Toute la clinique freudienne repose sur des cas féminins. Dora, Anna O., Elisabeth von R., Katharina, Emmy von N… C'est à partir de l'observation des femmes réalisée par le père fondateur, que la psychanalyse à été fondée, et que l'ensemble des concepts cliniques ont été élaborés.
C’est cette anthropologie du féminin qui a ainsi servi de matrice symbolique à toute la théorie psychanalytique et qui continue, encore aujourd’hui, de structurer la formation des psychologues ainsi que l’ensemble des institutions universitaires et professionnelles liées à la psychologie.
Les seules disciplines à s’être affranchies de ce cadre théorique sont les neurosciences, car elle accordent une place marginale aux notions de pulsion, de sexualité infantile ou de fantasme.
En effet, issues des sciences de l’information ou de la biologie computationnelle, elles se sont constituées en rupture méthodologique avec la psychanalyse, non par choix, mais en raison d'un socle d’observation, non pas symbolique, mais instrumental, tel que la neuro‑imagerie, la modélisation des circuits, les sciences cognitives, autant de méthodes que l'on retrouve également dans l'ethologie et l'analyse des modèles animaux.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, un autre monde psychologique avec d'autres méthodes et d'autres manières de penser le psychisme désormais cohabite avec la psychologie clinicienne. Et c’est précisément face à la non‑prise en compte de l’homme en tant que sujet — et plus encore de sa souffrance — que nous interrogeons avec insistance la psychologie analytique.
Comment expliquer cette absence conceptuelle dans le traitement spécifique de l’homme - et du mâle humain - et son incapacité à reconnaître les formes spécifiquement masculines de vulnérabilité ou d’expression psychique ?
Par quelles raisons et circonstances historiques, théoriques et institutionnelles cette discipline a ainsi laissé l’homme s’effacer progressivement, jusqu’à disparaître comme catégorie clinique à part entière.
Avec l'homme systématiquement relégués dans les angles morts - conceptuels, cliniques et statistiques - de la discipline la psychologie poursuit sa route et se développe comme une anthropologie du féminin. embarquant ainsi chaque jour des millions d'étudiants, majoritairement des étudiantes afin de renouveler la structuration de sa profession - 90 % de psychologues cliniciens femmes - afin de poursuivre son travail auprès d’un public composé à 80 % de patientes.
Quant aux hommes, s’ils ne viennent pas, s’ils se sentent mal à l’aise avec la psychologie, c’est que « c’est leur nature », « leur faute » en cause « leur fermeture émotionnelle » ou leur masculinité d'un autre âge voire toxique.
Les hommes tentent pourtant : ils viennent, repartent, reviennent, essaient de tenir mais leur souffrance, faute d’espace adaptés et d'outils de régulation spécifiques, s’exprime ailleurs — dans les conduites à risque, les addictions, la violence masculine. Et c'est ainsi que les hommes réapparaissent dans les taux de suicides de 70 à 75% masculin, à 80% comme auteurs de violences conjugales, d'agressions à 75% ou dans la population carcérale à 95% et on les renvoie alors à leur genre : « c’est normal, ils sont violents par nature ».
Depuis quelques années, les études de genre venues des États‑Unis se sont diffusées en France. Elles ont permis d’explorer une grande diversité d’identités — genres non binaires, minorités de genre, trajectoires de transition, masculinités alternatives — mais elles n'abordent jamais l’homme en tant que sujet vulnérable. Dans ce cadre théorique, l’homme « cisgenre » - si il est abordé - l'est généralement sous le seul angle du groupe social dominant, supposé reproducteur de normes sociales archaïques où l'on assiste désormais à l'émergence du genre "masculin-violent" et à la résurgence de l'essentialisme du "mâle agressif" .
Ainsi, les études sur les hommes en tant que sujets psychiques, porteurs de vulnérabilités propres, sont pratiquement inexistantes. L’homme n’est étudié que lorsqu’il est perçu comme oppresseur, ou agresseur, jamais lorsqu’il souffre, chute, se fragilise ou s’effondre. Il n'est jamais considéré comme sujet psychique mais comme catégorie politique. On analyse ses privilèges, jamais ses blessures.
Il en résulte une quasi‑absence de travaux consacrés aux formes spécifiques de souffrance masculine, aucune clinique masculine , aucun espace pour penser ses fragilités propres. Et à force d’être maintenu dans l’angle mort, l’homme finit par se comporter comme un homme mort. Et parfois, il le devient réellement.
🟦Introduction
Dans l'édifice théorique freudien presque entièrement construit sur le féminin, seules deux vignettes masculines émergent, deux exceptions, deux silhouettes, deux cas devenus mythiques et fondateurs. Parmi ces deux figures masculines, Freud lui‑même considère L’Homme aux loups comme l’un de ses cas les plus importants. C’est pourquoi nous l’avons choisi.
Ainsi, à partir de "l'homme au loup" freudien que nous pourrions aussi voir comme cet "homme masqué", qui hante ainsi la psychologie, nous essaierons à la fois par amusement psychanalytique teinté de critique de revenir sur cette permanence maintes fois dénoncée du maintien systématique des hommes dans l'angle mort.
Cette relégation de l’homme dans le coin invisible de la psychologie ne peut plus être considérée comme allant de soi. L’absence de prise en compte de l’homme comme sujet spécifique — et de sa souffrance propre — produit aujourd’hui des effets qui dépassent largement le champ clinique.
En laissant l’homme sans espace de pensée, sans reconnaissance de ses vulnérabilités, la psychologie ouvre un vide que d’autres discours viennent occuper : notamment les mouvements masculinistes, qui se construisent en réaction aux courants féministes les plus radicaux. Dans ces affrontements idéologiques, l’homme est soit réduit à une figure oppressive, soit récupéré comme victime absolue ; dans les deux cas, il est dénié comme sujet humain complexe, porteur de fragilités, de contradictions et de souffrances réelles.
C’est pourquoi notre modeste plongée dans l’histoire de la psychologie peut s’avérer éclairante et salutaire car elle peut permettre de comprendre comment et pourquoi l’homme a disparu comme catégorie clinique, et pourquoi il est urgent de le réintroduire comme sujet à part entière.
🟦L'homme au Loup - Freud 1918
Toute la clinique freudienne repose sur des cas féminins. Dora, Anna O., Elisabeth von R., Katharina, Emmy von N… Fondée sur l’observation de femmes, la psychanalyse a élaboré ses concepts à partir de cas presque exclusivement féminins. La quasi‑totalité des modèles et des références cliniques découle ainsi d’une lecture du psychisme féminin, qui a servi de matrice à toute la théorie.
Nous pourrions parler d'une anthropologie du féminin, puisque l'ensemble des precepts fondateurs dérive d’une lecture du psychisme féminin, et non de l’expérience masculine.
Cependant, ce n'est pas tout a fait exact car dans cet édifice presque entièrement féminin, deux vignettes masculines émergent : L’Homme aux rats et L’Homme aux loups. Deux exceptions, deux silhouettes, deux cas devenus mythiques — mais jamais des sujets.
En effet, ces hommes n’apparaissent pas comme des hommes, mais comme des supports d’interprétation, des preuves théoriques, des illustrations de la sexualité infantile ou de la scène primitive.
Parmi ces deux figures, Freud lui‑même considère L’Homme aux loups comme l’un de ses cas les plus importants. C’est pourquoi nous l’avons choisi car selon nous, il révèle avec une clarté saisissante la place réelle de l’homme dans la psychologie depuis Freud — une place marginale, lointaine, presque fantomatique et dès l'origine vue comme un spectre émergeant d'un angle mort.
