agression existe statistiquement, encore faut‑il qu’elle soit signalée, enregistrée et réprimée. Autrement dit : une violence non déclarée n’existe pas dans les chiffres, ainsi qu'une violence difficile à signaler ou empêchée n’existe pas
Le dépôt de plainte devient ainsi un filtre majeur : il suppose que la victime puisse signaler les faits, que l’accueil soit possible, que la procédure soit accessible, et que la sanction soit suffisamment crédible pour justifier la démarche. Là où ces conditions ne sont pas réunies, les violences restent invisibles.
C’est en ce sens que la psychotraumatologie rejoint la victimologie pénale : pour comprendre qui est victime, de qui, et dans quelles circonstances, il faut se tourner vers les statistiques produites par les services de police et de justice.
Ce sont elles qui permettent d’identifier les violences intentionnelles, de mesurer leur fréquence, et de comprendre les contextes dans lesquels elles surviennent. Sans cette articulation entre psychotraumatologie et données pénales, une grande partie des violences — demeure hors champ, et donc hors prise en charge et ceci est vrai tout autant pour les femmes que pour les hommes.
🔷3. Les hommes adultes agresseurs et victimes
L’agression — qu’elle soit physique, sexuelle, verbale ou psychologique — lorsqu’elle est volontairement infligée par une personne à une autre, comme les études le soulignent constitue l’un des facteurs les plus déterminants dans l’apparition d’un TSPT.
Les données internationales sont très claires : l’intentionnalité humaine augmente fortement le risque de psychotraumatisme, bien davantage que les accidents ou les catastrophes naturelles.
Les statistiques en victimologie pénale montrent que, dans la majorité des cas, les femmes sont victimes d’hommes mais elles montrent aussi un fait essentiel, souvent passé sous silence : les hommes sont eux aussi victimes, et principalement d’autres hommes.
C’est ici que se situe un véritable point aveugle de la vision dominante de la victimation : en réduisant la lecture des violences à un schéma univoque — homme agresseur / femme victime — on invisibilise toute une partie des victimes masculines, et l’on fausse l’évaluation réelle des besoins de prise en charge.
Il faut donc mener une double exploration :
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les femmes victimes d’hommes, ce qui est bien documenté ;
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les hommes victimes d’autres hommes, ce qui est massif mais très peu mis en lumière.
Le fait que les hommes puissent être à la fois agresseurs et victimes doit cependant interdire toute simplification qui ferait de l’homme un agresseur par essence et de la femme une victime par nature. La réalité est plus complexe, et c’est précisément cette complexité que nous avons essayé de metre en lumière dans notre travail dans l'analyse de victimologie pénale.
🔷4. Quels crimes et délits pour quelles proportions d’hommes et de femmes victimes ?
Le niveau de violence au sein d’une société est donné par différents indicateurs, tout d’abord par des enquêtes qui interrogent un échantillon de personnes, par exemple sur leur sentiment d’insécurité, ou bien qui cherchent à savoir si dans le passé elles ont été victimes d’agressions, dans la rue, au travail, c’est a dire à l’extérieur du foyer familial, mais aussi à l’intérieur de celui-ci.
Il y a également le rapport de différentes associations et services étatiques qui tout en facilitant l’accueil des victimes, les engagent fortement à déposer plainte1 ce qui, compte tenu de la complexité des situations n‘est pas toujours2 réalisé. Enfin, il y a le nombre de plaintes effectivement déposées auprès des services de police et gendarmerie3.
Cependant toutes ces analyses ne sont pas annuelles ni compliées systématiquement et récurrentes de façon périodiques, il s'agit souvent d'analyses réalisées ponctuellement, parfois sur un territoire ou à la demande d'une commission ou d'une étude spécifique émanant d'un observatoire ou d'un institut.
Ainsi, en 2011 selon l’enquête de l’INSEE4, il a été constaté que la part d’adultes victimes d’agressions, avec violences physiques était, hors ménage, comparable chez les femmes (4,7%°) et chez les hommes (4,3 % ). Par ailleurs, selon la même enquête plus de 400 000 femmes ont déclaré avoir été victimes de violences conjugales au cours des deux années précédant l’interrogation, Sur la période 2018-20195, il est constaté que 20,6 % des femmes et 19,9 % des hommes âgés de 18 a 75 ans, ont déclaré avoir subi, au cours de l‘année précédente, une agression, hors du foyer familial soit des proportions relativement similaires entre les hommes et les femmes.
