Santé mentale des adolescents: quand un père voit son enfant décrocher - les signaux d'alerte

Publié le 7 février 2026 à 16:25

🟦 Définition générale de la santé

« La santé est un état de complet bien‑être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS, 1948). L’OMS rappelle également qu’« il n’y a pas de santé sans santé mentale ». Être en bonne santé implique donc un équilibre physique et psychique. Nous avons tous une santé mentale, et celle des adolescents constitue aujourd’hui un enjeu majeur.

En 2001, l’OMS précisait que la santé mentale est « un état de bien‑être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à sa communauté ». Cette définition prend une dimension particulière à l’adolescence, période de transformations rapides et de vulnérabilité accrue.

🟦Santé mentale et troubles mentaux : deux dimensions distinctes

La santé mentale n’est plus définie comme la simple absence de troubles. Le modèle du double continuum distingue :

  • le niveau de bien‑être psychique

  • la présence ou non de troubles mentaux

Une personne peut donc présenter une santé mentale « languissante » sans répondre aux critères d’un trouble psychiatrique. À l’inverse, une personne souffrant d’un trouble peut conserver un niveau de bien‑être satisfaisant grâce à un environnement soutenant et des stratégies d’adaptation efficaces.

La santé mentale et la santé physique sont étroitement liées. Exemples :

  • Dépression → augmentation du risque cardiovasculaire, diabète, hypertension,...

  • Anxiété chronique → affaiblissement immunitaire, troubles digestifs,..

🟦La santé mentale des adolescents: un constat préoccupant

Les adolescents évoluent dans un contexte marqué par des crises successives : pandémie de Covid‑19, conflits internationaux, attentats, crise climatique, pression scolaire croissante. Ces facteurs ont un impact direct sur leur santé psychique des jeunes qui exposés à ces événements semble désormais au plus bas.

🔷Données épidémiologiques récentes

L’étude Enclass, qui fait partie du dispositif d’enquête européen Health and Behavior in School-Aged Children (HBSC) et qui a interrogé environ 11 000 jeunes a montré qu’en 2018 :

  • 32 % des élèves de 4e et 3e étaient à risque de dépression

  • 41 % des filles vs. 23 % des garçons

  • 13 % des filles et 5 % des garçons avaient des symptômes nécessitant des soins

La dépression est un trouble mental caractérisé par une tristesse persistante, une perte d'intérêt ou de plaisir pour les activités quotidiennes, et une diminution de l'énergie. Elle peut s’accompagner de symptômes physiques (fatigue, troubles du sommeil).

Chez les adolescents, elle peut aussi se manifester par :

  • irritabilité accrue

  • baisse de motivation scolaire

  • comportements à risque

La dépression ne relève pas d’une « mauvaise passe » : elle requiert une prise en soin psychologique adaptée. Les dynamiques de désintérêt et de retrait qui l’accompagnent peuvent, chez les adolescents, favoriser l’apparition ou l’intensification de conduites à risque.

🔷Ces dernières années dans les lycées le risque de depression augmente 

  • 36 % des jeunes concernés

  • 45 % des filles et 27 % des garçons

  • 18 % des filles et 8 % des garçons nécessitent une prise en charge médicale

🔷Évolution des indicateurs (2010–2018)

Les indicateurs se sont dégradés dans le temps, la proportion de jeunes collégiens rapportant des signes de nervosité, d’irritabilité et des troubles du sommeil, augmente de façon alarmante;

  • nervosité : 21 % → 28 %

  • irritabilité : 22 % → 27 %

  • difficultés d’endormissement : 31 % → 37 %

🔷Données populationnelles

Baromètre Santé (2005–2021) :  Enquête réalisée par Santé publique France auprès d’un échantillon représentatif de la population française, montre qu’entre 2005 et 2021, la prévalence de la dépression est
passée de :

  •   9 % à 20 %  chez les 18‑24 ans 

  •   8 % à 15 %  chez les 25‑34 ans

Aucun autre groupe de la population ne connaît une dynamique si délétère ni une santé mentale aussi dégradée

ÉpiCov (2020) : D’après les données de l’étude ÉpiCov, menée conjointement par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et la Direction de la recherche et des études statistiques (Drees) du ministère des Affaires sociales auprès d’un échantillon représentatif de plus de 100 000 personnes

  • 22 % des 15‑24 ans déclarent des symptômes dépressifs

  • taux deux fois plus élevé qu’avant la pandémie

  • 22% par rapport au 13% dans l'ensemble de la population 

Coviprev (2020–2022) : Cette enquête menée par Santé publique France auprès d’un échantillon de 2 000 personnes entre mars 2020 et décembre 2022, a aussi montré des taux élevés de symptômes chez les 18-24 ans.