🔷1. L’analyse de Sergueï Pankejeff
L’analyse de Sergueï Pankejeff — surnommé L’Homme aux loups — est menée par Freud entre 1910 et 1914, à Vienne, puis publiée en 1918 dans un texte majeur intitulé : « De l’histoire d’une névrose infantile ».(Aus der Geschichte einer infantilen Nevrose). Ce texte apparaît dans :
-
Les Cinq psychanalyses (édition française ultérieure),
-
mais à l’origine, il est publié dans la revue Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
C’est l’un des cas les plus longs et les plus détaillés jamais publiés par Freud.
🔷2. Contexte de l'analyse
Alors que Freud est au sommet de son influence théorique, il cherche désormais à consolider la psychanalyse en produisant des cas emblématiques qui illustrent ses concepts (scène primitive, refoulement, sexualité infantile). Dans cet objectif, à ce moment de sa carrière, Freud cherche :
-
des cas spectaculaires,
-
des cas symboliques,
-
des cas qui confirment ses hypothèses.
Freud veut ainsi :
-
prouver la validité de ses théories sexuelles infantiles,
-
illustrer la scène primitive,
-
montrer que les névroses adultes trouvent leur origine dans des fantasmes infantiles.
Dans ce contexte théorique, Freud cherche un “cas total” et l’Homme aux loups devient alors :
-
un exemple parfait de la théorie,
-
un symbole de la sexualité infantile,
-
un support pour démontrer la scène primitive.
L'homme aux loups, devient une pièce maîtresse de la psychanalyse freudienne, c’est d'ailleurs l’un des cas les plus longs et les plus détaillés jamais publiés par Freud. Cependant ce cas, devenu emblématique, ne présente pas un homme en souffrance, mais un "matériau théorique" destiné à illustrer la scène primitive et la sexualité infantile.
🔷3. L' image fondatrice : le rêve des loups blancs
Le cas de L’Homme aux loups repose sur une scène devenue iconique : un enfant, dans son lit, regarde par la fenêtre et voit six ou sept loups blancs perchés sur un arbre, immobiles, qui le fixent.
Cette image est devenue l’une des plus célèbres de toute l’histoire de la psychanalyse.
Elle symbolise :
-
la peur masculine primitive,
-
la vulnérabilité infantile,
-
la sidération,
-
l’angoisse sans mots.
C’est une scène où l’homme apparaît comme un enfant terrifié, hors de lui-même, déjà hors du langage.
🔷4. Une vignette de l’homme comme objet d’interprétation
Dans ce cas, l’homme n’est pas un sujet : il est un rêve, une image, un symptôme, un matériau.
Freud ne s’intéresse pas à l’homme en tant qu’homme, mais à :
-
son fantasme,
-
sa sexualité supposée,
-
son complexe,
-
son infantile.
L’homme disparaît derrière l’interprétation. Il devient une figure et jamais une personne.
🔷5. Une vignette qui préfigure le destin masculin
Si ce rêve des loups, — six bêtes immobiles fixant un enfant terrifié — est devenu une icône de la psychanalyse, — six bêtes immobiles fixant un enfant terrifié - il n'est jamais devenu une icône de la souffrance masculine.
En effet, si la vignette nous montre :
-
un enfant seul,
-
face à une menace,
-
sans recours,
-
sans langage,
-
sans figure protectrice.
Ce que la psychanalyse en retient c'est :
-
une scène primitive,
-
un fantasme sexuel,
-
une preuve théorique.
Nous pouvons ainsi constater que si la souffrance masculine est effectivement visible dans l’image, elle est effacée dans l’interprétation clinique . Car Freud n’y voit pas un garçon effrayé, mais un matériau pour confirmer ses théories. L'homme réel est placé hors champ.
Ainsi dès l 'origine, l’homme n’est pas un sujet psychique il est :
-
une figure clinique,
-
une projection théorique,
-
un support d’interprétation,
-
jamais un être humain souffrant.
C'est cette logique qui se poursuit encore aujourd’hui avec un homme qui reste pris dans cette vignette conceptuelle, qui est un véritable angle mort de la psychologie qui a la plus grande difficulté à prendre en soin la souffrance masculine.
🔷6. La vision neuro-scientifique du rêve du garçon
On sait aujourd’hui, grâce aux neurosciences, que les interprétations freudiennes du rêve sont largement remises en question. Les recherches contemporaines montrent que le rêve n’est pas une mise en scène symbolique de désirs refoulés, mais plutôt une activité cérébrale issue de l’activation de circuits émotionnels profonds, en particulier ceux liés à la peur et à la vigilance.
Dans de nombreux cas, le rêve apparaît comme un signal d’alerte émis par l’amygdale, centre de détection du danger, vers les zones corticales chargées d’intégrer et de donner forme à cette activation. Le cortex, recevant cette décharge émotionnelle brute, la retraduit sous forme narrative, en images et en scènes plus ou moins cohérentes.
🔵1. Les approches neuro-biologiques du cauchemar
Ce que Freud interprétait comme un récit symbolique est, du point de vue neuroscientifique, une tentative du cerveau de donner sens à une émotion qui le déborde mais dont le but principal est le réveil.
Dans cette perspective, le rêve des loups blancs de l’Homme aux loups n’est plus la trace d’une scène primitive ou d’un fantasme sexuel infantile, mais l’expression d’une hyperactivation émotionnelle, probablement liée à un changement dans les environnements - bruits, odeurs, luminosité - que le cortex transforme en images 'loups blancs' pour la rendre représentable mais dont la fonction essentielle est de provoquer le sursaut du réveil.
🔵2. L'interprétation symbolique largement remise en question
Chez le jeune mâle humain, la sensibilité aux signaux de danger — internes ou externes — peut maintenir une forme d’hypervigilance nocturne. Le sommeil n’est alors jamais totalement profond, une partie du cerveau reste en mode « sentinelle », prête à détecter la moindre anomalie.
Au moindre stimulus interprété comme une menace, cette veille interne tente de tirer l'enfant du sommeil, parfois brutalement sous forme de cauchemar ou de sursaut.
Ainsi, même endormi, une part du jeune garçon reste en faction. Cette sentinelle intérieure scrute l’obscurité, et au moindre signal — un bruit, une tension, une variation — elle tente de ramener le garçon à la conscience, le rêve ou le cauchemar n'est alors qu'une interprétation a postériori de ces influx.
Le jeune mâle humain étant sensible à différents paramètres distincts d'hyper vigilance, la sentinelle est en partie déjà réveillée et tente ainsi de le réveiller complétement, le cauchemar n'est alors qu'une conséquence du réveil et non la cause.
Le cortex transforme ensuite cette décharge en images et en récits. Ainsi, le rêve des loups blancs n’est plus considéré comme un fantasme infantile, mais comme une traduction narrative aléatoire et a-postériori d’une alerte émotionnelle.
🔵3. Le questionnement actuel autour de l'interprétation du cauchemar
La question n’est donc plus d’interpréter symboliquement la pulsion, mais d’identifier l’origine de cette alerte émotionnelle. Est‑elle fondée ou infondée ? Résulte‑t‑elle d’une hyper‑sensibilité transitoire, comme celle qui apparaît chez l’enfant en situation de surcharge cognitive ? Relève‑t‑elle d’un épisode de terreur nocturne, d’un traumatisme précoce, ou encore d’une particularité neurodéveloppementale qui rend certains enfants plus vulnérables aux activations émotionnelles nocturnes ?