En 2022, dans le cadre de l’amélioration de l’accueil des victimes1 par les services de police-gendarmerie, il y a eu l’enregistrement de 244 000 victimes de violences conjugales, c’est a dire comprenant tout type de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire. La grande majorité des victimes sont des femmes (86 %) soit 209 800 alors que les mis en cause sont le plus souvent des hommes (87 %). Selon les statistiques disponibles, les deux tiers des violences conjugales rapportées consistent en des violences physiques pour environ 65 % c’est a dire 136 400 femmes, 30% d'ordre verbal ou psychologique soit environ 62 940 et 5% soit 10 490 victimes sont des cas de violences sexuelles.
Pour l’année 20232, si nous ne retenons que les 444 7003 plaintes déposées pour agressions et violences physiques, il y a eu 21 000 plaintes effectivement enregistrées par des hommes agressés dans le cadre de violences conjugales auxquelles s’ajoutent 205 900 hommes ayant déposé plainte suite a une agression et violence physique grave, en dehors de tout contexte familial, et commises majoritairement par d’autres hommes, pour environ 217 000 femmes victimes d’agressions dont environ 114 000 pour violences physiques ou psychologiques et près de 84 000 plaintes pour des faits de violences sexuelles caractérisées intra ou extra familiales.
Nous pouvons ainsi rapporter un certain équilibre dans le taux de victimation entre les hommes (226 900 ) et les femmes (217 000) cependant nous pouvons constater qu’ils n’ont pas été victimes des mêmes faits.
De façon globale, les femmes sont plus fréquemment victimes de violences sexuelles hors ménage (0,8 % contre 0,3 % pour les hommes) et de violences physiques ou sexuelles au sein du ménage (1,1 % contre 0,6 %). Les hommes eux, sont plus souvent confrontés à des violences physiques hors ménage (2,0 % contre 1,4 % pour les femmes).
En conclusion, les femmes sont majoritairement victimes d’agressions à caractère sexuel dans et hors ménage, et le plus souvent sexuellement agressées par un proche, les hommes sont violemment agressé hors de leur domicile à l'extérieur par un inconnu, et les femmes sont le plus souvent agressées dans le cadre familial avec le constat que les jeunes et les parents de familles monoparentales sont plus souvent victimes4 toutes catégories confondues.
1 En France en 2022, dans le cadre de libération de la parole et d’amélioration des conditions d’accueil des victimes par les services de police et de gendarmerie les services de sécurité ont enregistré 244 000 victimes de violences conjugales c’est a dire commises par leur partenaire ou ex-partenaire, soit une augmentation de 15 % par rapport à 2021, mais cependant proche du taux d’évolution annuel moyen constaté depuis 2019. le nombre de victimes enregistrées a ainsi doublé depuis 2016. La part de victimes rapportant des faits antérieurs à leur année d’enregistrement reste stable par rapport à 2021 (28 %). Les deux tiers des violences conjugales consistent en des violences physiques ; la grande majorité des victimes sont des femmes (86 %) alors que les mis en cause sont le plus souvent des hommes (87 %) , 13 % sont des femmes. Les violences conjugales enregistrées par les services de sécurité en 2022 | Ministère de l'Intérieur et des Outre-mer (interieur.gouv.fr) https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/violences-conjugales-enregistrees-par-services-de-securite-en-2022 voir également dossier « Sécurité et société » INSEE Références , Edition 2021 – 219 pages ( cf Annexes)
2 Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) Intestats Info Rapide n°32, paru le 29 février 2024 https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/victimes-de-violences-physiques-ou-sexuelles-enregistrees-par