  • anxiété : 43 %

  • dépression : 22 %

  • taux élevés persistants après la pandémie

🟦 Troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent

Il existe en réalité plusieurs formes de troubles anxieux généralement classés en fonction des déclencheurs apparents :

  • anxiété généralisée (Systémique)

  • trouble panique ( Grande intensité selon déclencheurs spécifiques ou systémique)

  • phobies spécifiques

  • agoraphobie (dont phobie scolaire,.. )

  • anxiété sociale

  • anxiété de séparation

🔷Symptômes psychologiques et physiques :

🔹Symptômes psychologiques

  • irritabilité

  • impulsivité

  • peur irrationnelle

  • difficulté à se concentrer

  • baisse des performances intellectuelles

  • vision négative de l’avenir

🔹Symptômes physiques

  • troubles digestifs

  • douleurs

  • insomnies

  • fatigue

  • maux de tête

  • vertiges

🔷Des troubles anxieux souvent négligés

Les troubles anxieux débutent majoritairement pendant l’enfance ou l’adolescence. Plus les manifestations débutent tôt, plus le risque de s’aggraver est élevé.

Malgré cette sévérité potentielle, ces troubles sont souvent négligés chez les plus jeunes en raison de leur méconnaissance de la part de l’entourage et d’une réticence au diagnostic par peur « de figer les choses », « d’étiqueter » les enfants concernés, mais aussi de les traiter à l’aide de médicaments psychotropes alors que leur cerveau est en développement.

Ces troubles sont souvent négligés en raison :

  • de la méconnaissance

  • de la peur d’un diagnostic « figé »

  • de la crainte d’un traitement médicamenteux

Cependant, tous les thérapeutes ne fonctionnent pas dans la recherche absolue du diagnostic mais aussi heureusement dans une perspective de résolution plus fine.

🟦L’anxiété chez l’enfant/adolescent - Conséquences

Cette pathologie d'anxiété représente souvent un handicap sévère pour les enfants et les adolescents qui en souffrent : elle entraîne un appauvrissement relationnel et une restriction du champ des activités, qui altèrent l’accession à l’autonomie et à l’indépendance.

Troubles d'anxité un handicap sévère:

  • appauvrissement relationnel

  • restriction des activités

  • entrave à l’autonomie

🔷Troubles anxieux - Recherche des causes profondes

Bien qu’il soit souvent complexe de distinguer précisément les différents troubles anxieux et d’en identifier les déclencheurs réels, en effet il est difficile de différencier une phobie scolaire d’une phobie sociale ou d’une anxiété de séparation, il est cependant essentiel de travailler d’abord sur les causes réelles du mal‑être et de proposer des techniques de régulation adaptées.

Dans ce contexte d’incertitude, il est essentiel d’éviter de poser trop rapidement un diagnostic catégorisant ou stigmatisant censé relever d’un trouble neuro‑développemental ou du spectre autistique.

Il est tout aussi important de ne pas inventer une nouvelle catégorie à chaque difficulté rencontrée — “je ne vais pas bien à l’école, donc il s’agit d’une phobie scolaire”, “je n’ai pas envie de remplir des formulaires, donc je souffre de phobie administrative”.

Ainsi, avant d’interpréter ces manifestations comme des troubles distincts, l’enjeu est d’élargir l’investigation et de comprendre ce qui génère réellement l’anxiété.

L’objectif est de travailler sur les causes profondes et de proposer des techniques de régulation adaptées, plutôt que de chercher à résoudre le problème en supprimant systématiquement l’exposition à la tâche pu à la situation anxiogène. En effet, la bonne santé mentale repose sur la capacité d’adaptation, pas sur l’élimination systématique de tout ce qui dérange ou met en tension.

Au regard des indicateurs et des pratiques induites le dépistage précoce des troubles anxieux et une prise en soin mieux adaptée doivent progresser dans ces tranches d’âges

🟦Suicide et crise suicidaire chez les adolescents

Ces tendances sont confirmées par les données médicales qui montrent une augmentation des recours aux soins d’urgence pour troubles de l’humeur, idées et gestes suicidaires chez les 11-24 ans depuis 2021 et qui restent à des niveaux élevés en 2023.

La crise suicidaire correspond à la conjonction de facteurs psychologiques, sociaux et physiques, à un instant de vulnérabilité particulier.

Il peut ainsi s’agir de l’accumulation d’événements adverses (harcèlement scolaire conjugué au divorce des parents ou au décès d’un proche par exemple) qui participera à un état de mal être pouvant se traduire par une dégradation des résultats scolaires, ce qui va induire une diminution de l’estime de soi, sur quoi peut se greffer un évènement précipitant comme une dispute dans le cercle amical, habituellement soutenant pour le jeune en difficulté.