Dans cette perspective, le rêve devient moins un texte à déchiffrer qu’un signal physiologique, une tentative du cerveau de donner forme à une émotion qui cherche à émerger.
Dans toutes ces approches le narratif du rêve ou du cauchemar est largement secondaire. Et le rêve des loups blancs serait interprété comme une alerte émotionnelle nocturne.
🟦"L'homme au Loup" - La postérité clinique de l'homme
Le rêve des loups blancs — six bêtes immobiles fixant un enfant terrifié — est devenu l’une des images fondatrices de la psychanalyse au travers de la vignette clinique dite de l'homme aux loups la seconde présence de l'homme dans le cadre théorique freudien étant celle de l'homme aux rats
🔷1. Les deux seuls hommes de Freud sont “animalisés”
Dans un corpus presque entièrement féminin, les deux seules figures masculines — L’Homme aux rats et L’Homme aux loups — émergent comme des silhouettes lointaines, accompagnées de leurs animaux. Ce n’est pas anodin :
-
l’homme n’est pas un sujet,
-
il n’est pas une personne,
-
il n’est pas une voix, il est une scène, un symbole, un animal.
Freud ne nomme pas ces hommes. Il les renomme par les bêtes qui les accompagnent ainsi l'homme n’y est jamais comme un sujet psychique autonome, il est une scène, un support d’interprétation.
Il est animalisé et finalement, jamais lui-même ni même nommé de façon individuelle, par le prénom comme il est fait dans les autres vignettes féminines, Dora, Ana, Elisabeth.
Et c’est déjà une manière de dire : l’homme n’est pas un sujet psychique, mais un support de projection et d'interprétation. Ainsi, dans l’imaginaire freudien, les deux seuls hommes de la clinique qu'il fait apparaître, le sont au-travers du rêve et de la projection, et c'est cela qui est retenu dans la postérité clinique.
🔷2. Les deux seuls hommes de Freud sont un binôme - mi homme - mi animal
Chez Freud, l’homme n’est d'ailleurs pas présenté comme un homme — il est un binôme, mi homme mi rats ou loups, telle une bête imaginaire fantomatique, menaçante ou menacée. Il n’est jamais un sujet parlant, mais toujours un sujet dévoré - loups, rats - qu'importe.
Ainsi, dans l’imaginaire freudien, les deux seuls hommes de la clinique n’apparaissent toujours ils sont accompagnés de leurs animaux. Le loup, symbole de menace et de sidération ; le rat, symbole de rongeance et de contamination.
L’Homme aux loups et l’Homme aux rats ne sont pas des sujets masculins, mais des figures mi homme mi animale. Et L’homme disparaît derrière l’animal, comme si la psychologie ne pouvait penser le masculin qu’à travers la peur , la dévoration ou la contamination, jamais comme un sujet humain à part entière.
Cela, révèle avec une clarté saisissante la place réelle de l’homme dans la psychologie depuis Freud — une place marginale depuis son origine jusqu'à nos jours, chassé au loin ainsi maintenu dans un angle mort, telle une bête malfaisante.
🔵1. Le loup dans l’imaginaire humain
Le loup est l’un des animaux les plus chargés symboliquement en Occident. Il représente :
-
la menace extérieure
-
la prédation
-
la peur archaïque
-
la meute, la force collective qui encercle
-
l’inconnu nocturne, ce qui rôde à la lisière
-
la sidération, l’immobilité face au danger
-
la perte de protection (l’enfant sans défense)
Dans les mythes, le loup est souvent l’animal qui regarde, qui guette, qui attend. Il est l’incarnation d’une peur primaire, pré‑linguistique en deça même du langage articulé.
🔵2. Ce que peut signifier “Homme aux loups”
Être un “Homme aux loups”, peut être vu comme :
-
un homme défini par sa peur, non par son histoire
-
un homme sidéré, paralysé, observé par la menace
-
un homme enfantisé, réduit à son effroi
-
un homme dépossédé de sa parole, remplacée par l’image animale
-
un homme assigné à une scène, non à une subjectivité
Symboliquement, l’Homme aux loups donne l'image d'un homme proie, un homme terrifié, un homme dont la psyché est lue à travers un animal qui le domine. Un homme qui disparaît derrière le loup.
🔵4. Le rat dans l'imaginaire humain
Le rat porte une symbolique très différente :
-
la rongeance intérieure
-
la contamination, l’intrusion
-
la honte, le dégoût
-
la culpabilité
-
le secret, ce qui se cache dans les murs
-
la persécution, l’idée d’être envahi
-
la pensée obsédante, qui revient, qui gratte, qui creuse
Le rat est l’animal du souterrain, du non‑dit, du refoulé. Il représente ce qui travaille en silence, ce qui use, ce qui rôde dans l’ombre.
🔵5. Ce que signifie “Homme aux rats”
Être “Homme aux rats”, c’est être :
-
un homme rongé de l’intérieur
-
un homme persécuté par ses propres pensées
-
un homme envahi, contaminé psychiquement
-
un homme défini par son symptôme, non par son histoire
-
un homme réduit à son obsession, à son rongeur intérieur
Symboliquement, l’Homme aux rats est un homme rongé, un homme qui se décompose psychiquement, un homme dont la souffrance est lue comme une infestation.
🔷4. "L'Homme masqué" une lecture transversale des deux cas
Dans les deux vignettes masculines de Freud, l’homme n’apparaît jamais directement. Il est médiatisé, dissimulé, recouvert par un animal.
-
Le loup masque l’homme terrifié.
-
Le rat masque l’homme rongé.
Dans les deux cas, l’animal fait écran. Il devient le visage du patient, son nom, son identité clinique.
L’homme disparaît derrière son animal. L’animal devient le masque qui dit ce que Freud veut voir. C’est une forme d’effacement symbolique : l’homme n’est plus sujet, il est figure, symptôme, allégorie.
🔵2. L’Homme aux loups : le masque de la peur
Le loup, dans l’imaginaire, est un animal qui regarde, qui guette, qui menace. Il représente la peur archaïque, la sidération, l’enfant paralysé, la perte de protection. Ainsi être Homme aux loups, c’est être :
-
un homme masqué par sa peur,
-
un homme défini par la menace,
-
un homme réduit à son effroi.
Le masque du loup remplace l’homme. Il dit : « cet homme n’est pas un sujet, c’est une peur ».
🔵3. L’Homme aux rats : le masque de la "rongeance"
Le rat symbolise , la contamination, la honte, la culpabilité, la rumination intérieure, le souterrain, la pensée obsédante. Être Homme aux rats, c’est être un homme masqué par ce qui le ronge, un homme défini par son symptôme, un homme envahi de l’intérieur, un homme qui porte le stigmate du monde d'en bas
Le masque du rat efface l’homme. Il dit : « cet homme n’est pas un sujet, c’est une obsession ».
🔷3. "L'homme accompagnés par les animaux" - Une lecture transversale des deux cas
On peut aussi lire ces deux figures comme des variations de l’homme exclu du monde humain. L’Homme aux loups évoque l’enfant sauvage, l’homme qui vit avec les loups faute d’avoir été accueilli par les hommes.
L’Homme aux rats rappelle le joueur de flûte, suivi par les rats comme par les seules créatures capables de le reconnaître. Dans les deux cas, l’homme n’est pas un sujet : il est un être relégué aux marges, accompagné par des animaux parce que la société ne l’accompagne pas. Freud ne décrit pas des hommes, mais des hommes que l’humanité a laissés hors champ, qui vivent avec les loups ou les rats.