3 Sur l’ensemble de ces victimes 96700 étaient mineures ce qui signifie que 348 000 étaient majeures.
4 « Sécurité et société » INSEE Références , Edition 2021 – 219 pages ( cf Annexes)
1 Solveig Le Laurain, David Fonte, Pierluigi Graziani , Grégory Lo Monaco « Les représentations sociales associées à la violence conjugale » In Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2018/3 Numéro 119-120 Pages 211 à 233 : Cette étude souligne que la violence conjugale est souvent enracinée dans les habitudes du couple et que les obstacles à la recherche d’aide par les victimes sont nombreux. Par https://shs.cairn.info/revue-les-cahiers-internationaux-de-psychologie-sociale-2018-3?lang=fr
2 La raison le plus souvent invoquée est que ce n’est pas la solution ; les services d’accueil indiquent par ailleurs que plus l’agresseur est proche de la victime, moins les faits sont suivis de plainte.
3 En 2022, environ 4,5 millions de plaintes et procès-verbaux ont été déposés en France, ce chiffre inclut les plaintes enregistrées par la police et la gendarmerie, ainsi que les dénonciations aux parquets par des particuliers et des administrations ; Pour 3 053 074 affaires enregistrées ; Pour l’année 2019, il a été enregistré 2,9 millions de victimes ( tous âges confondus ) ayant déposé plaintes contre 2, 2 millions en 2011. https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/art_pix/RSJ2021_Chapitre10.pdf
4 « Femmes et hommes face à la violence » - Insee Première - 1473 - Paru le : 22/11/2013 https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280920
5 « Sécurité et société » un panorama synthétique des connaissances sur les phénomènes de délinquance et leur traitement par la justice. Paru le : 09/12/2021 Insee Références https://www.insee.fr/fr/statistiques/5763557?sommaire=5763633es
🔷5. Particularité des violences conjugales masculines subies
Les violences conjugales masculines subies constituent l’un des angles morts les plus persistants de la victimologie française. En 2023, environ 21 000 hommes ont déposé plainte pour violences au sein du couple. Ce chiffre, déjà significatif, ne représente pourtant qu’une partie des situations recensées par les services de police et de gendarmerie.
Les données du SSMSI ( Ministère de l'Intérieur) indiquent en effet que près de 43 500 hommes ont été enregistrés comme victimes dans les procédures. En effet, comme dans le domaine de la victimologie féminine subie, toutes les situations ne donnent pas lieu à un dépôt de plainte : certaines sont consignées en mains courantes, d’autres signalées par des tiers, d’autres encore apparaissent lors d’interventions.
Mais même ces chiffres restent très en‑deçà de la réalité. Les enquêtes populationnelles (CVS) estiment qu’environ 100 000 hommes subissent chaque année des violences conjugales, ce qui révèle un sous‑signalement massif, lié à la honte, à la peur de ne pas être crus, à l’absence de dispositifs adaptés, et à la représentation dominante selon laquelle un homme ne peut être que l’auteur, jamais la victime.
À cela s’ajoute un problème méthodologique majeur : aucune statistique officielle ne croise le sexe de la victime, le sexe de l’auteur et le dépôt de plainte. On sait seulement que 15 % des mis en cause sont des femmes, ce qui montre que les violences féminines existent, mais restent très peu documentées. Il est donc impossible de savoir combien d’hommes ont porté plainte contre une femme, combien ont été victimes d’un homme (proche ou parents) ou combien n’ont jamais pu signaler les faits.
Cette absence de données croisées produit une invisibilisation structurelle : les hommes victimes de violence féminine apparaissent dans les statistiques générales, mais jamais comme une catégorie identifiable, ce qui empêche d’évaluer leurs besoins, de comprendre leurs trajectoires, et de développer des dispositifs adaptés. Elle entretient également un narratif simplificateur — homme agresseur / femme victime — qui ne correspond ni aux données réelles, ni aux réalités cliniques.
Reconnaître les violences conjugales masculines ne revient pas à opposer les sexes, mais à rendre visible l’ensemble des victimes, afin que la prise en charge soit fondée sur les faits, et non sur des présupposés idéologiques. C’est une condition indispensable pour comprendre la dynamique réelle des violences, et pour offrir à chaque victime — homme ou femme — un accès légitime et effectif à la défense de ses droits, à la protection et au soin.