Exemples :

  • accumulation d’événements adverses (harcèlement scolaire + divorce parental + décès d’un proche)

  • dégradation des résultats scolaires → baisse de l’estime de soi

  • événement précipitant (dispute dans le cercle amical)

Tout à coup, cette accumulation fait que l’adolescent a l’impression que plus rien ne va dans sa vie, ce qui peut amener à un moment de fragilité qui précipite le passage à l’acte.

🔷 Différences filles/garçons

Le nombre de suicides dits complété, c’est-à-dire suivis d’un décès, est plus important chez les garçons alors que les filles ont davantage, dans l’expression de leur souffrance psychique ou de leur détresse, recours aux tentatives de suicide, souvent des moyens qui engagent moins le pronostic vital, comme des prises médicamenteuses,

En résumé :

  • suicides complétés : plus fréquents chez les garçons

  • tentatives de suicide : plus fréquentes chez les filles (moyens moins létaux)

🔷Signes avant‑coureurs

Le suicide n’est pas une fatalité et il est important de savoir en détecter les potentiels signes avant-coureurs. On peut ainsi aider la personne qui se trouve dans une situation de détresse à entrevoir d’autres alternatives qu’un acte radical.

Les changements de comportement sont des indicateurs importants. S’il est normal qu’un ado passe du temps dans sa chambre, lorsque l’isolement devient beaucoup plus important qu’à l’accoutumée, il faut se poser des questions

De même s’il arrête d’écouter de la musique alors qu’il aimait cela, s’il n’a plus d’appétit alors qu’il appréciait la nourriture, s’il s’emporte rapidement alors que ce n’est pas dans son caractère habituel, etc,..

Détecter une tristesse, l’expression d’un sentiment de fatalité (« la vie ne sert à rien »), constater des conduites à risque (scooter, pratiques sexuelles, fréquentes prises d’alcool ou de drogue…) doit aussi alerter.

🔹Identification des signes 

  • isolement inhabituel

  • perte d’intérêt

  • propos fatalistes

  • conduites à risque

  • irritabilité soudaine

  • perte d’appétit

  • arrêt d’activités appréciées

🟦Causes de la mauvaise santé mentale

Les causes de la mauvaise santé mentale chez les adolescents sont multiples et souvent interdépendantes.
Voici quelques facteurs principaux classés en catégories :

🔷Facteurs individuels

Changements biologiques et hormonaux : L’adolescence est marquée par des fluctuations hormonales qui peuvent influencer les émotions et le comportement. Les changements dans le cerveau, notamment au niveau du cortex préfrontal (responsable de la prise de décision et du contrôle des impulsions), augmentent la vulnérabilité au stress.

  • changements biologiques et hormonaux

  • maturation cérébrale

  • prédispositions génétiques

  • pressions identitaires

Prédispositions génétiques : Des antécédents familiaux de troubles mentaux, comme la dépression ou les troubles anxieux, augmentent les risques.

Pressions liées à l'identité : Recherche d’identité personnelle et sociale, souvent accompagnée de doutes et de peur de ne pas correspondre aux attentes.

🔷Facteurs sociaux et environnementaux

Pressions académiques : Les attentes élevées des parents et des enseignants peuvent engendrer un stress chronique, conduisant à des troubles anxieux ou dépressifs.

Problèmes familiaux : Conflits familiaux, séparation ou divorce des parents, violence domestique ou négligence peuvent fortement impacter la santé mentale des adolescents. Le manque de soutien émotionnel est également un facteur de risque majeur.

Usage excessif des réseaux sociaux : Comparaison constante aux autres, cyberintimidation et dépendance numérique augmentent les sentiments d'insécurité et d'inadéquation. La surcharge d’informations négatives sur internet peut aggraver les sentiments de désespoir.

🔷Facteurs culturels et sociétaux

Stigmatisation autour des troubles mentaux :  Les adolescents hésitent souvent à demander de l’aide en raison de la peur d’être jugés ou stigmatisés.

Inégalités socio-économiques : La paupérisation de masse, l'insécurité ou le manque d'accès aux soins augmentent le stress et la prévalence des troubles mentaux.

Crises perpétuelles : Guerres ou catastrophes naturelles, crises sanitaires, économiques, urgence climatique,  peuvent générer de l'anxiété, de la dépression ou du stress post-traumatique chez les adolescents.

