La psychologie masculine c'est quoi ?

Publié le 7 avril 2026 à 07:51

La psychologie masculine désigne un champ d’étude clinique et théorique qui analyse les spécificités psychologiques associées aux expériences vécues par les hommes. Elle examine l’articulation entre facteurs biologiques, développementaux, sociaux et culturels dans la formation de l’identité masculine, ainsi que leurs effets sur la santé mentale, les modes d’expression émotionnelle, les comportements adaptatifs ou problématiques, les dynamiques relationnelles et les réponses au stress ou au traumatisme.

La psychologie masculine s’intéresse autant aux vulnérabilités masculines qu’aux ressources, aux formes de souffrance invisibilisées qu’aux stratégies d'adaptation (coping), et vise à adapter les pratiques thérapeutiques aux besoins spécifiques des hommes.

🟦1. La psychologie masculine en France

🔷1. Un positionnement scientifique et non-idéologique

La psychologie masculine ne s’est pas créée par militantisme, ni par réaction idéologique. Elle est née d’un constat clinique, scientifique et social, qui s’est imposé progressivement à différent thérapeutes et chercheurs. 

La psychologie masculine est un champ scientifique émergent. En France, la psychologie masculine est aujourd’hui principalement représentée par le Centre de Ressources en Psychologie pour Hommes et Pères, qui, depuis 2024, a initié plusieurs dispositifs spécifiquement adaptés aux hommes : consultations gratuites réservées aux homme, programmes innovants de prise en soin psychique, actions de psychoéducation et production régulière de réflexions à vocation scientifique dans l’espace public et universitaire.

L' axe de recherche principal actuel porte sur le développement de la théorie des schémas de Jeffrey Young dans ses dimensions spécifiquement masculines, afin d'articuler ses avancées méthodologiques et conceptuelles avec la psychotraumatologie. Ce travail d'articulation s’inscrit notamment dans le prolongement du concept d’hantologie introduit par Jacques Derrida, qui offre un cadre théorique pertinent pour penser la persistance des traces traumatiques et leur transmission psychique.

🔷2. Les difficultés de ce positionnement   

Le positionnement théorique que nous défendons vise à reconnaître l’autonomie de la psychologie masculine comme domaine spécifique au sein de la discipline. Une telle proposition ne va pourtant pas de soi car elle se heurte à des réticences profondes, tant de la part de praticiens et de collègues psychologues que de la psychologie institutionnelle elle‑même.

Ainsi, l’idée d’autonomiser ce champ — par exemple à travers la création d’une chaire universitaire dédiée — demeure systématiquement refusée, alors même que la psychologie comporte déjà de nombreuses spécialités reconnues : psychologie du développement de l’enfant, psychologie de l’éducation, psychologie gérontologique, psychologie de la santé, psychologie du travail, neuropsychologie, etc. Autrement dit, plus d’une dizaine de domaines spécifiques sont institutionnalisés, à l’exception notable de l’étude des hommes, pourtant absente de ces découpages académiques.

En effet, la psychologie se pense comme une science universelle, englobant hommes et femmes de manière indifférenciée. Or, cette prétention à l’universalité masque une réalité structurelle qui est celle d'une discipline historiquement fondée par des hommes ayant observé principalement des femmes. avec une profession aujourd'hui composée à 90 % de femmes psychologues, travaillant majoritairement avec des patientes (environ 80 %).

Cette configuration, extrêmement particulière ta,t théorique que pratique contribue à faire de la psychologie, une science centrée sur l’étude du féminin, bien qu'elle ne se présente jamais ainsi et depuis les années 70 de nombreux auteurs contestent cette prétention à l'universalité en soulignant que la psychologie est en fait une anthropologie du féminin.

Dans ce contexte, l’émergence d’une approche spécifiquement masculine qui interrogerait les angles morts de la discipline et susceptibles de révéler des biais longtemps minimisés est perçue comme une menace pouvant remettre en question certains fondements théoriques.

Enfin, l'émergence d'une psychologie masculine suscite également des résistances alimentées par la pression de la sociologie féministe américaine et par les sensibilités contemporaines autour du genre où l'homme "cisgenre" ne fait pas partie du champ de recherche.