🔵3. L’Homme aux loups : l’homme qui vit avec les loups
Dans l’imaginaire occidental, l’homme qui vit avec les loups est :
-
un enfant sauvage,
-
un être élevé hors de la culture,
-
un sujet à la frontière entre humain et animal,
-
un homme non socialisé,
-
un homme privé de langage,
-
un homme qui survit dans la meute, pas dans la société.
C’est l’image de Romulus et Remus, de Mowgli, de Kaspar Hauser, de tous ces enfants qui n’ont pas été accueillis par les humains mais par la nature (l’enfant sauvage, l’homme-loup, l’homme de la lisière).
Dans cette lecture, l’Homme aux loups n’est pas seulement un homme terrifié : c’est un homme qui n’a jamais été pleinement accueilli dans le monde humain. Il vit avec les loups, comme les loups, dans le regard des loups. Il est un homme hors culture, hors langage, hors humanité reconnue. L’homme n’a ainsi pas de place dans la psychologie, il vit à la marge, dans la forêt symbolique.
🔵6. L’Homme aux rats : l’homme suivi par les rats
L’image du joueur de flûte de Hamelin est essentielle ici : un homme suivi par les rats, un homme accompagné par une armée d’ombres, un homme dont les rats révèlent ce que la société refuse de voir.
Les rats symbolisent :
-
ce qui ronge,
-
ce qui suit,
-
ce qui envahit,
-
ce qui se cache,
-
ce qui poursuit l’homme malgré lui.
Être Homme aux rats, dans cette lecture, c’est :
-
être accompagné par ses propres démons,
-
être suivi par ce que la société rejette,
-
être porteur d’un secret, d’une honte, d’une souffrance qui ne trouve pas de place,
-
être celui que les rats suivent parce que personne d’autre ne le suit.
L’homme n’est plus seulement rongé : il est accompagné par ce qui ronge, comme si les rats étaient les seuls à le reconnaître. Cette image dégage l impression clinique d'un l’homme abandonné par la société est suivi par les rats (le joueur de flûte, l’homme hanté, l’homme contaminé).
🔷3. "L'exclusion masculine" comme lecture transversale des deux cas
L'homme aux loups ou l'homme aux rats sont deux figures d’un même destin où l’homme est exclu du monde humain
Dans les deux cas, l’homme :
-
n’est pas intégré dans la société,
-
n’est pas reconnu comme sujet,
-
n’est pas accueilli dans la culture,
-
n’a pas de place dans la psychologie,
-
vit avec les animaux parce que les humains ne le veulent pas.
L’Homme aux loups : l’homme sauvage, l’homme de la forêt, l’homme non socialisé, l'homme indigne.
L’Homme aux rats : l’homme des souterrains, l’homme des marges, l’homme hanté, l'homme qui contamine.
Ce sont deux façons d'expluser l’homme du symbolique.
Il devient :
-
un homme-loup,
-
un homme-rat,
-
un homme-masque,
-
un homme-animal,
-
un homme sans place.
La psychologie, dès son origine, n’a ainsi jamais pensé l’homme comme sujet humain, mais comme figure animale, comme être sauvage, contaminé ou contaminant et tout son corpus théorique c'est ainsi construit sur cette absence.
🟦Le père du père fondateur de la théorie freudienne
Le père de Freud, Jakob Freud, était un homme doux, calme, mais souvent perçu comme faible par son fils. De nombreux auteurs ont étudié l'enfance de Freud et les relations qu'il a pu avoir avec ses parents et notamment avec son père.
Ainsi Elisabeth Roudinesco dans - Freud, en son temps et dans le nôtre, analyse la construction du masculin chez Freud et son rapport ambivalent au père. Paul Roazen dans – Freud and His Followers - souligne l’absence de figures masculines positives dans la vie de Freud ou encore Marthe Robert – Roman des origines et origines du roman - Montre comment Freud projette sa propre histoire familiale dans ses théories.
Nous pouvons encore citer Jean-Bertrand Pontalis qui évoque un Freud « sans père », obligé de se construire seul, cependant toutes ces études convergent sur le fait que Freud n’a jamais pensé l’homme comme sujet parce qu’il n’a jamais eu de modèle masculin stable.
🔷 1. Les rapports de Freud avec son père
Freud raconte un épisode fondateur : un jour, un chrétien lui renverse son chapeau dans la rue en l’insultant. Le père ne réagit pas. Freud enfant est sidéré :
« Voilà donc comment se comporte un homme face à l’humiliation. »
Cet épisode nourrit chez lui une image du père affaibli, impuissant, non protecteur.
Beaucoup d’auteurs (Peter Gay, Elisabeth Roudinesco, Marthe Robert) ont montré que Freud a grandi avec :
-
un père qu’il admire intellectuellement,
-
mais qu’il juge faible,
-
et qui ne lui sert pas de modèle masculin solide.
Ainsi pour Freud les relations avec son père sont vues comme distantes, ambivalentes et marquées par l’humiliation
🔷 2. Freud se construit contre le père, pas avec lui
Freud a souvent dit que sa vie psychique était dominée par :
-
l’idéalisation de la mère,
-
la déception envers le père,
-
la rivalité avec le père,
-
le désir de dépasser le père.
C’est exactement ce qu’il théorisera ensuite dans le complexe d’Œdipe. Mais ce qui est frappant, c’est que Freud n’a jamais eu de modèle masculin positif. Il n’a pas eu de père fort, protecteur, structurant. Cela peut expliquer pourquoi :
-
le masculin n’apparaît jamais comme sujet dans sa théorie,
-
l’homme est toujours un rival, un obstacle, un problème,
-
le père est toujours une figure de conflit, jamais de soutien.
- le masculin est lointain, à la marge, menaçant
🔷 3. La vision problématique des hommes dans l’imaginaire freudien
Dans l’imaginaire de Freud, l’homme est souvent :
-
violent,
-
menaçant,
-
rival,
-
dangereux,
-
ou… effacé.
Il n’y a pas de place pour :
-
l’homme vulnérable,
-
l’homme souffrant,
-
l’homme fragile,
-
l’homme blessé,
-
l’homme en demande de soin.
Les deux seuls hommes de sa clinique sont :
-
un homme terrifié (loups)
-
un homme rongé (rats)
Aucun n’est un homme adulte, solide, parlant, sujet. Ce qui semble cohérent avec son histoire personnelle.
🔷4. Synthèse de notre exploration
La relation de Freud à son père peut éclairer en partie la place problématique du masculin dans son œuvre.
Il semble que Freud admirait son père mais le percevait comme faible, incapable de protéger, incapable de s’affirmer. Cette déception fondatrice a pu semble-t-il façonner une théorie où l’homme n’apparaît jamais comme sujet vulnérable ou complexe, mais comme rival, menace ou figure effacée.
Ainsi, nous ne pouvons que constater que les deux seules vignettes masculines — l’Homme aux loups et l’Homme aux rats — ne sont pas des hommes, mais des hommes animaux - rat - loups, masqués, recouverts symboliquement par des animaux effrayants ou accompagnés par eux, comme une meute , une horrible procession.
Si Freud n’avait pas ainsi pensé l’homme mais pensé son père où plus exactement l’ombre de son père, cela peut pour partie, expliquer l'absence de l'homme comme sujet dans la psychologie contemporaine.
🟦De "l'homme aux loups" à l'homme dans l'angle mort
🔷1. La vision contemporaine de l'homme aux loups
Les deux figures masculines de Freud — l’Homme aux loups et l’Homme aux rats — ne sont pas seulement des cas cliniques. Elles sont devenues, à leur insu, des archétypes du masculin problématique, des modèles implicites qui ont traversé un siècle de psychologie et se retrouvent aujourd’hui dans les discours sociaux sur les hommes.