1. Actualisation 2024 : Nombre total de victimes de violences conjugales enregistrées actualisation - 272 400 victimes enregistrées par police/gendarmerie. 84 % sont des femmes, 16 % des hommes.. Ce qui représente environ 43 500 hommes victimes enregistrés. 2. Proportion d’hommes mis en cause : 85 % des mis en cause sont des hommes. Donc 15 % des mis en cause sont des femmes. 3. Proportion de femmes mis en cause : Des femmes sont bien auteures de violences conjugales donc des femmes agressent des hommes, mais aucune statistique ne dit combien d’hommes ont porté plainte contre elles effectivement , il peut s'agir d'hommes parents, concubins ou compagnons. Les plaintes déposées par les hommes (≈ 21 000), les victimes masculines enregistrées par police‑justice (≈ 43 500), les victimes réelles estimées (≈ 100 000), la proportion de mis en cause féminins (≈ 15 %),
🔷6. Evolution de la criminalité masculine - 1950 - 2025
Les hommes représentent entre 80 % et 95 % des mis en cause selon les types d’infractions, tant à l'extérieur de la sphère familiale ( agressions, viols, vols avec violences), qu'à l intérieur du domicile (violences intra-famililes et conjugales).
Cependant, depuis les années 1950, la criminalité masculine en France à fortement évoluée, ceci est en lien avec l'évolution globale de la société et de nombreuses études analysent ces phénomènes.
Cependant, nous pouvons constater une trajectoire en quatre temps : une période de stabilité (1950–1980), une forte hausse des violences et des homicides (1980–1995), une décrue progressive des homicides (1995–2010), puis une nette remontée des violences physiques et sexuelles depuis 2014.
1950 -1980. les archives montrent une criminalité globalement stable dans les années 1950–1982 . Il s'agit d'une délinquance surtout contre les biens (vols, cambriolages), une criminalité violente faible. Les hommes représentent déjà l’immense majorité des mis en cause (≈ 85–90 % selon les études du CESDIP). Cependant c'est une période de faible violence interpersonnelle.
1980–1995. Durant cette période il y a une forte augmentation de la criminalité masculine en France, notamment des violences et des homicides . Sans doute en raison de facteurs tels la crise économique, chômage, précarité, l'explosion du trafic de stupéfiants et la montée des violences urbaines. Les hommes représentent plus de 90 % des auteurs d’homicides, 80–90 % des auteurs de violences physiques, 95 % des auteurs de violences sexuelles. C'est une Période de pic historique de la violence masculine.
1995–2010 : Durant cette période il y a une baisse des homicides et une stabilisation des autres crimes et délits. Les données montrent une baisse continue du taux d’homicides entre 1990 et 2015, divisé par deux . Ainsi nous constatons une forte baisse des homicides, une baisse progressive des vols, une hausse lente mais régulière. des Violences physiques et des Violences sexuelles stables jusqu’en 2014. Les hommes restent massivement sur‑représentés dans les violences graves. C'est une période de décrue de la violence létale masculine
2010–2023 : hausse des violences physiques et sexuelles. Les statistiques récentes montrent une augmentation quasi constante des violences physiques depuis 2008, avec une accélération après 2014 . Selon les données accessibles Il y a sur la période une hausse continue des violences physiques depuis 2003 (628,3 pour 100 000 habitants en 2023), une hausse constantes des violences sexuelles et augmentation constante et significatives des tentatives d’homicide : +8 % par an depuis 2016 .
Tendances masculines : Les hommes représentent toujours 85–90 % des mis en cause pour violences physiques, les hommes représentent 95 % des mis en cause pour violences sexuelles, hors de la sphère conjugale les hommes sont aussi les principales victimes d’autres hommes.
Période de remontée de la violence masculine non létale et de la violence intra-masculine.
🔷7. Particularité et évolution de la violence féminine
La criminalité féminine tout comme la violence masculine varie fortement selon les contextes socio‑culturels.
En France, les femmes ne représentent que 3 à 4 % de la population carcérale, un taux parmi les plus faibles au monde. À l’inverse, les États‑Unis comptent environ 10 % de femmes incarcérées, et le Mexique 8 à 9 %, proportions nettement plus élevées qu'en France.