🔷3. Honneur aux pionniers !

Ainsi; la pression est telle que notre centre a récemment été exclu de plusieurs plateformes médicales pour « discrimination de genre », au motif que nous proposions des séances gratuites exclusivement destinées aux hommes — et ceci alors même que notre initiative visait à corriger une inégalité d’accès au soin psychique pour les hommes, inégalité largement documentée.

En effet, les hommes consultent peu les psychologues, au mieux ils parlent de leurs difficultés à leur médecin généraliste, plus rarement au psychiatre, obtiennent une prescription médicamenteuse et tentent de « tenir » ainsi. Mais cette stratégie qui ne fait souvent qu’étouffer le symptôme — comme si l'on éteignait l’alarme d’un réveil pour ne plus l’entendre — complique à terme la situation et retarde la prise en soin.

Et c’est précisément pour prévenir ces aggravations — qui se traduisent par un excès de morbidité et de mortalité masculine — que notre action s’est structurée. Nous proposons aux hommes des consultations gratuites afin d’offrir, dès les premiers signes de difficulté, une prise en soin précoce, adaptée et réellement accessible car pensée pour eux et pour les modes d’expression spécifiques des hommes.

🟦1. La psychologie masculine comme discipline scientifique ?

🔷1. Les constats fondateurs 

La psychologie masculine s’est fondée sur un constat simple mais longtemps ignoré : les hommes souffrent, mais leur souffrance est invisible.

La spécificité de la souffrance masculine n'est pas prise en compte dans les théories, ni dans les pratiques thérapeutiques, ainsi les cliniciens observent des dépressions silencieuses, des pensées suicidaires, des traumas non exprimés, des violences subies mais ils ne les reconnaissent pas car ils sont masqués par d'autres comportements qu'ils ne comprennent pas.

Par ailleurs de nombreux thérapeutes, constatent que les hommes consultent peu, abandonnent vite mais cela n'éveille cependant aucune interrogation sur le pourquoi les hommes se sentent si mal accueillis dans des dispositifs de soins psychiques, qui sont le plus souvent pensés pour d'autres et majoritairement gyro-centrés.. 

Enfin, les transformations sociales ont mis en crise les modèles traditionnels de masculinité, laissant de nombreux hommes sans repères émotionnels ou relationnels, ce qui accroît encore les difficultés masculines. 

C’est de cette convergence — souffrance invisible, inadéquation clinique, crise identitaire — qu’est née la psychologie masculine. Non pour opposer les sexes et les genres mais pour comprendre les hommes tels qu’ils sont, dans leur complexité, leurs blessures, leurs ressources, et leurs besoins spécifiques.

🔷2. La structuration du champ disciplinaire

La psychologie masculine tente de se structurer comme "champ scientifique autonome". Si les premières recherches sur les rôles de genre apparaissent dans les années 60, ce n’est qu’à partir des années 80 que se constitue un véritable corpus théorique et clinique, notamment avec la création de la Society for the Psychological Study of Men and Masculinities au sein de l’APA.

Les années 1990–2000 voient ainsi l’émergence d’une littérature clinique solide portées par quelques auteurs (Levant, Real, Wexler) avec la consolidation d’un cadre sociologique (Connell, Kimmel).

Mais ce n'est que dans les années 2010–2020 que l'on parle ouvertement de psychologie masculine et avec une expansion internationale du champ, avec des travaux majeurs sur la santé mentale masculine, la solitude, la honte, la dépression et les violences inter‑masculines.

Aujourd’hui, les universités américaines (Boston University, University of Oregon, Harvard Medical School), britanniques (Manchester, UCL), canadiennes (McGill) et australiennes (Sydney) constituent les pôles principaux de recherche dans le monde. Cependant il est nécessaire de noter, que le nombre de publications en Psychologie Masculine c'est a dire prenant l'homme comme sujet spécifique d'étude, est infinitésimal au regard du nombre de publications sur les études de genre, où l'homme "cisgenre" est systématiquement absent.  