🔵1. L’Homme aux loups : l’homme sauvage, non socialisé, indigne
Dans l’imaginaire freudien, l’Homme aux loups est :
-
un homme sauvage,
-
un homme hors culture,
-
un homme non socialisé,
-
un homme infantile,
-
un homme indigne d’être pleinement sujet.
Cette figure réapparaît aujourd’hui dans certains discours contemporains sur la masculinité :
-
l’homme “toxique”,
-
l’homme “archaïque”,
-
l’homme “pas adapté à la société moderne”,
-
l’homme “à civiliser”,
-
l’homme “à rééduquer”.
Autrement dit : l’homme sauvage de Freud est devenu l’homme problématique d’aujourd’hui.
🔵2. L’Homme aux rats : l’homme des souterrains, des marges, l’homme qui contamine
L’Homme aux rats est :
-
un homme rongé,
-
un homme hanté,
-
un homme des marges,
-
un homme qui contamine,
-
un homme dont la souffrance est perçue comme dangereuse.
Cette figure se retrouve dans les représentations actuelles :
-
l’homme “violent”,
-
l’homme “dangereux”,
-
l’homme “à risque”,
-
l’homme “porteur de menace”,
-
l’homme “dont il faut protéger la société”.
Autrement dit : l’homme contaminant de Freud est devenu l’homme violent qu’il faudrait corriger et dans les mouvements les plus progressistes des Gender Studies et du Wokisme, nous pouvons noter l'émergence du "genre masculin violent"
🔷2. Comment ces deux figures nourrissent les analyses contemporaines
Ces deux images — l’homme sauvage et l’homme contaminant — ont été intégrées dans les institutions psychologiques, et les cadres théoriques sans être suffisamment interrogées.
Certaines autrices féministes dans les années 70 ont bien signalé le problème d'une psychologie reposant exclusivement sur un socle théorique dont les concepts ont été élaborés par des hommes à partir d’un corpus quasi exclusivement féminin.
D'autres auteurs ont dénoncé en leur temps, une psychologie, comme une anthropologie du féminin. Mais cela a été oublié car après tout pourquoi pas, si cela fonctionne, oui mais pas pour les hommes ! Et c'est bien là, le problème que nous tentons de soulever .
Ainsi, l’élaboration de la théorie analytique à partir d’un corpus quasi exclusivement féminin, conjuguée à la relation ambivalente que Freud avait avec son père — figure vécue comme faible et humiliée — a ainsi contribué à instaurer un modèle où, le masculin n’est finalement pas conceptualisé comme sujet spécifique et singularisé des cas féminins et de l(observation des femmes .
Ainsi, par exemple les deux seuls cas masculins, de la clinque freudienne l’Homme aux loups et l’Homme aux rats, illustrent cette absence : ils ne sont pas traités comme des individus, mais comme des figures symptomatiques.
Ce biais originel a façonné une psychologie qui peine encore aujourd'hui à reconnaître la souffrance masculine. Les figures freudiennes de l’homme — sauvage, dangereux, contaminant — continuent de hanter les représentations contemporaines. Elles alimentent certaines visions militantes où l’homme n’est plus un sujet, mais un enjeu politique, un être à réformer pour s’adapter à un nouvel ordre social.
L’héritage freudien agit ainsi comme une ombre portée sur la manière dont la psychologie regarde les hommes aujourd’hui et par delà, la discipline, sur la société toute entière tant la psychologie s'est popularisée dans toutes les couches sociales.
De notre point de vue, cela produit trois effets majeurs :
🔵1.. L’homme est perçu comme un problème, rarement comme un sujet
On ne cherche pas à comprendre sa souffrance, mais à corriger son comportement.
🔵2. L’homme en difficulté est immédiatement associé au risque
Sa détresse est lue comme :
-
agressivité,
-
dangerosité,
-
immaturité,
-
menace potentielle.
🔵3.. L’homme devient un objet de rééducation sociale
Dans certains discours :
-
il faudrait “déconstruire” l’homme,
-
“rééduquer” l’homme,
-
“corriger” l’homme,
-
“adapter” l’homme à la société nouvelle.
L’homme n’est pas accueilli comme sujet vulnérable, mais comme sujet défaillant.
🔷3. De l'imaginaire freudien au cadre théorique actuel - les hommes marginalisés
Si la psychologie fonctionne, si bien pour les femmes et si mal pour les hommes, il devient légitime de s’interroger sur l’origine même de son modèle théorique. La psychologie clinique, dans sa forme actuelle, repose presque entièrement sur l’héritage de la psychologie analytique.
Or ce modèle fondateur a été élaboré à partir d’un corpus presque exclusivement féminin, dans un imaginaire où l’homme n’apparaît jamais comme sujet vulnérable, mais comme une figure animalisée — l’Homme aux loups, l’Homme aux rats — tenue à distance, marginalisée, exclue.
Dès l’origine, la théorie clinique s’est construite sur une exclusion implicite des hommes. Cette exclusion trouve peut‑être ses racines dans la relation personnelle de Freud à son père : une relation marquée par la distance, l’ambivalence et l'humiliation selon un épisode que Freud lui‑même décrit comme fondateur.
Il est donc possible que cette exclusion originelle ait laissé une empreinte durable sur la psychologie clinique, qui peine encore aujourd’hui à accueillir la souffrance masculine comme une expérience humaine légitime.
🔵1. La psychologie une science du féminin
La psychologie — bien qu’elle se présente comme universelle — porte en réalité toutes les caractéristiques d’une anthropologie du féminin. Elle accueille naturellement la subjectivité féminine, mais rejette, ignore ou mal-interprète la subjectivité masculine car de fait, c'est une réalité statistique les hommes, ne consultent pas.
Les chiffres en témoignent de 75 à 80 % des patients sont des patientes. et 90 % des psychologues cliniciens sont des femmes. Cette asymétrie n’est pas un simple hasard sociologique ; elle prolonge un biais historique. C’est l’héritage direct des représentations freudiennes du masculin et des concepts théoriques élaborés à partir du féminin.
Les hommes y apparaissent en marge, non représentés, toujours en défaut par rapport au féminin — ce qui explique leur malaise dans le cabinet du psychologue.
🔵2. Un cadre théorique qui doit être réinterrogé
Dans ce cadre théorique, qui semble élaboré en opposition avec la figure paternelle que Freud percevait au travers de son expérience comme faible, instable et silencieuse, l’homme qui entre aujourd’hui dans un cabinet de psychologie se retrouve symboliquement assigné à cette même position, celle du père freudien, un homme faible, taiseux, en retrait.
En effet, dans l'imaginaire Freudien qui est devenu et reste encore le cadre théorique dominant, le masculin - le lieu du père - est un lieu de conflit, de rivalité ou de défaillance.
À l’inverse, les femmes qui entrent dans ce même cadre théorique y retrouvent immédiatement une place , celle du féminin qui a servi de matrice à la théorie. Les figures masculines — l’Homme aux loups, l’Homme aux rats — les regardent de loin, comme des silhouettes symboliques destinées à soutenir le transfert. Le dispositif clinique est donc naturellement plus accueillant pour elles.
C’est sans doute pourquoi la psychologie clinique fonctionne mieux pour celles qui ont servi de base à son élaboration — les femmes — et moins bien pour ceux qui n’ont jamais été intégrés dans son cadre conceptuel — les hommes qui en ont été majoritairement exclus et rejetés aux lisières lointaines flirtant avec l'animalité.