Ces écarts traduisent des environnements sociaux différents : plus une société est violente ou instable, plus la criminalité féminine augmente. La France se situe ainsi dans un modèle où la violence féminine est faible, ce qui explique en partie la rareté des femmes incarcérées.
Cependant, il est important de noter que contrairement à la population carcérale masculine, qui a fortement augmenté (surpopulation chronique), la population féminine reste quasi stable. Toutefois, cette faible proportion ne signifie pas l'absence de violence féminine, elle reflète aussi un sous‑signalement, une moindre judiciarisation et une invisibilisation statistique des violences commises par des femmes, notamment dans le cadre conjugal et intra-familial .
Sur les vingt‑cinq dernières années, la population féminine incarcérée en France est restée remarquablement stable, oscillant autour de 2 000 détenues, soit entre 3 % et 4,5 % de l’ensemble des personnes incarcérées. Cette proportion, confirmée par l’OIP, n’a jamais dépassé 4,5 % depuis les années 1980. Alors que la population carcérale totale a fortement augmenté, notamment du fait de l’allongement des peines, le nombre de femmes détenues n’a pratiquement pas varié.
🔷8. Les psychotraumatismes liés à la maltraitance infantile
Si nous nous intéressons aux psychotraumatismes, et à leurs conséquences en population générale, nous devons également tenter de prendre dans cette sinistre comptabilité, les troubles psychotraumatiques, spécifiquement liés à la maltraitance infantiles.
Il est difficile de donner un pourcentage exact de personnes ayant vécu des maltraitances dans l’enfance et ayant développé un psychotraumatisme, car les études varient et les données spécifiques sont extrêmement limitées.
Cependant, il est bien documenté1 que la maltraitance infantile qu’elle s’accompagne ou non de violences physiques et/ou sexuelles, en s’opposant aux besoins fondamentaux de l’enfant augmente considérablement le risque de développer des troubles psychologiques2, comme la dépression et l’anxiété y compris d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Nous pouvons cependant relever qu’en 20213, environ 24 % des Français majeurs se répartissant à part égale de 12 % de femmes et 12 % d’hommes, estimaient avoir été victimes de maltraitances graves dans leur enfance. Ces données doivent nous alerter du point de vue de la psycho-traumatologie sur la nécessité de mieux prendre en compte la maltraitance infantile, ce qui induit tout à la fois des capacités de prise en soins d’enfants et mineurs maltraités que des adultes, victimes d’agressions passées.
En effet, les recherches4 montrent que les adultes ayant subi des traumatismes dans leur enfance sont davantage vulnérables aux effets néfastes des stress ultérieurs, ce qui peut augmenter la probabilité de développer un (TSPT) , tout autant que ces agressions passées peuvent engendrer pour les hommes, agressivité et comportements déviants.
Par ailleurs, un certain nombre d’études notamment nord-américaines, nous indiquent que 50% des troubles dépressifs tout comme 60% des troubles d'addiction liés à l’alcool et 75% des troubles d'addiction liés à l'usage de produits ainsi que 75% des violences conjugales3 sont en lien avec des violences et maltraitances subies dans l’enfance.
1 « L’enfant face aux violences psychologiques » Leray M. Unité de psychopathologie et Centre de victimologie pour mineurs - Centre Régional du Psycho-traumatisme – Hôpitaux Est Parisien.
2 « Enquête genèse – Maltraitance infantile 2021 » SSMSI -Eurostats – Publiée en 2022 - 66 pages.