En France, le champ reste embryonnaire, dispersé entre sociologie, psychologie clinique et criminologie un premier travail identifié en psychologie masculine en 2024 à l'Université Paris Descartes. (Piste de Réflexion pour le développement d'une offre de prise en soin thérapeutique spécifique pour les hommes - C. Grijalvo) avec la fondation la même année du premier Centre de Ressources en Psychologie Masculine en France.

Ainsi, la psychologie masculine est un domaine en pleine structuration, à la croisée de la clinique, de la sociologie, de la victimologie, des études sur la violence et des nouvelles approches en psychotraumatologie.

La psychologie masculine souhaite vouloir ainsi répondre de manière scientifique au besoin croissant qui est celui de comprendre les trajectoires psychiques des hommes, leurs vulnérabilités invisibles, et les formes spécifiques de souffrance qui traversent leurs vies.

🔷3. Les principaux auteurs

Ron Levant (2017) (Harvard) il a posé les bases de la psychologie masculine comme champ clinique autonome, en montrant comment les normes de genre influencent la santé mentale des hommes. Addis (2011) explore le silence émotionnel masculin et ses conséquences psychotraumatiques, tandis que Real (1997) un des précurseurs du champ décrit la dépression masculine comme une souffrance masquée notamment par la performance et la colère.

Les travaux de Connell (1995) et Kimmel (2008) éclairent également la construction sociale des masculinités, leurs tensions internes et leurs contradictions.

Sur le plan de la violence, Archer (2000, 2018) et Straus montrent que les hommes sont à la fois les principaux auteurs et les principales victimes dans l’espace public, tandis que Fiebert documente les violences féminines, souvent invisibilisées.

Enfin, les recherches de Reeves (2022) et Way (2011) mettent en lumière les nouvelles vulnérabilités masculines — solitude, isolement émotionnel, perte de repères — qui nécessitent une adaptation profonde des pratiques thérapeutiques.

Nous souhaitons également rajouté à cette liste d'auteurs, importants les expériences de Norah Vincent qui en 2006 à mené une experience immersive radicale " 18 mois dans la peau d'un homme " (Self Made Man 2006) et ainsi ramené des données sur la vie des hommes en contradiction complète avec ce qu'elle s'attendait à trouver ( Voir notre article - Norah Vincent - Ethnographie Radicale - 18 mois dans la peau d'un homme !).

🔷4. Robert E. Whitley : une figure majeure de la santé mentale masculine

Parmi les chercheurs contemporains qui ont profondément renouvelé notre compréhension de la souffrance masculine, Robert E. Whitley occupe une place centrale. Professeur de psychiatrie à l’Université McGill, chercheur au Centre de recherche Douglas et membre honoraire de l’Université de Melbourne, Whitley est l’un des premiers à avoir posé un diagnostic clair : la santé mentale des hommes constitue un angle mort majeur de nos sociétés.

Dans son ouvrage La santé mentale au masculin (2024), il rassemble et synthétise des décennies de recherches issues de la psychiatrie, de la psychologie, de la santé publique, de l’épidémiologie et de la sociologie. Son objectif est explicite : combler une lacune scientifique et culturelle en offrant une vue d’ensemble rigoureuse sur les difficultés psychiques des garçons et des hommes.

Il montre que les hommes sont surreprésentés dans les suicides, les addictions, l’isolement social et les troubles liés à la honte — mais que ces réalités restent peu reconnues, peu étudiées, et encore moins prises en charge.

Whitley insiste sur un point essentiel : les hommes souffrent, mais leur souffrance n’est pas nommée. Elle est souvent interprétée comme de la colère, de l’agressivité, du retrait ou de l’indifférence, alors qu’elle relève fréquemment de blessures psychiques profondes.

Son travail contribue ainsi à légitimer la figure de « l’homme vulnérable », non pour opposer les sexes, mais pour élargir le champ de la santé mentale et offrir aux hommes un espace clinique où leur détresse peut enfin être reconnue et traitée.

En ce sens, Whitley s’inscrit dans la lignée des pionniers de la psychologie masculine, tout en apportant une perspective contemporaine, empirique et transdisciplinaire.