🔷Facteurs liés au mode de vie

Manque de sommeil : L’adolescence est souvent associée à un mauvais sommeil en raison des horaires irréguliers et de l’utilisation prolongée des écrans. Le manque de sommeil perturbe l’humeur, augmente l’irritabilité et réduit la résilience au stress
Consommation de substances : L’usage précoce de drogues, d’alcool ou de tabac est souvent lié à
des troubles mentaux comme la dépression ou les troubles anxieux.
Activité physique insuffisante : Le manque d’exercice est associé à un risque accru de troubles de
l’humeur

🔷Influence des systèmes éducatifs et de santé

Systèmes scolaires rigides : Un accent excessif sur la performance académique sans soutien
émotionnel peut être préjudiciable.

Accès limité aux services de santé mentale : Beaucoup d'adolescents ne reçoivent pas l'aide dont ils ont besoin en raison du manque de ressources ou d'une prise de conscience
insuffisante.

🟦Le psychotraumatisme comme facteur aggravant  

En 2003 Paley et Alpert ont publié un travail (méta-analyse) qui portait sur des enfants qui avaient été exposés à un événement traumatique avant l’âge de 24 mois.

Ce travail confirma l’idée que l’existence d’une mémoire du trauma précoce était loin d’être une aberration comme on l’avait longtemps pensé. Les résultats mettaient alors en lumière la fiabilité d’une mémoire non verbale du trauma précoce, qui trouvait son expression à travers le jeu post-traumatique, les mises en actes comportementales ou certaines peurs post-traumatiques spécifiques.

Une étude de grande envergure, incluant 2232 sujets et conduite au Royaume-Uni (Lewis et al., 2019), a confirmé l’importance de la problématique montrant que l’exposition à des évènements potentiellement traumatiques pouvait concerner jusqu’à 31.1 % des enfants et des adolescents et que le taux de TSPT à 18 ans atteignait 7.8 %

Résumé sur la notion de psychotraumatisme

Études clés :

  • Paley & Alpert (2003) : mémoire non verbale du trauma précoce

  • Lewis et al. (2019) : 31,1 % exposés à un événement traumatique

  • Pinto et al. (2017) : 26,2 % répondent aux critères du TSPT

  • Pynoos et al. (1993) : 70–80 % après un événement majeur

Réalisée auprès d’adolescents cette fois, Pinto et al., (2017) ont, montré que 26.2 % des sujets répondaient aux critères d'un Trouble Stress PsychoTraumatique (Pinto et al., 2017).

La prévalence des troubles psychotraumatiques chez l’enfant et chez l’adolescent s’avère donc être particulièrement élevée et peut concerner de 70 à 80 % des sujets après un événement potentiellement traumatique majeur (par exemple, après le tremblement de terre en Arménie en 1988 - Pynoos et al., 1993). Il convient de souligner qu’il existe une forte cormorbité entre la présence d’un TSPT, la consommation de substances, la dépression et/ou l'anxiété (Nooner et al., 2012).

Fletcher (2003) a par exemple effectué une méta-analyse à partir de 34 études. Il a ainsi mis en évidence que certains symptômes étaient plus présents que d’autres.

🔷  Symptômes fréquents du psychotraumatisme

  • détresse face aux stimuli rappelant l’événement (51 %)

  • restriction des affects (47 %)

  • difficultés de concentration (41 %)

  • reconstitution mentale ou comportementale (40 %)

  • impression que cela va se reproduire (39 %)

  • perte d’intérêt (36 %)

  • souvenirs intrusifs (34 %)

  • évitement (32 %)

  • cauchemars (31 %)

  • peurs spécifiques (31 %)

🟦 Conclusion

La santé mentale des adolescents traverse aujourd’hui une zone de turbulence, et les troubles anxieux en sont l’une des expressions les plus fréquentes. Pour beaucoup de pères, voir son enfant changer, se replier, perdre confiance ou éviter certaines situations crée un sentiment d’inquiétude profond, parfois même d’impuissance. Pourtant, ces difficultés ne sont ni une fatalité ni un signe de fragilité définitive.

L’enjeu n’est pas de coller trop vite une étiquette ou de chercher à éliminer tout ce qui provoque de l’anxiété, mais de comprendre ce qui se joue réellement : comment l’adolescent perçoit son environnement, ce qui active sa peur, et quelles ressources internes il peut mobiliser. La bonne santé mentale repose sur la capacité d’adaptation, pas sur l’évitement systématique.

Repérer les signaux, ouvrir le dialogue, soutenir sans envahir, et proposer des stratégies de régulation adaptées permettent souvent de rétablir un équilibre. Les adolescents ont besoin d’adultes stables, capables de les accompagner dans la tempête sans la minimiser ni la dramatiser. Et les pères ont toute leur place dans ce rôle : une présence solide, une écoute réelle, et un regard qui aide l’adolescent à se sentir capable de traverser ce qu’il vit.

Dr Grijalvo