3 « Maltraitances Infantiles » https://solidarites.gouv.fr/plan-de-lutte-contre-les-violences-faites-aux-enfants-2023-2027 - « The devastating effects of ignoring child maltreatment in psychiatry » – a commentary on Teicher and Samson 2016 Bessel van der Kolk Department of Psychiatry, Boston University, Brookline, MA, USA . - National Library of Medecine doi:10.1111/jcpp.12540 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26889892/
4 « Traumatisme dans l’enfance et sensibilité au stress à l’âge adulte » - Christine Heim, Ph.D. Emory University, États-Unis Août 2009 https://www.enfant-encyclopedie.com/pdf/expert/cerveau/selon-experts/traumatisme-dans-lenfance-et-sensibilite-au-stress-lage-adulte
🔷9. Approfondissement de la notion d’hommes agresseurs
La victimologie, qui est les études des victimes, se focalise généralement sur l‘étude «du criminel et de sa victime1 », ainsi nombre de travaux notamment en lien avec la psychotraumatologie tentent de mieux comprendre les conséquences immédiates de l’acte criminel sur la victime. Il s'agit d'évaluer les conséquences immédiates de l'agression en termes de blessures physiques et psychiques mais aussi rechercher les conséquences sur le long terme, c’est a dire qu'il s'agit de tenter d’évaluer les impacts2 de ces crimes et délits à moyen long terme et comment ces chocs et agressions peuvent influencer et modifier le parcours de vie d’une personne.
Mais il existe l'autre perspective, qui s'intéresse au parcours du criminel ainsi un certain nombre d’études notamment nord-américaines, explorent la relation entre le criminel et sa victime et s'intéressent aux parcours des criminels qui ont conduit jusqu'à leur victime.
Et ces études nous indiquent notamment que 75% des violences conjugales3 sont en lien avec des violences et maltraitances subies dans l’enfance. D’autres travaux qui développent un intérêt dans la recherche de différentes typologies de victimes ou d’agresseurs ont tenté d’explorer plus profondément les parcours des criminels. Ainsi, les recherches montrent que plus de 80% des hommes en prison4 ont subi des adversités durant leur enfance, telles que des mauvais traitements ou des violences domestiques.
D'où l'intérêt de mieux diagnostiquer les maltraitances infantiles, notamment dans les populations de jeunes garçons, quand on sait qu'à l'âge adulte les hommes sont sur-représentés dans les troubles d'adictions et la violence conjugale ou intrafamiliale.
Ainsi, la criminologie du point de vue, « des expériences adverses » (ACE)5 comme le nomment les anglo-saxon, indique que les ACE favorisent notablement le fait de commettre des crimes à l’âge adulte6.
Les résultats de ces recherches démontrent la nécessité qu’il y a, du point de vue de la psychotraumatologie, de ré-interroger cette notion « d’agresseur » ou plus exactement « d’homme agresseur» puisque en grande majorité c’est de l’homme dont il s’agit7.
D'où l'intérêt, encore une fois, de mieux diagnostiquer les maltraitances infantiles chez les hommes afin de mieux comprendre leurs difficultés et apprendre à maîtriser ses ressurgissences douloureuses du passé qui se traduisent parfois par des colères explosives et des événements dramatiques et violents.
1 « Introduction à la victimologie », Wemmers Jo-Anne , Ed. Les Presses de l'Université de Montréal, coll. « Paramètres », novembre 2003, 234 p.
2 « Impact à Long Terme : Les traumatismes de l’enfance peuvent affecter la personnalité et les choix de vie d’un individu, augmentant ainsi le risque de comportements antisociaux et criminels à l’âge adulte » - In Causes and Impact of Offending and Criminal Justice Pathways: Follow-up of the Edinburgh Study Cohort at Age 35 Report to the Nuffield Foundation | March 2022 https://www.nuffieldfoundation.org/news/children-exposed-to-poverty-and-trauma-more-likely-to-offend-as-adults
3 « The devastating effects of ignoring child maltreatment in psychiatry » – a commentary on Teicher and Samson 2016 Bessel van der Kolk Department of Psychiatry, Boston University, Brookline, MA, USA . - National Library of Medecine doi:10.1111/jcpp.12540 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26889892/
4 « More than eight in 10 men in prison suffered childhood adversity – new report » Professor Mark Bellis, Director of Policy and International Development for Public Health Wales - https://phys.org/news/2019-04-men-prison-childhood-adversity.html
5 ACE est l’acronyme en anglais de « Adverse Childhood Experiences » qui est traduit par l’ACE Study par « les expériences négatives de l’enfance » Les expériences adverses de l’enfance (ACE) sont des événements traumatisants ou des circonstances difficiles vécues pendant l’enfance. Ces expériences peuvent inclure : Maltraitance physique, émotionnelle ou sexuelle, Négligence émotionnelle ou physique, Dysfonctionnements familiaux, tels que la violence domestique, la toxicomanie ou les troubles mentaux chez les parents, Pauvreté extrême ou instabilité du logement - https://www.ifemdr.fr/etude-de-felitti-sur-les-experiences-negatives-de-lenfance/
6 « Childhood trauma linked to risk of adult crime » McAra L., McVie S. , Edinburgh Law School , 03 2022 - https://www.ed.ac.uk/news/2022/vulnerable-children-more-likely-to-offend-as-adult
7 Les données spécifiques sur le pourcentage exact d’hommes et de femmes ayant commis un crime ou un délit ne sont pas directement disponibles cependant en France, cependant 96 % des personnes incarcérées sont des hommes , En 2023, 84.707 hommes sont incarcérés dans les prisons en France contre 2490 femmes https://fr.statista.com/statistiques/867194/nombre-prisonniers-sexe-france/
🔷9. Structuration sexuée de la violence volontaire selon les contextes
Les données montrent que la structure sexuée de la violence varie fortement selon les contextes.