Son œuvre constitue aujourd’hui l’une des références les plus importantes pour comprendre la crise silencieuse que traversent de nombreux hommes afin de pouvoir imaginer des réponses thérapeutiques adaptées. Son travail a été déterminant dans l'exploration que nous avons pu conduire en France.   

🔷5. Les universités et centres de recherche pionniers

Amérique du nord  (le cœur historique du champ)

  • Boston University – Ronald Levant (père de la psychologie masculine moderne).

  • University of Massachusetts Boston – Michael Kimmel (sociologie des masculinités).

  • University of Oregon – Michael Addis (silence émotionnel masculin).

  • Harvard Medical School – Terrence Real (dépression masculine).

  • University of Central Lancashire (UK) – John Archer (agression masculine).

  • APA Division 51 – centre institutionnel majeur.

  • Université Mcgill Montréal - Robert E. Whitley ( Santé mentale au masculin)
  •                                                         Tremblay (l'Agressivité des jeunes garçons)

🟦2. La psychologie masculine pourquoi ?

🔷1. Les hommes souffrent, mais la psychologie ne veux pas les voir !

En effet, les hommes en psychologie ont majoritairement été étudiés comme :

  • des sujets neutres, indistincts et confondus avec le féminin

  • porteurs de normes sociales de référence,

  • des agents de domination.

  • majoritairement porteurs de violences 
  • contaminés par une masculinité toxique  

Mais les hommes ne sont jamais étudiés comme des êtres spécifiques et vulnérables.

Pourtant les cliniciens remarquent une augmentation :

  • des dépressions 

  • des suicides massifs (75% des suicides concernent les hommes)

  • des addictions,

  • des effondrements émotionnels,

  • des violences subies mais non avouées,

  • des traumas non reconnus.

  • des comportements violents, des colères explosives 

La psychologie masculine s'attache ainsi à comprendre spécifiquement les causes de la souffrance masculine, ses formes particulières, ses mécanismes propres, afin d’en réduire les symptômes

🔷2. Les hommes ne vont pas en thérapie mais la thérapie est-elle faite pour eux ?

Les thérapeutes constatent toujours  :

  • que les hommes consultent très peu,

  • qu’ils abandonnent rapidement,

  • qu’ils se sentent jugés, incompris, infantilisés,

  • que les approches classiques ne fonctionnent pas.

Cependant, personne ne s'interroge sur l'éventuelle inadaptation des cadres thérapeutiques et des modèles :

  • les modèles thérapeutiques sont construits pour des femmes,

  • la psychologie est une anthropologie du féminin
  • les hommes ont besoin d’une clinique adaptée à leurs modes d’expression,

  • pour certains auteurs la honte masculine ou des traits de caractère typiquement masculins sont des obstacles majeurs à la demande d’aide.

La psychologie masculine doit chercher à adapter sa clinique aux hommes !

🔷3. Les hommes sont des agresseurs - jamais des victimes !

Avec l’essor de la victimologie, certaines données deviennent impossibles à ignorer. Portant la victimologie n'est genrée que dans le domaine des violences conjugales, où les femmes sont majoritairement victimes et les hommes majoritairement agresseurs.

Cette focalisation, bien qu'essentielle ne représente cependant qu’une partie du réel. Et si l’on étendait l’analyse à des statistiques véritablement sexo‑différenciées, l'on verrait dès lors apparaître une victimologie masculine massive où les hommes représentent :

  • 75 % des suicides sont masculins,

  • 70 % des accidents du travail,

  • 70 % des accidentés sur la voie publique
  • 78 % des morts sur la route,

  • 70 % des agressés hors domicile,

Pourtant, cette réalité — celle d’hommes massivement victimes dans de nombreux domaines — n’apparaît pratiquement jamais dans la littérature. La figure de « l’homme victime », avec ses formes particulières de vulnérabilité, reste largement invisibilisée. La victimologie masculine, malgré son importance statistique, est encore trop souvent ignorée ou considérée comme non pertinente, comme si elle ne pouvait pas exister en tant que telle.