Ainsi, et c'est précisément là notre interrogation, c'est que cet Homme aux loups, tel qu’il a surgit il y a plus de 100 ans, de l’imaginaire freudien, continue d’imprégner la clinique actuelle. Le masculin y est rarement envisagé comme un sujet spécifique, mais plus souvent comme un problème, un risque à contenir, une anomalie à corriger, un individu défaillant ou insuffisamment socialisé.
Dans ce cadre, l’homme reste tenu à la marge, assigné à une position de suspicion ou d’insuffisance, il est comme nous l'avons si souvent souligné maintenu dans l'angle mort de la psychologie, c'est-à-dire inexistant en tant que sujet spécifique ou digne du moindre intérêt.
🔷3. La non-prise en compte de la spécificité masculine dans les outils & méthodes
Si l’Homme aux loups — issu de l’imaginaire freudien — continue de hanter le cadre théorique actuel. Dans la clinique contemporaine, l’homme apparaît moins comme une personne à rencontrer que comme une figure en marge ou à gérer.
Ainsi, l’un des paradoxes les plus frappants de la psychologie contemporaine est dès lors sa difficulté à penser la spécificité masculine. Alors même que la discipline se présente comme universelle, ses outils, ses méthodes, ses questionnaires, ses échelles, ses catégories diagnostiques présentés comme neutres tout en s'appuyant massivement sur une population féminine constituées majoritairement de patientes.
Ainsi, par exemple, cette sur-représentation statistique féminine servant de base à l'élaboration même des méthodes et outils, en psychologie reste un non dit, au sein de la profession qui refuse toujours de faire entrer la spécificité masculine dans ses approches cliniques.
A ce jour, et en l'état de nos connaissances la psychologie contemporaine ne dispose d’aucun instrument pour mesurer la souffrance masculine. Le masculin n’est pas un sujet clinique, mais un angle mort méthodologique. L’homme n’est pas évalué : il est confondu, invisibilisé ou réduit à la catégorie du risque.
🔵1. Les outils de la psychologie clinique - Tests et questionnaires sont construits sur le féminin
Les questionnaires psychologiques utilisés aujourd’hui — qu’il s’agisse de la dépression, de l’anxiété ou des troubles divers— ne sont pas genrés dans leurs items. Ils appliquent les mêmes questions aux hommes et aux femmes, comme si les deux sexes présentaient les mêmes formes de détresse. Les différences ne sont observées qu’a posteriori, par corrélation statistique, sans que les outils aient été conçus pour les détecter.
A ce jour, aucun test n’a été élaboré pour explorer la subjectivité masculine. Les normes psychométriques sont construites sur des population mixtes de patients - 80% féminin - ou féminins - 100% - c'est a dire sur des échantillons majoritairement féminins. Et aucun des grands questionnaires standardisés utilisés en psychologie clinique n’est explicitement genré.
Cela inclut :
-
Beck Depression Inventory
-
EDI (troubles alimentaires)
-
Échelles d’anxiété (MASC, ECAP, etc.)
-
Échelles d’impulsivité (BIS‑10, BIS‑11)
-
Échelles de colère (CAS)
-
Échelles d’attachement, phobies, sommeil, etc.
Aucun de ces tests n’a des items différenciés hommes/femmes.
Les tests sont censés être “neutres”, mais cette neutralité est trompeuse : elle masque le fait que les normes ont été construites sur des échantillons majoritairement féminins mais jamais spécifiquement masculin et sans une analyse spécifique du masculin.
Les outils ne sont donc pas genrés dans leur construction mais les résultats sont ensuite corrélés statistiquement entre hommes et femmes, ce qui permet d’observer des différences - différence de score entre les deux sexes - mais sans que les outils aient été conçus pour les détecter.
A ce jour, aucun test n’a été élaboré pour explorer la subjectivité masculine.
🔵2. Le seul test construit autour des hommes - le TDAH -
Historiquement, le TDAH est le seul trouble psychologique dont les critères ont été élaborés presque exclusivement à partir de garçons. Les premières études portaient sur des enfants repérés pour leur agitation, leur impulsivité et leurs comportements perturbateurs — des manifestations plus fréquentes chez les garçons.
Les questionnaires qui en découlent ont donc été calibrés sur des profils masculins, sans cependant distinguer garçons et filles. Cette construction a produit un paradoxe : les garçons sont sur‑diagnostiqués dans les formes bruyantes, les filles sont sous‑diagnostiquées dans toutes les formes, et la spécificité masculine n’est jamais pensée comme telle.
Le TDAH apparaît ainsi comme un exemple paradigmatique de l’angle mort masculin : un trouble construit sur des garçons, mais sans jamais considérer le masculin comme une subjectivité à part entière. Les garçons y sont visibles comme problème, mais toujours invisibles comme sujets.
🔵3. Le TDAH - les hommes comme problèmes
Les questionnaires TDAH ne distinguent pas garçons et filles. Ils ont été construits à partir de comportements typiquement masculins — agitation, impulsivité, hyperactivité — ce qui entraîne une sur‑représentation des garçons dans les diagnostics. Les études montrent en effet un ratio de deux à trois garçons pour une fille en clinique, alors que les études en population générale tendent vers un ratio proche de un pour un.
Cette sur‑représentation ne reflète pas une prévalence réelle plus élevée chez les garçons, mais un biais méthodologique : les outils captent mieux les formes masculines visibles et ignorent les formes féminines plus discrètes. Les filles sont massivement sous‑diagnostiquées, tandis que les garçons sont identifiés surtout lorsqu’ils dérangent, ce qui renforce l’idée que le TDAH est un “trouble de garçons”.
En réalité, les questionnaires du TDAH ne permettent pas de penser la spécificité masculine — impulsivité, besoin de mouvement, agitation interne — et renforcent l’angle mort d’une psychologie qui ne voit les garçons que lorsqu’ils s'agitent et posent problème.
Dans une classe surchargée, où l’immobilité est la norme scolaire, les garçons — dont les besoins de mouvement sont en moyenne plus élevés — apparaissent mécaniquement comme perturbateurs.
Les outils cliniques, incapables de distinguer ces différences développementales entre garçons et filles, ne mesurent pas la spécificité masculine : ils la confondent avec le modèle féminin et la pathologisent en la réduisant à un trouble du comportement.
Ainsi, l’homme — et d’abord le garçon — n’est pas étudié comme sujet, mais simplement repéré lorsqu’il dérange et perturbe l’ordre scolaire et plus tard social.
🔷4. Les hommes systématiquement dans l'angle mort
Ainsi, la psychologie contemporaine ne dispose d’aucun instrument pour mesurer la souffrance masculine. Le masculin n’est pas un sujet clinique, mais un angle mort méthodologique. L’homme n’est pas évalué : il est confondu, invisibilisé ou réduit à la catégorie du risque. C’est cela, l’homme mort : un homme que les outils ne voient pas, que les statistiques ne comptent pas, et que la clinique ne pense pas.
🔵1. L'absence du genre masculin dans les outils
- Les outils psychologiques ne sont pas genrés dans leur construction.
Ils utilisent les mêmes items pour les hommes et les femmes.
- Mais ils sont genrés dans leurs effets.
Parce qu’ils ne tiennent pas compte des différences de présentation, ils produisent :
-
des sous‑diagnostics chez les hommes dans certains domaines (dépression, anxiété, alexithymie),
-
des sur‑diagnostics dans d’autres (TDAH hyperactif, troubles oppositionnels),
-
et surtout : une invisibilisation totale de la souffrance masculine comme catégorie clinique spécifique.