Ainsi nous pouvons dire par extrapolation que la violence volontaire hors du domicile est très majoritairement intra‑masculine : environ 58 % des agressions sont commises par des hommes contre des hommes, tandis que 26 % relèvent de violences hétéro‑sexuelles (hommes envers femmes). Les violences commises par des femmes représentent environ 10 % des cas.
À l’inverse, dans le couple, la violence est principalement hétéro‑sexuelle, les femmes constituant 85 % des victimes et 86% des mis en cause sont des hommes
Ces différences montrent que la violence masculine vise d’abord d’autres hommes dans l’espace public, alors que la violence conjugale touche majoritairement les femmes. Une victimologie complète doit donc articuler ces deux réalités, trop souvent traitées séparément.
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Données : 1. Violences hors domicile (hors famille) : la violence est massivement intra‑masculine - Données officielles 2023 (SSMSI) : 69 % des victimes sont des hommes - 84 % des mis en cause sont des hommes - Cela signifie que la majorité des violences hors domicile sont des violences d’hommes envers des hommes. Calcul de la violence intra‑masculine Si 69 % des victimes sont des hommes, et 84 % des auteurs sont des hommes : ≈ 58 % de toutes les violences hors domicile sont intra‑masculines (homme → homme) C’est la catégorie la plus massive de violence en France. 2- Violences hétéro‑sexuelles hors domicile (homme → femme) Toujours hors domicile : 31 % des victimes sont des femmes 84 % des auteurs sont des hommes ≈ 26 % des violences hors domicile sont hétéro‑sexuelles (homme → femme) 3. Violences féminines (femme → homme ou femme → femme). Les femmes représentent : 16 % des mis en cause , 69 % des victimes sont des hommes 31 % des victimes sont des femmes; Il est possible d' estimer : ≈ 10 % des violences hors domicile sont commises par des femmes (femme → homme + femme → femme) 4. Et dans le couple ? Dans les violences conjugales : 85 % des victimes sont des femmes 86 % des mis en cause sont des hommes ≈ 73 % des violences conjugales sont hétéro‑sexuelles (homme → femme) ≈ 13 % sont intra‑masculines (homme → homme) ≈ 12 % sont féminines (femme → homme ou femme → femme)
🟦CONCLUSION
Les chiffres que nous avons analysés tout au long de ce travail ne sont pas de simples abstractions. Derrière chaque pourcentage, derrière chaque catégorie statistique, il y a un visage, une histoire, une blessure.
Les 836 961 hommes victimes et les 652 339 femmes victimes que nous avons pu recenser sur une période annuelle donnée ne sont pas des unités comptables : ce sont des vies interrompues, des corps marqués, des trajectoires brisées. Ce sont des personnes qui ont rencontré la violence de l'accident ou de l'agression volontaire là où elles auraient dû trouver la sécurité, la confiance ou la liberté.