La psychologie masculine doit exister pour combler ces angles morts statistiques et cliniques, notamment dans la spécificité de la prise en compte des victimes masculines

🔷4. La violence masculine - non une nature mais une conséquence !

Les statistiques le prouvent, les hommes sont violents et ils représentent en effet: 

  • 84 % des mis en cause (tous crimes et délits confondus)
  • 95 % des personnes incarcérées

Cependant — et il ne s’agit ni de justifier ni d’excuser — les études nord‑américaines qui introduisent une lecture genrée de la criminalité montrent cependant un fait difficile à ignorer : près de 75 % des violences conjugales commises par des hommes à l’égard de femmes sont liées à des violences ou maltraitances subies dans l'enfance des auteurs de ces violences.

Autrement dit, une grande partie de ces comportements s’inscrit dans la continuité de traumatismes précoces non traités.

De même, les recherches longitudinales portant sur les parcours criminels d’hommes incarcérés révèlent que plus de 80 % d’entre eux ont été victimes de maltraitances, de violences domestiques ou d’expériences négatives majeures durant l’enfance.

Ces travaux démontrent de manière répétée que les traumatismes infantiles augmentent fortement la probabilité de comportements violents ou criminels à l’âge adulte. La violence masculine, dans une proportion massive, est donc d’abord une violence subie avant d’être une violence exercée.

Dans ce contexte, il est illusoire de penser que l’injonction morale, la stigmatisation ou la « déconstruction » abstraite des normes masculines puissent avoir un quelconque effet, ce que démontre les chiffres avec  une augmentation d’environ +80 % à +100 % des violences conjugales enregistrées en France sur vingt ans.

Ce n’est pas en cherchant à fabriquer un « homme nouveau » conforme à un idéal social que l’on réduit la violence, ce n'est pas en favorisant la précarité des couples , ou désormais entre 50 % et 60 % des unions (tous statuts confondus) se séparent dans les 10 ans que l'on ca résoudre les problèmes, bien au contraire.

L’enjeu consiste plutôt à analyser les causes pour en saisir les conséquences. Cela suppose de travailler à la désensibilisation précoce des traumatismes masculins, tout autant de mieux accompagner les hommes dans une meilleure interprétation de leurs environnements, de leurs états émotionnels et des débordements de colère qui peuvent en émerger.

C’est précisément pour combler ces déficiences que la psychologie masculine peut intervenir en amont, avec des outils spécifiques pour la prise en soin précoce de l’irritabilité, des traumatismes, et des formes particulières que peut prendre la violence masculine. Non pas en renforçant les injonctions, comme c'est souvent le cas, mais en offrant un cadre clinique adapté, fondé sur la compréhension plutôt que sur la culpabilisation.

🔷. Les modèles de masculinité traditionnelle ne fonctionnent plus ?

Tous les chercheurs en psychologie et en sociologie convergent aujourd’hui vers les mêmes constats et observent  :

  • une crise identitaire masculine,

  • une perte de repères,

  • une solitude émotionnelle croissante,

  • une difficulté à exprimer la vulnérabilité,

  • une pression sociale contradictoire : être fort, mais sensible ; protecteur, mais non dominant ; performant, mais humble.

Dans ce contexte, l’ancien modèle de l’homme taiseux — celui qui trouvait refuge dans des activités typiquement masculines, et s'isolait dans sa cabane de pêche-chasse au bricolage ou passe aujourd'hui son temps sur les écrans, les réseaux les jeux vidéo ou à faire des squats à la salle — ne fonctionne plus. 

Les attentes contemporaines ont profondément changé et l’homme doit rester présent, disponible, attentif aux inquiétudes de ses proches, (famille, partenaire, enfants ; Il ne peut plus se retrancher derrière un stéréotype protecteur ou silencieux ; il doit écouter, parler, communiquer, se montrer émotionnellement accessible.

Mais cette exigence s’accompagne d'autres injonctions paradoxales toutes aussi lourdes : il doit être fort, tout en ne montrant pas trop sa fatigue ; être stable, mais ne pas s’effondrer ; être solide, mais sans jamais paraître fragile trop longtemps. Une équation impossible, qui place les hommes dans une tension permanente entre ce qu’ils ressentent et ce qu’ils pensent devoir incarner.