- Il n’existe aucun test connu spécifiquement conçu pour explorer la subjectivité masculine.
Aucun outil ne prend en compte :
-
la socialisation masculine,
-
les normes émotionnelles masculines,
-
les formes masculines de détresse,
-
les modes masculins de retrait, d’effondrement ou de honte.
🔵2. L'absence du genre masculin dans les statistiques générales
- Les statistiques sont rarement genrées.
Les hommes et les femmes sont souvent confondus dans les moyennes.
Dans les rapports publics, les enquêtes, les plans d’action, les politiques de prévention, le mot genre signifie presque toujours :
-
les femmes,
-
les filles,
-
les minorités de genre,
-
les personnes LGBTQIA+.
Mais rarement les hommes.
🔵3. Lorsque les hommes apparaissent c'est comme problème !
Lorsque les hommes apparaissent dans les statistiques, c’est dans deux positions seulement :
-
comme catégorie neutre (confondus avec les femmes dans les statistiques non genrées),
-
comme catégorie négative (agresseurs, auteurs, risques, dangers).
Jamais comme sujets psychiques. Jamais comme êtres vulnérables. Jamais comme population nécessitant une compréhension spécifique. Le masculin est soit dilué, soit accusé, mais jamais pensé.
🔵4. Une psychologie qui ne voit pas les hommes : un angle mort institutionnalisé
Cette absence n’est pas un accident. Elle est selon nous, l’héritage direct du modèle analytique fondateur, où l’homme n’apparaissait que sous deux formes :
-
l’homme sauvage, non socialisé, indigne (Homme aux loups),
-
l’homme des souterrains, contaminant, hanté (Homme aux rats).
Ces deux figures ont servi de matrice implicite. Elles ont façonné un imaginaire où le masculin est :
-
un problème,
-
un risque,
-
une anomalie,
-
un danger potentiel,
🔵5. Une remise en cause de la discipline pratiquement impossible
L’homme en psychologie reste marginalisé. Il n’entre pas dans un espace conçu pour accueillir sa subjectivité, mais dans un dispositif qui, historiquement, l’a pensé comme extérieur, inquiétant ou déficient. L’Homme aux loups — l’homme sauvage, non socialisé, indigne — demeure la silhouette implicite qui structure la manière dont la discipline regarde les hommes aujourd’hui.
Cet imaginaire s’est transmis dans les institutions, les formations, les outils, les pratiques. Il explique pourquoi la psychologie clinique accueille si bien les femmes — qui ont servi de base à sa construction — et si mal les hommes, qui n’y ont jamais été intégrés.
Ainsi, la psychologie ne pense jamais l’homme comme sujet spécifique. Elle se dit universelle, mais cette universalité est un masque : elle englobe le masculin pour mieux l’effacer. La psychologie est une science du féminin qui s’ignore, elle refuse l’idée même d’une psychologie masculine, car cela révélerait son propre biais fondateur. Pour rester “neutre”, elle doit maintenir l’homme dans l’angle mort — un être sans spécificité, sans place, sans légitimité clinique.
🔷5. Les hommes dans l'angle mort de la psychologie
Depuis l’Homme aux loups, l’homme est relégué à la marge. Il demeure l’oublié de la psychologie : jamais reconnu comme un sujet spécifique, jamais pensé comme une catégorie clinique légitime.
🔵1. Un homme que la clinique ne reconnaît pas
Dans le cabinet du psychologue, l’homme arrive dans un cadre théorique qui ne l’a jamais pensé.
Il est accueilli dans un dispositif :
-
construit à partir de patientes,
-
élaboré par des cliniciennes,
-
structuré par des concepts féminins,
-
habité par des figures masculines négatives (Homme aux loups, Homme aux rats).
L’homme qui entre dans ce cadre théorique est immédiatement assigné à la position du père freudien.
-
faible,
-
taiseux,
-
instable,
-
en retrait.
Il n’est pas un sujet, mais un problème. Pas une parole, mais un risque. Pas une histoire, mais une anomalie
🔵2. Un homme que la société ne protège pas
Dans les politiques publiques :
-
les femmes sont protégées,
-
les minorités sont protégées,
-
les enfants sont protégés,
-
les hommes eux ne sont jamais nommés, sauf quand ils débordent.
Les hommes ne sont jamais considérés comme une population vulnérable. Ils sont encore enfermés dans la catégorie abstraite de “groupe dominant”, une catégorie héritée des premières études sociologiques. Or ces travaux ont été largement remis en cause : si une minorité d’hommes occupe effectivement des positions à hauts revenus, la grande majorité des hommes se trouve en difficulté dans presque tous les domaines de la vie sociale — éducation, emploi, santé, vie familiale, trajectoires scolaires, accès aux soins, stabilité relationnelle.
🔵3. Résultats
Dans aucun dispositif — ni les outils d’évaluation, ni les méthodes de soin, ni les statistiques publiques — le masculin n’apparaît comme une réalité à part entière nécessitant des adaptations, des politiques de prévention ou des espaces d’accueil dédiés.
Le seul moment où l'homme existe dans la psychologie contemporaine c'est lorsqu’il pose problème. Ainsi, Il n’est visible que lorsqu’il déborde, dérange, transgresse ou s’effondre.
🟦De "l'homme aux loups" à l'homme mort
🔷1. L’homme maintenu dans l’angle mort de la psychologie
Dans la psychologie contemporaine :
-
l’homme n’est pas étudié,
-
l’homme n’est pas compté,
-
l’homme n’est pas nommé,
-
l’homme n’est pas pensé.
Il est soit confondu dans des moyennes non genrées, soit assigné à la catégorie “risque”, soit exclu des politiques de prévention, soit invisible dans les dispositifs de soin. C’est cela, l’homme dans l'angle mort, un homme que les outils ne voient pas, que les statistiques ne comptent pas, et que la clinique ne pense pas.
En psychologie l’homme n’a pas de contour. Il est absorbé dans un universel qui le dissout, englobé dans un cadre qui ne le voit pas. La discipline, façonnée par et pour le féminin, ne peut reconnaître une psychologie masculine sans perdre son illusion de neutralité.
Alors elle préfère nier cette existence, maintenir le masculin dans l’ombre, comme une silhouette indistincte.
L’homme n’est pas seulement en marge , il n’est même pas un sujet : il est un angle mort. Et lorsqu'il sort de cet angle c'est alors pour apparaitre comme un problème.
Ainsi, toute la psychologie fonctionne exactement selon le dispositif de l’homme mort.
🔷2. Le dispositif sécuritaire de l'homme mort
Un dispositif d’homme mort est un système de sécurité conçu pour détecter l’absence de mouvement ou d’action d’une personne qui devrait normalement être active. Il se déclenche lorsque l’opérateur ne bouge plus, ne répond plus, ou n’appuie plus régulièrement sur un bouton de confirmation.
Le dispositif d’“homme mort” repose sur une idée simple : tant que l’opérateur continue à bouger, à appuyer, à fonctionner, le système considère que tout va bien. Ce n’est que lorsqu’il cesse d’émettre un signal — lorsqu’il ne répond plus — que l’alarme se déclenche.
Le dispositif de l’homme mort (dead man’s switch) est utilisé dans de nombreux métiers où un opérateur travaille seul, dans des conditions à risque élevé - conduite d'engins lourds, mines, pétrochimie, nucléaire où l'absence de mouvement de l opérateur doit déclencher une alerte.