Nous avons pu ainsi déterminer que les hommes étaient les premieres victimes dans les domaines de l'accidentologie sur la voie publique (78% ) ainsi que dans les accidents du travail (70%) mais également en termes d'agressions violentes hors domicile (70 %) . Les femmes sont les premières victimes en termes d'agressions sexuelles 85 % (pour 15% d'hommes) les premières victimes également de violences conjugales à l'intérieur de couple, 84 % de femmes (contre 16 % d’hommes) ainsi que les principales victimes des violences intrafamiliales hors couple — entre parents et enfants, frères et sœurs, ou au sein de la famille élargie — 57% de femmes contre 43 % d’hommes . Nous pouvons également signaler une augmentation de l'accidentologie féminine dans le travail.
Notre analyse montre que les hommes sont massivement victimes dans l’espace public — accidents sur la voie publique, au travail, agressions (violences inter‑masculines) — tandis que les femmes sont massivement victimes dans l’espace intime — violences sexuelles, violences conjugales, violences intrafamiliales.
Ces réalités ne s’opposent pas : elles se complètent. Elles dessinent une première cartographie sexuée de la victimologie où chaque sexe rencontre la souffrance dans des lieux différents, selon des modalités différentes, mais avec une intensité comparable.
Pourtant, la figure de « l’homme victime » demeure presque impensable dans les environnements actuels Elle dérange, elle bouscule, elle semble contredire un récit dominant où l’homme est avant tout perçu comme agresseur et l on préfère à l'homme victime celle plus médiatique et sensationnelle de l homme violent.
Cette invisibilité n’est pas seulement statistique : elle est psychique, sociale, institutionnelle. Et elle a des conséquences car elle prive les hommes d’un espace légitime pour dire leur douleur, leur souffrance et prive les professionnels d’outils adaptés pour les accueillir car les centres spécialisés ne les voient pas.
C’est pourquoi il nous a semblé nécessaire de meiux définir les contours de cette victimation masculine, non pour opposer les souffrances, mais pour élargir notre compréhension de la violence humaine et ainsi tenter de réduire les différents points aveugles qui réduisent la vision de la prise en charge et empêchent d’appréhender efficacement la réalité des difficultés masculines.
Reconnaître les hommes victimes ne retire rien aux femmes victimes ; cela permet simplement de voir plus juste, plus large, plus profondément.
La psycho‑traumatologie a ici un rôle essentiel. En plaçant la victime — toutes les victimes — au centre de son attention, elle offre un refuge, un lieu où la honte peut se déposer, où la parole peut se reconstruire, où la dignité peut revenir.
Elle peut aussi contribuer à mieux comprendre les trajectoires des hommes violents et des hommes agresseurs, non pour les excuser, mais pour prévenir, réparer, transformer. Comprendre la violence masculine, c’est aussi comprendre comment la réduire et la prévenir. C'est ce que nous essayons de faire dans notre pratique quotidienne.
Nous essayons d'aborder les hommes dans leur complexité, dans leurs forces comme dans leurs fragilités, comme des êtres humains, en dehors des préjugés et des stéréotypes, capables d’être blessés autant que de blesser.
En définitive, reconnaître la victimation masculine n’est pas un geste politique : c’est un geste clinique, éthique, profondément humain. C’est accepter que la violence traverse nos sociétés de manière multiple, et que seule une compréhension complète — incluant les hommes autant que les femmes — permettra de réduire réellement ses effets destructeurs.
La psycho-traumatologie en plaçant la notion de victime au coeur de sa pratique, en offrant un refuge et un accueil aux hommes victimes, en prenant comme objet de recherche la réparation des blessures et les conséquences des agressions subies, est a même de contribuer à la réparation des dégâts causés par la violence de nos environnements tout autant que de participer à sa réduction notamment par les soins spécifiques apportés aux hommes violents apportant ainsi une meilleure connaissance de « l’agressologie1 » masculine.
1 Domaine de recherche de la psychologie étudiant les comportements agressifs, et les passages à l'acte pouvant être considérés comme la tentative de trouver une issue à des questions existentielles, pulsionnelles, et la victimologie qui plus tardivement s’est particulièrement intéressée aux effets au long cours d’agressions subies - Douville Oliver et Jacobi Benjamin « 10 entretiens en psychologie clinique de l'adulte » Psycho Sup 2008 Ed. Dunod pp. 85 à 105, 256 pages.
Dr Grijalvo