Certains auteurs comme Michael Addis parle ainsi d’un « double bind masculin » « Les hommes doivent être forts, mais on leur reproche de ne pas être vulnérables. » 

Et si les modèles traditionnels de masculinité ne peuvent plus fonctionner les hommes sont alors pris dans un contexte permanent d’injonctions paradoxales — et, en réalité, sous de telles contraintes personne ne pourrait tenir !

Pourtant, une grande partie des sciences sociales et notamment la psychologie, n’examine qu’un seul versant de ce paradoxe et ignore systématiquement l’autre, ce qui empêche de comprendre la complexité réelle des trajectoires masculines. 

Ainsi, par exemple les hommes dans les rôles professionnels qu'ils occupent majoritairement doivent être silencieux, rationnels, rigoureux, forts et capables de sauver les autres mais aussi de se sacrifier. Mais dans le même temps, on leur demande de parler d’eux, de se confier, de communiquer davantage, d’être moins rigides, de penser à eux et de poser des limites.

Ces injonctions contradictoires sont difficilement tenables. La psychologie masculine se donne précisément pour objectif d’analyser et comprendre les injonctions contradictoires des situations dans lesquelles ils sont engagés et comment les aider à trouver un équilibre plus stable, plus ajusté.

🟦4. Le projet d'une psychologie masculine en France 

🔷1. Tentative de définition

Lors de l'émergence d'un champ disciplinaire nouveau, il y a toujours des tentatives multiples de définition selon les différents points de vue adoptés.

A ce jour , il n'y a pas de définition stable de la psychologie masculine, car elle ne se définit pas encore comme discipline autonome, en effet tant que ce champ n'existe pas institutionnellement, la définition de la psychologie masculine reste un travail en cours que nous essayons de mener dans l'espace francophone.

Selon notre perspective : la psychologie masculine serait l’étude de ce que signifie être un homme dans un monde qui finalement attend des hommes la force, mais qui dans le même temps, ne leur offre presque jamais des outils de compréhension de leur fatigue, de leur anxiété, de leurs angoisses et de leurs difficultés. 

La psychologie masculine pour nous, c'est la tentative de comprendre comment les hommes apprennent à taire leurs blessures, à contenir leurs émotions, à survivre à la violence — celle qu’ils subissent qu'ils ont subi, autant que celle parfois qu’ils infligent.

C'est une exploration clinique de la manière dont les hommes se construisent, se protègent, se perdent parfois, et cherchent malgré tout un chemin vers la dignité.

La psychologie masculine ne cherche ni à excuser, ni à accuser : elle cherche à comprendre. À rendre visible ce qui ne l’est pas et à offrir aux hommes un espace clinique où ils peuvent enfin exister autrement que dans la caricature.

Selon notre conception :  la psychologie masculine serait ainsi l’étude des processus psychiques, émotionnels, relationnels et comportementaux propres aux trajectoires d’hommes vivant dans un contexte socio‑culturel donné. Son objet de recherche serait d'explorer la manière dont les hommes construisent leur identité, expriment leurs vulnérabilités, gèrent lur souffrance, entrent en relation, affrontent la violence — subie ou agie — et cherchent du sens dans un monde qui leur impose des attentes contradictoires.

🔷2. Améliorer la diffusion de la psychologie masculine  

Le projet de diffusion de la psychologie masculine nécessite tout à la fois de la rendre accessible et de la faire connaître que dans clarifier ses fondements théoriques, ses concepts, ses modèles explicatifs, notamment en montrant en quoi, elle constitue un véritable changement de paradigme dans la compréhension du masculin.

Enfin, il est nécessaire d'ancrer cette théorie dans la pratique, en s’appuyant sur les retours d’expérience cliniques, les observations de terrain, les trajectoires réelles des hommes, leurs difficultés, leurs résistances, leurs modes d’expression, leurs stratégies de survie.

Il deviendrait alors possible, par tâtonnements successifs, par la compilation de données, par l’inventaire de ce qui se fait ailleurs — là où la discipline est plus avancée — et par l’échange de pratiques, de participer à la construction d’un véritable mouvement de diffusion.