Il est massivement utilisé dans le transport ferroviaire où le conducteur de - train, métro, tramway - doit maintenir une pression ou un mouvement régulier sur une commande. S’il s’endort, perd connaissance ou cesse de bouger, le système déclenche automatiquement : un freinage d’urgence, une alarme, un arrêt complet du train.
🔷3. Le dispositif de "l'homme mort" qui structure la psychologie
Nous proposons le concept d’homme mort afin de désigner la manière dont la psychologie contemporaine voit, mesure et pense les hommes.
Ainsi, tant que les hommes continuent à fonctionner, à tenir, à se maintenir dans le rôle attendu d’eux, la psychologie — comme système — considère que tout va bien. Ce n’est que lorsqu’ils cessent de fonctionner, lorsqu’ils entrent en crise, lorsqu’ils débordent ou s’effondrent, que l’homme apparaît soudain dans le champ clinique, comme un signal d’alarme.
Dans ce dispositif, l’homme est généralement non compté, non étudié, non nommé, non représenté. Il n’existe dans les statistiques qu’au moment des ruptures : lorsqu’il tombe, lorsqu’il disparaît, lorsqu’il commet l’irréparable.
🔵1. Les hommes apparaissent dans les situations les plus graves
C’est dans les zones extrêmes que le masculin apparaît — non pas comme sujet, mais comme défaillance et problématiques sociales.
Les chiffres en témoignent :
-
75 % des suicides,
-
80 % des morts violentes,
-
90 % des sans‑abri,
-
95 % des accidents mortels du travail,
-
la majorité des addictions graves,
-
la majorité des overdoses,
-
la majorité des victimes de violences hors foyer.
Mais ces chiffres, pourtant massifs, ne sont presque jamais analysés comme souffrance masculine. Ils sont traités comme des faits divers, des statistiques brutes, des anomalies sociales — jamais comme l’expression d’une vulnérabilité spécifique.
🔵2. La psychologie pour les hommes - la logique de l'homme mort
La souffrance masculine fonctionne aujourd’hui exactement selon la logique de l homme mort. Parce que les hommes consultent peu, parlent peu, appellent peu, et restent massivement absents des dispositifs psychologiques, ils demeurent dans l’angle mort.
Le système interprète leur silence comme une absence de détresse. L’absence de données genrées, l’absence de repérage, l’absence de suivi produisent et renforcent cet angle mort massif : tant que les hommes “tiennent”, tant qu’ils ne demandent rien, ils restent donc invisibles.
Mais lorsque l’on observe les indicateurs les plus sévères — addictions graves, conduites à risque, hospitalisations psychiatriques, tentatives de suicide — l’alarme se déclenche brutalement. La souffrance masculine réapparaît alors, non plus comme une demande d’aide, mais comme une surmortalité, une rupture, un effondrement.
Le dispositif technique de l’homme mort est devenu le modèle implicite de la détection de la souffrance masculine. Tant que l’homme fonctionne, il n’existe pas. Lorsqu’il cesse de fonctionner, il apparaît — trop tard.
🔵2. Le hasard en sciences sociales est toujours une chose difficile à croire
Ce n’est pas un hasard si les hommes sont absents des statistiques de soin, mais massivement présents dans les statistiques de surmortalité. La psychologie ne détecte leur détresse qu’au moment où elle devient incompatible avec la vie quotidienne. L’homme n’est pas un sujet à accueillir : il est un signal d’alerte à traiter.
Ce fonctionnement n’est pas un accident, ni une dérive récente : il est structurel. Depuis Freud, la psychologie s’est construite sur un cadre où l’homme n’apparaît jamais comme sujet, mais seulement comme perturbation, comme anomalie, comme rupture. Le dispositif de l’homme mort n’est donc pas seulement une métaphore empruntée au monde ferroviaire : c’est la logique profonde qui organise la manière dont la discipline repère — ou plutôt ne repère pas — la souffrance masculine.
Tant que l’homme tient, il disparaît dans l’arrière‑plan. Lorsqu’il tombe, il surgit brutalement dans les chiffres, les urgences, les drames. Entre ces deux états, il n’existe pas pour la psychologie.
C’est à partir de ce constat que se dessine la conclusion : si l’homme n’apparaît qu’à sa chute, c’est que la discipline ne dispose d’aucun cadre pour accueillir sa subjectivité vivante. Il nous faut alors interroger ce que serait une psychologie capable de voir l’homme avant l’effondrement — une psychologie qui ne fonctionnerait plus comme un détecteur d’alerte, mais comme un espace d’accueil.
Mais est-ce possible ? Autrement que par le développement d'une discipline spécifique, qui serait alors la psychologie masculine.
🟦Conclusion
Depuis l’Homme aux loups, l’homme est tenu à la marge. Il n’a jamais disposé d’un espace conçu pour accueillir sa subjectivité, mais qui, dès l’origine, l’a pensé comme extérieur, inquiétant ou déficient. La figure de l’homme sauvage, non socialisé, indigne — silhouette inaugurale de la clinique freudienne — continue de structurer la manière dont la psychologie regarde les hommes aujourd’hui.
Cet imaginaire fondateur s’est transmis dans les institutions, les formations, les outils et les pratiques. Il explique pourquoi la psychologie clinique accueille si bien les femmes — qui ont servi de base à sa construction — et si mal les hommes, qui n’y ont jamais été intégrés. Ce cadre, posé comme allant de soi, mérite d’être réinterrogé.
Certains auteurs ont interrogé la vie de Freud, ses difficultés paternelles, la place du père dans sa théorie. D’autres ont souligné que la psychanalyse est une théorie du féminin élaborée par des hommes observant le féminin. Les féministes des années 1970 y ont vu un rapport de domination, mais comme la psychologie leur offrait un espace de parole et un espace professionnel, la critique n’a pas été poussée plus loin. Quant aux auteurs qui affirmaient que la psychologie était une anthropologie du féminin, leurs remarques sont restées sans conséquence.
Pourtant, la conséquence est là, aujourd’hui, sous nos yeux : l’exclusion des hommes. Et cette exclusion n'est désormais plus supportable.
Car même si les psychologues importent massivement des outils issus de la psychologie cognitive, les biais fondateurs demeurent. Ils sont présents dans la formation, dans les institutions, dans les représentations implicites, dans l'adapation même des outils des TCC (Thérapie Comportementale et Cognitive)
Et ils font voir la psychologie masculine, au mieux, comme une anomalie marginale, et le plus souvent comme un choix politique. Et la rejette massivement.
Ainsi, l’homme n’est jamais reconnu comme un sujet spécifique. La psychologie se présente comme englobante, neutre, universelle — mais cette universalité apparente fonctionne comme un piège : elle absorbe le masculin au point de le placer systématiquement dans l’angle mort. Bien qu’elle soit, dans ses fondements, une science du féminin, la psychologie refuse l’idée même d’une psychologie masculine. Admettre une telle spécificité reviendrait à reconnaître que son cadre n’est pas neutre, qu’il n’est pas universel, et qu’il a été historiquement construit à partir d’un seul modèle : le féminin.
Pour préserver cette fiction d’universalité, la discipline préfère nier l’existence d’une subjectivité masculine distincte — et maintenir l’homme dans une position d’objet flou, indifférencié ou problématique. Un être que l’on ne voit que lorsqu’il déborde, lorsqu’il chute, lorsqu’il devient un signal d’alarme.
Une psychologie qui finalement ne fonctionne que selon le dispositif sécuritaire de l’homme mort : une psychologie qui ne détecte l’homme qu’à sa défaillance, et qui ne le reconnaît jamais tant qu’il vit ou survit.