Un mouvement qui ne soit ni idéologique, ni abstrait, mais empirique, clinique et vivant : un mouvement qui trouve son origine dans ce que vivent les hommes, dans ce qu’ils disent ou ce qu’ils n’arrivent pas encore à dire ainsi que dans ce qu’ils montrent malgré eux afin d'arriver à une clinique spécifiquement masculine.

L’objectif n’est pas de produire une théorie supplémentaire, mais de faire émerger une connaissance issue du terrain, nourrie par les expériences, les trajectoires, les impasses et les réussites. Une connaissance qui se construit pas à pas, qui s’ajuste, qui se corrige, qui s’affine, et qui finit par dessiner une clinique réellement adaptée aux réalités masculines.

🔷3. Améliorer la compréhension du masculin

Si la psychologie masculine vise ainsi à améliorer la compréhension des difficultés masculines, en cela, elle ne serait donc pas, une théorie supplémentaire mais un ensemble de méthodes scientifiquement argumentées, permettant un regard critique, une pratique partagée qui se construit au plus près de l’expérience masculine.

Elle viserait à :

  • rendre visibles les formes spécifiques de souffrance masculine ;

  • proposer des outils cliniques adaptés aux hommes ;

  • former les professionnels à ces spécificités ;

  • créer des espaces de parole où les hommes peuvent enfin se reconnaître ;

  • et nourrir la discipline par des retours d’expérience continus, afin d’ajuster, affiner, corriger, améliorer.

S'interresser à la psychologie masculine s'est initier un projet de diffusion, mais aussi à terme de transformation c'est à dire que par le retour d'expérience et la ré-interrogation permanente des théories existantes et des nouveaux apports proposés, il s'agirait effectivement de transformer la manière dont la psychologie clinique pense généralement les hommes, ceci afin d'améliorer la prise en soin des difficultés masculines et d'innover dans la manière dont les hommes peuvent accéder à la psychologie.

🔷4. Adapter les pratiques et développer une clinique pour les hommes

Si, depuis des années, nous constatons inlassablement que les hommes ne consultent pas — alors même que leurs besoins psychologiques n’ont jamais été aussi importants — il devient nécessaire de questionner les explications habituelles.

Et si nous refusons les caricatures et les préjugés sur le masculin, si nous rejetons l’idée que les hommes seraient simplement « de mauvaise volonté », alors une autre hypothèse s’impose : ce n’est pas l’homme qui refuse la psychologie, c’est la psychologie qui ne parvient pas à accueillir l’homme.

Autrement dit, la sous‑représentation masculine en thérapie ne relève pas d’un défaut individuel, mais d’une inadéquation structurelle, en lien avec le fait que la psychologie clinique peine à reconnaître, comprendre et prendre en soin les besoins spécifiques des hommes.

Dans cette perspective, en tant que psychologue attentif aux souffrances masculines, il devient alors nécessaire de développer un projet dédié et spécifique.

C’est ce projet qui consiste à comprendre les causes particulières de la souffrance masculine, ses formes propres et ses mécanismes spécifiques que nous défendons. Nous sommes en effet convaincus que la psychologie masculine, comme elle commence déjà à le démontrer, permet de réduire les symptômes et d’offrir aux hommes un espace thérapeutique réellement adapté, accessible et efficace.

🔷5. Notre démarche dans un mouvement plus large  

Depuis une quinzaine d'années (2010), comme nous l'avons souligné il y a l’apparition outre‑Atlantique des premières études de psychologie clinique genrée, qui ont ainsi contribué à structurer, le commencement d'un champ théorique et clinique d'une psychologie qui serait spécifiquement consacrée aux hommes.

Ce sont autant de signes annonciateurs de l’émergence d’une psychologie masculine au sens plein du terme. Par ailleurs au Canada notamment, sous l'impulsion de quelques pionniers plusieurs initiatives ont pu émerger, comme des Maisons pour hommes, des Centres de ressources pour hommes ainsi que des programmes de prévention et d’accompagnement pour hommes et pères. Nous pouvons également citer le mouvement Movember initié en Australie, mais désormais internationalement connu et spécifiquement consacré à la santé masculine.

En France, pourtant, ces démarches suscitent un intérêt très limité et sont souvent ramenées à une lecture caricaturale. En effet, tout ce qui, de près ou de loin, concerne la prise en compte du masculin est immédiatement associé au masculinisme, comme s’il ne pouvait s’agir que d’une tentative déguisée de restaurer une masculinité traditionnelle et patriarcale.

En conséquence, ce rejet et cette réduction systématique empêche d’emblée toute réflexion clinique sérieuse sur les besoins spécifiques des hommes. Nous espérons que cette perception pourra évoluer, et c’est aussi ce qui motive profondément notre travail.

🟦Conclusion

Malgré deux décennies de recherches, la psychologie institutionnelle peine toujours à comprendre les difficultés spécifiques du masculin et à proposer des solutions réellement adaptées aux hommes en souffrance.

Face à cette incapacité structurelle, la psychologie masculine apparaît comme une réaction nécessaire. Non pas une opposition idéologique, mais une réponse pragmatique : si les modèles existants ne parviennent pas à accueillir les hommes, alors il faut créer un cadre qui le permette.

Selon cette perspective il est essentiel de proposer une clinique spécifiquement masculine qui  :

  • prennent mieux en compte les modes d’expression, les trajectoires, les blessures précoces, les mécanismes de protection ou les formes particulières de détresse des hommes.
  • ne demande plus aux hommes de se transformer pour entrer en thérapie, mais qui transforme la thérapie pour qu’elle puisse enfin les recevoir.

La psychologie masculine se présente ainsi comme un changement de paradigme qui consiste de passer d’une discipline qui interprète les comportements masculins comme des résistances, des défauts ou des stigmates, à une discipline qui les comprend comme des signaux cliniques, des stratégies de survie, des réponses adaptatives à des environnements hostiles, et qui propose des outils concrets pour les accompagner.

C'est ce projet de changement de paradigme que nous défendons et que nous avons fait le choix de développer 

Dr Grijalvo

Note : Les spécialités officiellement reconnues en psychologie en France

En France, les seules chaires et spécialités universitaires reconnues en psychologie relèvent des grands domaines classiques : psychologie clinique, cognitive, développementale, sociale, du travail, de la santé ou encore neuropsychologie.

Aucune chaire ni mention de master n’est consacrée à la psychologie masculine, qui demeure absente des structures institutionnelles, contrairement à d’autres champs bien établis comme la psychologie de l’enfant, de l’adolescent, de la personne âgée ou la psychologie du travail.

Ces spécialités sont présentes dans les UFR de psychologie et structurent les mentions de master.

1. Psychologie clinique et psychopathologie

  • Psychopathologie clinique

  • Psychopathologie psychanalytique

  • Psychopathologie intégrative

  • Psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescent

  • Psychologie clinique de la périnatalité

  • Psychologie de la santé

2. Psychologie cognitive et neurosciences

  • Psychologie cognitive expérimentale

  • Psychologie cognitive fondamentale et appliquée

  • Psychophysiologie

  • Neurosciences

  • Neuropsychologie

3. Psychologie du développement

  • Développement de l’enfant

  • Développement de l’adolescent

  • Développement de l’adulte et du vieillissement

  • Troubles du développement

4. Psychologie sociale

  • Psychologie sociale du changement

  • Psychologie sociale du travail et de la santé

  • Psychologie sociale et environnementale

5. Psychologie du travail et ergonomie

  • Psychologie du travail

  • Psychologie des organisations

  • Psychologie du personnel

  • Ergonomie psychologique

6. Psychologie de l’éducation et de la formation

  • Psychologie du développement de l’enfant et de l’adolescent

  • Psychologie des apprentissages

  • Psychologie de l’éducation

7. Domaines spécialisés reconnus dans les masters

  • Thérapies comportementales et cognitives (TCC)

  • Psychanalyse

  • Psychologie gérontologique

  • Psychologie de la santé

  • Psychologie sociale appliquée